Le rappeur Booba, de son vrai nom Élie Yaffa, a été condamné ce mardi 2 juin 2026 à trois mois de prison avec sursis et à une amende de 30 000 euros par le tribunal correctionnel de Paris pour cyberharcèlement et injures publiques à caractère discriminatoire. Cette décision concerne des propos tenus contre la journaliste Linh-Lan Dao, rédactrice pour franceinfo.fr, ainsi que des injures envers l’essayiste Tristan Mendès France. Selon Le Figaro, qui rapporte l’intégralité de l’audience, le ministère public avait initialement requis huit mois d’emprisonnement assortis d’un sursis simple, 30 000 euros d’amende et la participation à un stage de lutte contre la haine en ligne.

Ce qu'il faut retenir

  • Booba condamné à trois mois de prison avec sursis et 30 000 euros d’amende pour cyberharcèlement et injures discriminatoires envers la journaliste Linh-Lan Dao.
  • Le tribunal a retenu la responsabilité de l’artiste comme « chef de meute », estimant qu’il a délibérément déclenché une vague de cyberharcèlement contre la journaliste.
  • Une amende supplémentaire de 20 000 euros a été prononcée pour des injures envers Tristan Mendès France, spécialiste des cultures numériques.
  • Les faits remontent à janvier 2024, après la publication d’un article de fact-checking sur une rumeur relayée par Booba concernant un lien entre vaccin à ARN messager et maladie de Creutzfeldt-Jakob.
  • Linh-Lan Dao a subi des séquelles psychologiques et une incapacité de travail de sept jours, recevant des messages racistes et transphobes.
  • Booba, déjà sous contrôle judiciaire dans une autre affaire de cyberharcèlement, est actuellement mis en examen dans deux autres dossiers similaires.

Un procès marqué par l’absence de l’accusé et des débats sur la responsabilité des influenceurs

L’audience du 1er avril 2026 s’est tenue en l’absence de Booba, qui n’a assisté ni à l’audience du 9 décembre 2025 ni à celle du printemps 2026. Selon Le Figaro, l’artiste, âgé de 49 ans, a maintenu lors de son audition qu’il ne se souvenait pas des messages incriminés, évoquant des propos tenus dans un registre de « charriage ». Il a nié toute intention de déclencher une vague de haine, affirmant que ses publications relevaient d’un hommage à la culture asiatique. Pourtant, le tribunal a estimé que ses propos avaient bel et bien servi de catalyseur à un harcèlement en ligne prolongé.

Dans son réquisitoire, la procureur a souligné le sentiment d’impunité de l’artiste, déjà condamné pour cyberharcèlement dans l’affaire Magali Berdah et sous contrôle judiciaire à l’époque des faits. Elle a insisté sur la nécessité de responsabiliser les influenceurs, dont les publications peuvent avoir des conséquences dévastatrices pour leurs victimes. « Il doit se sentir responsable », a-t-elle lancé, pointant du doigt l’écart entre la légèreté affichée par Booba et la gravité des conséquences pour Linh-Lan Dao.

Les témoignages accablants de la victime et des associations

Linh-Lan Dao, âgée de 38 ans, a livré un récit poignant de l’impact des propos de Booba. « J’estime avoir été jeté en pâture par Monsieur Yaffa à ses abonnés, tout cela parce que j’ai fait mon travail », a-t-elle déclaré devant le juge. Elle a détaillé les messages racistes et transphobes reçus après la publication de son article, comme « On dit un nem ou une nem ? » ou « Elle est bonne la Chinoise ». « Ça m’a démolie », a-t-elle confié, précisant avoir développé des troubles du sommeil et de l’anxiété, au point de craindre pour sa sécurité physique.

Son avocate, Me Ilana Soskin, a salué une décision historique : « Ce qui est très important, c’est que le tribunal a reconnu que Booba avait une responsabilité de chef de meute. En publiant ses messages malveillants et répétés, il a déclenché une vague de cyberharcèlement dont elle a été victime. » L’Association des jeunes chinois de France (AJCF), constituée partie civile, a également plaidé pour une meilleure prise en compte des propos racistes anti-asiatiques, souvent minimisés sous couvert d’humour.

