Selon Franceinfo - Politique, Bruno Retailleau, président des Républicains et candidat LR à l’élection présidentielle de 2027, a réaffirmé son opposition aux réformes successives des retraites lors d’une intervention télévisée sur France 2 le 28 août 2026. Il a défendu une proposition visant à indexer l’âge légal de départ sur l’espérance de vie en bonne santé, une mesure qu’il compte détailler en septembre. Cette prise de position intervient dans un contexte marqué par des débats récurrents sur la pérennité du système de retraites en France.

Ce qu'il faut retenir

  • L’âge légal de départ à la retraite serait lié à l’espérance de vie en bonne santé, selon une proposition de Bruno Retailleau.
  • Les femmes pourraient partir à la retraite à 86 ans et les hommes à 80 ans, selon des projections de l’Insee.
  • Bruno Retailleau a souligné que les femmes sont les principales victimes du système actuel, avec deux tiers des personnes devant attendre 67 ans pour voir leur décote annulée.
  • Il a également critiqué les propositions de Marine Le Pen et Jean-Luc Mélenchon, qualifiées de « raser gratis ».
  • Retailleau a évoqué une possible convergence avec Édouard Philippe sur des sujets comme le travail, les normes et le coût du travail.

Une réforme inspirée du Code du travail depuis 2003

Lors de son passage dans l’émission « Les 4V » sur France 2, Bruno Retailleau a rappelé qu’une mesure similaire existe déjà dans le Code du travail depuis la réforme des retraites de 2003. Pour lui, cette approche est « intelligente », car elle permet d’ajuster automatiquement l’âge de départ en fonction des évolutions démographiques. « L’âge de départ à la retraite doit dépendre de l’espérance de vie », a-t-il déclaré. Il a précisé que cette espérance de vie doit être mesurée en bonne santé, et non en termes de durée de vie totale, afin de garantir que les retraités puissent profiter pleinement de leur pension sans dépendre d’un système en constante révision.

Concrètement, il a évoqué des âges de départ différenciés selon le genre : 86 ans pour les femmes et 80 ans pour les hommes, en se basant sur les projections de l’Insee. Cette proposition vise à éviter les « psychodrames » récurrents liés aux réformes des retraites, qui interviennent selon lui tous les dix ou quinze ans. « Plus on a une espérance de vie en bonne santé, plus les pensions seront versées longtemps, ce qui coûte cher à la société. Il faut donc ajuster l’âge de départ », a-t-il expliqué.

Les femmes, premières victimes du système actuel

Bruno Retailleau a mis en avant un paradoxe du système actuel : malgré des carrières souvent plus hachées en raison des maternités ou des interruptions professionnelles, les femmes sont les principales perdantes des règles en vigueur. « Sur les 60 000 Françaises et Français qui doivent attendre 67 ans pour que la décote soit annulée, les deux tiers sont des femmes », a-t-il souligné. Cette situation s’explique, selon lui, par des carrières moins linéaires, marquées par des périodes de temps partiel ou d’inactivité, qui pénalisent les droits à pension. « Les grandes victimes du système actuel, ce sont les femmes », a-t-il martelé, tout en critiquant l’absence de prise en compte de cette inégalité structurelle dans les débats publics.

Le candidat LR a également rappelé que son projet ne se limite pas à une simple réforme paramétrique. Il s’inscrit, selon lui, dans une logique de « rupture profonde » avec le système actuel, qu’il juge à bout de souffle. « On rentre sur le marché du travail à 21-22 ans, on ajoute 43-44 ans de carrière, et on arrive à plus de 65 ans », a-t-il analysé. Il a ajouté que, sans âge légal strict, les retraités subissent une décote maximale, ce qui aggrave encore leur situation financière.

