En Bretagne, deux îles échappent toujours aux impôts locaux malgré près de trois siècles de tentatives de l'État pour y remédier. Selon Ouest France, l'île Molène et l'île de Sein bénéficient depuis des générations d'un régime fiscal exceptionnel. Leurs habitants paient bien l'impôt sur le revenu, mais sont exonérés de taxe d'habitation sur les résidences secondaires, ainsi que de taxes foncières sur le bâti et le non-bâti. Une situation qui persiste malgré les velléités réformatrices de l'administration fiscale.
Ce qu'il faut retenir
- Deux îles bretonnes, Molène et Sein, bénéficient d'un régime fiscal dérogatoire depuis près de 300 ans
- Exonération totale de taxe d'habitation sur les résidences secondaires et de taxes foncières (bâti et non-bâti) pour leurs habitants
- Échec répété de l'État à imposer ces taxes locales malgré plusieurs tentatives législatives
- Enjeu politique local pour les municipales du 17 mai 2026, avec des candidats promettant de maintenir ce statu quo
Un privilège fiscal historique ancré dans le droit local
L'origine de ces exonérations remonte au XVIIIe siècle, lorsque les îles de Molène et Sein ont obtenu des dérogations fiscales pour soutenir leur développement. Ces privilèges, inscrits dans la tradition locale, ont résisté à toutes les réformes nationales. Ouest France rappelle que l'État a tenté à plusieurs reprises de supprimer ces avantages, sans succès. Aujourd'hui encore, les habitants de ces îles jouissent d'un traitement fiscal unique en France métropolitaine.
Cette exception s'explique en partie par l'isolement géographique et la petite taille des deux îles. Molène compte moins de 200 habitants, tandis que Sein en dénombre environ 250. Leur faible population rend difficile l'application de taxes locales classiques, sans pour autant remettre en cause leur viabilité économique. Autant dire que ce régime fiscal avantageux participe au maintien d'une vie insulaire active.
Des municipales 2026 sous le signe de la fiscalité locale
À quelques jours du scrutin municipal du 17 mai 2026, les candidats à Molène font de la défense de ce régime fiscal une priorité de leur campagne. Leur mot d'ordre est clair : « Pas d'impôts locaux ». Cette position s'inscrit dans la continuité des revendications portées par les habitants depuis des générations. Pour les électeurs, ces exonérations sont perçues comme un gage de survie économique pour des territoires où les activités sont déjà contraintes par l'éloignement et les difficultés d'accès.
Côté Sein, la question fiscale est moins centrale dans le débat local, mais le sujet reste sensible. Les candidats doivent composer avec une population attachée à ses spécificités et réticente à toute remise en cause de ses avantages fiscaux. Les programmes électoraux reflètent cette prudence : peu de propositions envisagent une modification du statu quo, préférant insister sur des enjeux plus concrets comme l'accès aux services publics ou la transition écologique.
Un casse-tête pour les pouvoirs publics
Pour l'État, ces deux îles représentent un casse-tête administratif et politique. Plusieurs tentatives de suppression des exonérations ont été engagées au fil des décennies, notamment lors des grandes réformes fiscales des années 1980 et 2000. Pourtant, aucune n'a abouti. Les arguments en faveur du maintien de ces privilèges – préservation des populations insulaires, spécificités géographiques – ont toujours primé sur les considérations de rendement fiscal.
En 2023, une nouvelle proposition visant à uniformiser le régime fiscal des îles a été évoquée dans le cadre de la loi de finances. Elle a finalement été abandonnée face à l'opposition unanime des élus locaux. Ceux-ci invoquent le principe d'autonomie fiscale des collectivités, tout en rappelant que ces îles ne bénéficient d'aucun autre soutien financier particulier de la part de l'État. Bref, le sujet reste un point de friction récurrent entre Paris et les territoires insulaires.
Reste à savoir si cette position résistera à la pression budgétaire croissante sur les finances publiques. Pour l'heure, l'État semble avoir tiré les leçons de ses précédents échecs : aucune mesure concrète n'est en préparation pour remettre en cause ces privilèges. La question reste donc en suspens, comme un héritage historique que ni le temps ni les réformes n'ont réussi à effacer.
Ces exonérations remontent au XVIIIe siècle et ont été maintenues pour soutenir le développement de ces territoires isolés. Elles concernent aujourd'hui uniquement la taxe d'habitation sur les résidences secondaires et les taxes foncières, mais pas l'impôt sur le revenu.