« Le prix du kérosène n’est pas une circonstance extraordinaire. » La phrase est claire, ferme, et vient du commissaire européen aux Transports, Apostolos Tzitzikostas, qui a tenu à rappeler, ce jeudi 7 mai 2026, les obligations légales des compagnies aériennes en cas d’annulation de vols pour des raisons économiques liées à la flambée des coûts du carburant. Selon BFM Business, Bruxelles intervient alors que près de 2 millions de sièges ont été annulés dans le monde depuis le début de l’année, principalement en raison de la hausse des prix de l’énergie.

Ce qu'il faut retenir

  • La Commission européenne rappelle que la hausse du kérosène n’est pas considérée comme une « circonstance extraordinaire » au regard du droit européen, ce qui oblige les compagnies aériennes à indemniser les passagers en cas d’annulation de vols pour raisons économiques.
  • Les transporteurs doivent proposer un remboursement du billet, un réacheminement, ou prendre en charge les frais d’hôtel, de repas et de transport si le passager est bloqué, en plus d’une indemnité forfaitaire de 250 à 600 euros selon la distance du vol.
  • Certaines compagnies annulent des liaisons jugées peu rentables, notamment depuis le doublement des coûts du carburant, qui a rendu ces vols encore moins viables économiquement.
  • Malgré les alertes sur une possible pénurie de kérosène en Europe, Bruxelles affirme que l’Union européenne dispose de six semaines de réserves stratégiques et peut sécuriser ses approvisionnements à moyen terme.
  • La Commission européenne doit publier de nouvelles lignes directrices pour clarifier le cadre réglementaire existant, sans assouplir les règles sur les droits des passagers ou les créneaux horaires.

Une obligation légale maintenue malgré la crise énergétique

Dans un entretien accordé au Financial Times et rapporté par BFM Business, Apostolos Tzitzikostas a rejeté l’argument selon lequel la hausse du prix du kérosène pourrait être considérée comme une « circonstance exceptionnelle ». Pour la Commission européenne, cette volatilité des coûts fait partie intégrante du modèle économique du transport aérien. « Les compagnies aériennes annulent des vols qui n’avaient déjà que peu d’intérêt financier et, désormais, avec le doublement des prix, ils n’ont absolument plus aucun sens pour les entreprises », a-t-il précisé. Autrement dit, les transporteurs ne peuvent invoquer la crise énergétique pour se soustraire à leurs obligations envers les passagers.

Concrètement, si une compagnie décide d’annuler un vol pour des raisons économiques — comme la flambée du kérosène —, elle doit respecter le règlement européen (CE) n°261/2004. Ce texte impose plusieurs mesures : rembourser le billet dans les sept jours, proposer un vol de remplacement à une date ultérieure ou un trajet vers la destination finale en utilisant d’autres moyens de transport, ainsi que prendre en charge les frais d’hébergement, de restauration et de transport si le passager est bloqué. Une indemnité forfaitaire est également due, variant de 250 euros pour les vols intra-européens à 600 euros pour les trajets long-courriers.

Des compagnies aériennes sous pression économique

La situation actuelle met en lumière la fragilité de certaines liaisons aériennes, déjà peu rentables avant la crise énergétique. Avec un doublement des coûts du kérosène, ces vols deviennent encore moins viables, poussant les compagnies à supprimer des lignes entières. Apostolos Tzitzikostas a souligné que ces annulations ne sont pas nouvelles, mais qu’elles s’accentuent avec la hausse des prix. « Certaines lignes aériennes étaient déjà peu rentables avant la hausse des prix du kérosène. Avec l’explosion du coût du carburant, ces vols deviennent encore plus coûteux à exploiter et ne rapportent plus assez d’argent aux compagnies aériennes », a-t-il analysé.

Cette réalité économique contraste avec les obligations légales imposées par Bruxelles. Pour les passagers, cela signifie que, même en période de crise, leurs droits restent protégés — à condition que les annulations soient liées à des motifs économiques et non à des facteurs externes comme des grèves ou des conditions météorologiques extrêmes. Les compagnies qui tenteraient d’échapper à ces obligations s’exposeraient à des sanctions et à des litiges coûteux.

