Au Brésil, le Sénat a validé mardi 2 juin 2026 un texte qui durcit les conditions d’accès à l’avortement pour les adolescentes victimes de viol, déjà adopté par la Chambre des députés. Cette mesure, portée par une majorité conservatrice, annule une règle du Conseil national des droits de l’enfant et de l’adolescent (Conanda) qui facilitait l’interruption volontaire de grossesse (IVG) pour les mineures en cas de désaccord avec leurs parents ou responsables légaux. Selon Le Figaro, cette décision s’inscrit dans un contexte où l’avortement reste strictement encadré par le Code pénal brésilien.

Ce qu’il faut retenir

  • Le Sénat brésilien a abrogé une norme du Conanda qui permettait aux mineures victimes de viol d’accéder à une assistance juridique pour interrompre une grossesse en cas de désaccord parental.
  • L’avortement reste légal au Brésil uniquement en cas de viol, de risque vital pour la mère ou de malformation cérébrale du fœtus — dans les autres cas, il est passible de quatre ans de prison.
  • La sénatrice Damares Alves, figure conservatrice, a justifié cette réforme en dénonçant un texte qui « néglige le rôle des parents » dans la prise en charge des adolescentes.
  • Le Conanda a qualifié cette décision de « grave régression », y voyant une atteinte aux droits des mineures victimes de violences sexuelles.
  • Le Congrès, contrôlé par des alliés de l’ex-président Jair Bolsonaro, doit encore valider définitivement le texte avant son entrée en vigueur.

Une réforme contestée qui s’inscrit dans un débat plus large

Le Brésil autorise l’avortement dans trois cas précis : en cas de viol, lorsque la vie de la mère est en danger ou si le fœtus présente une malformation cérébrale grave. Selon Le Figaro, cette législation, déjà restrictive, est désormais encore alourdie par la décision du Sénat. La règle abrogée, issue du Conanda, permettait aux adolescentes victimes de viol de solliciter une aide juridique gratuite pour contourner l’opposition de leurs parents ou tuteurs. Pour les conservateurs, cette disposition affaiblissait l’autorité parentale et ouvrait la porte à des dérives.

La séance plénière du Sénat a duré moins de deux minutes, illustrant la rapidité avec laquelle ce texte a été adopté. La sénatrice Damares Alves, ancienne ministre des Droits des femmes sous Jair Bolsonaro, a défendu ce durcissement en affirmant que « la règle néglige le rôle et affaiblit le pouvoir des parents et des responsables pour décider de la prise en charge des filles et des adolescentes ». Son argumentaire repose sur la primauté de la cellule familiale dans la gestion des violences sexuelles, un principe central pour les mouvements conservateurs brésiliens.

Le Conanda dénonce une « défaite historique » pour les droits des mineures

Dès l’annonce du vote, le Conanda a réagi avec fermeté. L’organisme gouvernemental, chargé de la protection des enfants et adolescents, a qualifié cette décision de « grave régression » et de « défaite historique dans la protection globale des filles et des adolescentes au Brésil ». Dans un communiqué, il rappelle que les mineures victimes de viol sont déjà en situation de vulnérabilité extrême, et que leur retirer la possibilité de recourir à une IVG en cas de désaccord parental revient à leur fermer une porte de sortie essentielle. Selon Le Figaro, cette réforme s’ajoute à une série de mesures récentes qui restreignent les droits des femmes et des minorités au Brésil.

Les associations féministes et les défenseurs des droits humains dénoncent une instrumentalisation politique du corps des femmes. Pour elles, cette décision est avant tout symbolique : elle vise à renforcer l’influence des groupes conservateurs au Congrès, où les alliés de l’ex-président Bolsonaro occupent une place centrale. « On assiste à une récupération politique de la question de l’avortement, utilisée comme un marqueur idéologique », explique une militante des droits des femmes sous couvert d’anonymat. « Le vrai problème, ce n’est pas l’avortement, mais l’incapacité de l’État brésilien à protéger ses mineures des violences sexuelles. »

Un Congrès sous influence conservatrice

Le texte doit encore franchir une dernière étape législative avant d’entrer en vigueur. Après l’approbation de la Chambre des députés et du Sénat, il devra être promulgué — une formalité dans un Congrès dominé par les forces conservatrices. Les alliés de Jair Bolsonaro, dont le parti est majoritaire à la Chambre et au Sénat, ont d’ores et déjà indiqué leur soutien à cette réforme. Selon Le Figaro, cette dynamique s’inscrit dans une tendance plus large : depuis plusieurs années, le Brésil durcit son cadre législatif sur les questions sociétales, de l’avortement à l’éducation sexuelle en passant par les droits LGBTQ+.

Les observateurs s’interrogent sur les motivations profondes de cette réforme. Pour certains analystes, il s’agit d’une concession aux mouvements évangéliques, dont l’influence politique n’a cessé de croître ces dernières années. Ces groupes, très actifs dans les débats sur la famille et la sexualité, considèrent l’avortement comme un crime moral, même en cas de viol. Leur pression sur les élus brésiliens s’est intensifiée depuis le retour de Bolsonaro sur la scène politique, bien que celui-ci ait quitté le pouvoir en 2022.

Et maintenant ?

Le texte doit désormais être soumis à une ultime validation, probablement d’ici la fin du mois de juin 2026. Si elle est confirmée, cette réforme entrera en vigueur et restreindra encore davantage l’accès à l’avortement pour les mineures victimes de viol au Brésil. Les associations de défense des droits des femmes préparent déjà des recours juridiques, estimant que cette mesure viole les conventions internationales ratifiées par le Brésil, comme la Convention sur les droits de l’enfant. Selon Le Figaro, le gouvernement Lula da Silva, bien que progressiste sur certains sujets, pourrait se retrouver dans une position délicate : appliquer une loi qu’il n’a pas souhaitée, ou entrer en conflit avec le Congrès dominé par les conservateurs.

Cette décision s’inscrit dans un contexte régional marqué par un durcissement des législations sur l’avortement. En Amérique latine, où plusieurs pays ont récemment libéralisé l’IVG (comme l’Argentine en 2020 ou la Colombie en 2022), le Brésil fait figure d’exception. Autant dire que les prochains mois seront cruciaux pour les droits des femmes brésiliennes, alors que le pays se prépare à des élections municipales en octobre 2026.

La majorité conservatrice au Sénat a estimé que la règle du Conanda, qui permettait aux mineures victimes de viol d’obtenir une assistance juridique pour interrompre une grossesse en cas de désaccord parental, « négligeait le rôle des parents » dans la prise en charge des adolescentes. Les sénateurs ont donc décidé de supprimer cette disposition, jugée trop favorable à l’autonomie des mineures.

Au Brésil, l’avortement est légal uniquement dans trois cas précis : en cas de viol, si la vie de la mère est en danger, ou si le fœtus présente une malformation cérébrale grave. Dans tous les autres cas, l’avortement est passible de quatre ans de prison pour la femme et les personnes qui l’aident.