« Le racisme anti-asiatique est moins souvent jugé, il est plus spécifique. Ses ressorts sont souvent l’humour, comme les blagues culinaires. Il va falloir que les critères de votre juridiction s’y adaptent. Les propos tenus par Booba sont loin d’être anodins. »
— Me Ilana Soskin, avocate de Linh-Lan Dao

Deux affaires distinctes et des messages aux relents discriminatoires

Le tribunal a examiné deux dossiers distincts. Le premier concerne les messages publiés par Booba en janvier 2024 sur X (ex-Twitter), où il accusait Linh-Lan Dao de relayer une rumeur infondée sur les vaccins à ARN messager. Selon l’enquête, ces publications ont engendré des milliers de messages haineux, dont des propos racistes et transphobes. Linh-Lan Dao a subi une incapacité de travail de sept jours et a finalement quitté sa rubrique au sein de France Info.

Le second dossier porte sur des injures envers Tristan Mendès France, essayiste spécialiste des cultures numériques. Booba avait publié des messages antisémites à son encontre, comme « Il est nez avant la honte », accompagné d’une photo du tueur en série Francis Heaulme. Mendès France n’a pas porté plainte, mais a confirmé auprès de l’AFP en décembre 2025 que les propos de Booba avaient « déclenché un flot spectaculaire de commentaires antisémites ». Lors de son audition, l’artiste a tenté de justifier ses propos en affirmant : « Si il avait une grosse tête, je lui aurais dit qu’il avait une grosse tête. Avoir un gros nez ne fait pas de lui un juif. » Une explication qui n’a pas convaincu la justice.

Un artiste sous le feu de la justice et une réputation de « harceleur »

Cette condamnation s’ajoute à une série de procédures judiciaires dans lesquelles Booba est impliqué. L’artiste, qui vend plus de trois millions d’albums, est déjà sous contrôle judiciaire pour cyberharcèlement dans l’affaire Magali Berdah, une ex-influenceuse qu’il accuse de pratiques commerciales trompeuses. Le 28 février 2026, le ministère public a requis son renvoi en correctionnelle pour un harcèlement en ligne ayant duré de mai 2022 à juin 2025, avec des conséquences graves sur la santé de la plaignante. Booba est également mis en examen dans une troisième affaire, cette fois pour harcèlement contre Demdem, ex-compagne de son rival Gims.

Sa défense, assurée par Me Marie Roumiantseva, a tenté de minimiser l’impact des propos de son client, affirmant que Booba « n’est pas un harceleur » mais un militant contre les fraudes. L’avocate a rappelé le combat de l’artiste contre Magali Berdah, sans pour autant convaincre les juges. « On ne peut pas séparer les propos tenus par Booba de ceux tenus par d’autres utilisateurs. Il a participé à cette meute numérique », a rétorqué la procureur, qui a souligné le modus operandi de l’artiste : « Chez Booba, cyberharceler est une trajectoire, pas un accident de parcours. »

Et maintenant ?

Booba, déjà sous contrôle judiciaire dans plusieurs affaires, pourrait faire appel de cette condamnation. Les prochaines étapes judiciaires concernent les renvois en correctionnelle prévus dans les dossiers Magali Berdah et Demdem, avec des audiences attendues d’ici la fin de l’année 2026. Par ailleurs, cette affaire soulève à nouveau la question de la responsabilité des influenceurs et de l’impact de leurs publications sur les réseaux sociaux. Une réflexion qui pourrait, à terme, conduire à un durcissement des sanctions pour les propos haineux en ligne.

Cette décision intervient dans un contexte où les réseaux sociaux, et notamment X, sont de plus en plus scrutés pour leur rôle dans la diffusion de contenus haineux. Linh-Lan Dao, dont la carrière a été affectée par cette affaire, a choisi de changer de service au sein de France Info. Son cas rappelle celui d’autres journalistes et personnalités publiques victimes de cyberharcèlement, souvent laissées sans recours face à l’ampleur des vagues de haine déclenchées par des influenceurs ou des comptes à large audience.

Booba n’a assisté ni à l’audience du 9 décembre 2025 ni à celle du 1er avril 2026. Selon sa défense, il ne se souvenait pas des messages incriminés et évoquait des propos tenus dans un registre de « charriage ». Le tribunal a cependant estimé que son absence ne remettait pas en cause la légitimité de la procédure.

Booba pourrait faire appel de cette condamnation. Par ailleurs, il reste sous contrôle judiciaire dans l’affaire Magali Berdah, avec un renvoi en correctionnelle prévu. Une troisième affaire, concernant Demdem, est également en cours d’instruction.