Un âge de départ « après 64 ans », mais « plus subtil »

Interrogé sur l’âge précis qu’il propose, Bruno Retailleau a refusé de donner un chiffre immédiat, promettant de détailler sa proposition « dans quelques semaines, au mois de septembre ». Il a simplement indiqué que l’âge légal serait « après 64 ans », tout en précisant que le mécanisme serait « plus subtil » qu’un simple report mécanique. « Contrairement à beaucoup d’autres, j’assumerai le fait de repousser l’âge légal », a-t-il lancé, soulignant que cette mesure s’inscrit dans une logique de responsabilité collective et de durabilité du système.

Cette position le distingue des autres candidats à l’élection présidentielle, notamment de Marine Le Pen et Jean-Luc Mélenchon, qu’il accuse de proposer des solutions « simplistes » comme la baisse de l’âge de départ. « Ils veulent descendre l’âge de la retraite, ce que nul autre pays européen n’a fait », a-t-il dénoncé. Pour lui, ces propositions « seraient la ruine de la France », alors que la plupart des pays européens optent pour un relèvement de l’âge légal.

Convergences et divergences avec Édouard Philippe

Bruno Retailleau a également évoqué les points de convergence avec Édouard Philippe, ancien Premier ministre et figure centrale de la droite. « On a quand même constaté des convergences avec Édouard Philippe », a-t-il reconnu, citant des sujets comme le travail plus longtemps, la réduction des normes ou la baisse du coût du travail. « Vous voulez travailler plus longtemps, vous voulez moins de normes, vous voulez baisser le coût du travail. Qu’est-ce qui vous empêche d’être unis ? », a-t-il lancé, tout en soulignant les limites de cette alliance potentielle.

Pour Retailleau, la principale difficulté réside dans la perception des Français, qui aspirent à une « rupture » avec le quinquennat Macron. « Si les sondages ont une dynamique pour Mélenchon ou Le Pen, c’est parce que les Français veulent une rupture », a-t-il analysé. Or, selon lui, Édouard Philippe incarne davantage la continuité que la rupture, malgré ses qualités reconnues. « Il ne parviendra pas à se décontaminer de l’ère Macron », a-t-il tranché, insistant sur la nécessité d’incarner un projet politique radicalement différent.

Une alternative à la hausse de la TVA proposée par le Medef

Lors du débat organisé par le Medef le 27 août, Bruno Retailleau a également réagi à une proposition de Patrick Martin, président du Medef, visant à augmenter la TVA pour réduire les cotisations sociales et ainsi augmenter les salaires. Le candidat LR a rejeté cette piste, lui opposant sa propre solution. « J’ai ma solution, qui n’est pas celle-là », a-t-il affirmé, détaillant un mécanisme où les cotisations sociales seraient supprimées « à partir de la 36e heure » de travail. Cette mesure, selon lui, permettrait de concilier compétitivité économique et pouvoir d’achat, sans alourdir la fiscalité.

Et maintenant ?

Bruno Retailleau a annoncé qu’il préciserait sa proposition sur l’âge légal de départ à la retraite « au mois de septembre 2026 ». Cette annonce intervient alors que le débat sur la réforme des retraites reste au cœur de l’actualité politique, avec des échéances électorales majeures en vue. La droite et l’extrême droite devraient continuer à s’affronter sur ce sujet, tandis que le gouvernement en place devra trancher sur la faisabilité d’une réforme structurelle. Reste à voir si les autres candidats, notamment ceux du Rassemblement National ou de La France Insoumise, maintiendront leurs propositions de baisse de l’âge de départ, ou si un compromis émergera autour de l’indexation sur l’espérance de vie en bonne santé.

Cette proposition de Bruno Retailleau s’inscrit dans une stratégie plus large visant à repositionner Les Républicains sur le terrain des réformes économiques et sociales, tout en se distinguant des autres forces politiques. Alors que la campagne pour l’élection présidentielle de 2027 s’annonce déjà mouvementée, la question des retraites pourrait bien devenir un enjeu central, tant pour les candidats que pour les Français.