Selon Le Figaro - Politique, Bruno Le Maire, ministre de l’Économie sous la présidence d’Emmanuel Macron, défend depuis plusieurs mois l’idée d’une « fédération d’États nations à six » au sein de l’Union européenne. Un projet qu’il expose désormais de manière détaillée dans un manifeste intitulé Pour une autre France, publié le 23 août 2026 sur son site officiel. Ce texte de 60 pages, présenté comme un programme alternatif, met en avant cette proposition comme l’une des pierres angulaires d’une refonte ambitieuse de l’architecture européenne.

Ce qu'il faut retenir

  • Bruno Le Maire propose la création d’une fédération de six États membres au sein de l’UE : la France, l’Allemagne, l’Espagne, l’Italie, la Pologne et les Pays-Bas.
  • Ce projet s’inscrit dans la lignée des propositions allemandes évoquées depuis les années 1990, notamment par Wolfgang Schäuble et Karl Lamers.
  • L’initiative a déjà été impulsée par Paris et Berlin, les deux principales économies de la zone euro, selon Le Figaro - Politique.
  • Bruno Le Maire réitère qu’il n’est pas candidat à l’élection présidentielle, tout en présentant un « manifeste » détaillé pour une refonte institutionnelle.
  • Le texte a été rendu public moins de trois mois après que l’idée ait été évoquée publiquement par le ministre allemand des Finances, Lars Klingbeil, en février 2026.

Un noyau dur européen : une idée ancienne relancée

L’idée d’une union plus étroite entre les grandes puissances économiques de l’UE n’est pas nouvelle. Comme le rapporte Le Figaro - Politique, elle remonte à 1994, lorsque les responsables allemands Wolfgang Schäuble et Karl Lamers avaient évoqué la création d’un « noyau dur » européen. Cette proposition, initialement théorique, a trouvé un écho plus concret en février 2026, lorsque le ministre allemand des Finances, Lars Klingbeil, l’a défendue publiquement lors d’une conférence à Berlin.

Bruno Le Maire, qui avait déjà esquissé cette piste en juin 2026 lors d’un entretien avec Le Figaro, en fait désormais un pilier de son manifeste. Il propose ainsi de rassembler les six États les plus influents de l’Union — représentant à eux seuls plus de 70 % du PIB européen — au sein d’une structure fédérale tout en maintenant leur souveraineté nationale dans certains domaines.

Une union « dans l’union » pour renforcer l’intégration

Le projet de Bruno Le Maire s’articule autour d’une « fédération d’États nations à six », une formule qui vise à concilier approfondissement de l’intégration européenne et respect des souverainetés nationales. Selon le manifeste, cette structure permettrait de mutualiser certaines politiques économiques, fiscales et de défense, tout en laissant à chaque État la maîtrise de ses politiques sociales ou éducatives.

Cette approche, qualifiée parfois de « differentiated integration » dans le jargon européen, vise à contourner les blocages institutionnels qui paralysent régulièrement l’UE. « Il s’agit de permettre à ceux qui veulent aller plus loin de le faire, sans contraindre les autres », a expliqué Bruno Le Maire dans les colonnes du Figaro. Une philosophie qui rejoint celle défendue par Berlin ces dernières années, notamment sous l’impulsion d’Angela Merkel puis de son successeur.

Un rapprochement déjà en marche entre Paris et Berlin

Si le projet est présenté comme une innovation, Le Figaro - Politique souligne qu’il s’appuie sur des initiatives concrètes déjà engagées entre la France et l’Allemagne. Depuis plusieurs mois, les deux pays multiplient les consultations pour harmoniser leurs positions sur des sujets comme la fiscalité des entreprises, la transition énergétique ou la politique industrielle. Ces échanges, souvent menés à huis clos, ont déjà permis des avancées, comme l’adoption en 2025 d’un mécanisme de coordination des investissements publics dans les secteurs stratégiques.

Pour autant, le chemin reste semé d’embûches. Les divergences entre les six pays proposés — notamment sur la question de la dette commune ou de la gouvernance économique — pourraient freiner les ambitions fédérales. La Pologne, par exemple, a régulièrement exprimé ses réticences face à toute forme de transfert de souveraineté vers Bruxelles.

Et maintenant ?

Si le manifeste de Bruno Le Maire ouvre le débat, sa mise en œuvre dépendra largement de la capacité des six États à surmonter leurs divergences. Une réunion informelle des ministres des Finances des six pays est prévue pour le 15 septembre 2026 à Paris, où la faisabilité du projet sera évoquée. Pour l’instant, aucun calendrier précis n’a été arrêté, mais l’idée d’un « pacte de croissance » entre les six nations pourrait être finalisée d’ici la fin de l’année.

Reste à voir si ce projet fédéraliste recueillera l’adhésion des autres membres de l’UE, certains craignant une Europe à plusieurs vitesses qui affaiblirait la cohésion de l’Union. En attendant, Bruno Le Maire a d’ores et déjà indiqué qu’il comptait défendre cette proposition lors des prochaines rencontres européennes, qu’il s’agisse du Conseil des ministres ou du sommet du 12 décembre 2026 consacré à la réforme de la zone euro.

Ce projet s’inscrit dans un contexte où l’UE cherche à se réinventer après le Brexit et face aux tensions géopolitiques croissantes. Que cette fédération à six aboutisse ou non, elle reflète une tendance de fond : celle d’une Europe qui, malgré ses divisions, tente de trouver de nouvelles formes d’intégration pour peser face aux États-Unis et à la Chine.

Selon le manifeste de Bruno Le Maire, les priorités concerneraient d’abord la fiscalité des entreprises, la transition énergétique et la politique industrielle. Ces trois domaines, déjà évoqués dans les discussions franco-allemandes, pourraient faire l’objet d’accords bilatéraux avant d’être étendus aux quatre autres pays.