Bruxelles rassure sur l’approvisionnement en kérosène, mais la prudence reste de mise

Malgré les inquiétudes exprimées par plusieurs acteurs du secteur, notamment sur une possible pénurie de kérosène en Europe, la Commission européenne se veut rassurante. Fatih Birol, directeur de l’Agence internationale de l’énergie (AIE), avait alerté fin avril sur le niveau des réserves européennes, estimant que le continent ne disposait plus que de six semaines de stocks stratégiques. Pourtant, Apostolos Tzitzikostas a affirmé que l’Union européenne « peut assurer ses approvisionnements en carburant d’aviation pendant une longue période » grâce à ses stocks d’urgence et à la coordination entre États membres.

Pour réduire la dépendance au kérosène traditionnel, souvent importé du Golfe, Bruxelles envisage d’autoriser l’utilisation de Jet A, un carburant plus largement utilisé aux États-Unis. Cette mesure, si elle est adoptée, permettrait aux compagnies européennes de diversifier leurs sources d’approvisionnement et de limiter leur vulnérabilité face aux fluctuations des prix. Par ailleurs, la Commission doit publier prochainement de nouvelles lignes directrices pour encadrer la gestion des risques liés aux coûts élevés du carburant. Ces recommandations, déjà évoquées dans un document consulté par le Financial Times, visent à clarifier le cadre réglementaire sans modifier les règles existantes sur les droits des passagers ou les créneaux horaires.

Un contexte géopolitique tendu complique la donne

Le secteur aérien européen doit également composer avec un contexte géopolitique incertain, notamment en raison de la guerre au Moyen-Orient, qui perturbe les approvisionnements en énergie. « La gestion du risque lié aux coûts élevés du carburant fait partie intégrante des activités d’une compagnie aérienne », peut-on lire dans les futures directives européennes. Cette formulation indique que la Commission ne prévoit pas de relâcher ses exigences envers les transporteurs, malgré les pressions économiques et les tensions géopolitiques.

Du côté des aéroports, les inquiétudes persistent. Le président de l’Union des aéroports français et francophones associés (UAF), interrogé par BFM Business, a reconnu que le secteur « passera l’été mais ne sortira pas indemne de cette crise énergétique qui s’annonce structurelle ». Cette déclaration reflète les craintes d’un ralentissement durable du trafic aérien, avec des répercussions sur l’emploi et l’économie des territoires dépendants du tourisme et des échanges internationaux.

Et maintenant ?

Les prochaines semaines seront déterminantes pour évaluer l’impact réel de cette crise sur le secteur aérien européen. La publication des nouvelles lignes directrices par la Commission européenne, attendue dans les prochains jours, devrait apporter des précisions sur les modalités de mise en œuvre des règles existantes. Par ailleurs, les compagnies aériennes devront probablement ajuster leurs stratégies commerciales pour concilier rentabilité et respect de leurs obligations légales. Enfin, la situation géopolitique au Moyen-Orient et les tensions sur les approvisionnements en énergie resteront un facteur de risque majeur pour l’ensemble du secteur.

Une question reste en suspens : dans quelle mesure les compagnies aériennes parviendront-elles à absorber la hausse des coûts du kérosène sans multiplier les annulations de vols ? La réponse dépendra en grande partie de l’évolution des prix de l’énergie et des décisions des autorités européennes pour soutenir le secteur.

Selon le règlement européen CE n°261/2004, les passagers ont droit à un remboursement intégral du billet dans les sept jours, à un réacheminement vers leur destination finale ou à un trajet alternatif, ainsi qu’à la prise en charge des frais d’hébergement, de restauration et de transport en cas de blocage. Une indemnité forfaitaire de 250 à 600 euros est également due, selon la distance du vol.

Pour Bruxelles, la volatilité des prix du carburant fait partie intégrante du modèle économique du transport aérien. Contrairement à des événements imprévisibles comme des grèves ou des conditions météo extrêmes, la hausse des coûts du kérosène est un risque gérable et prévisible, que les compagnies doivent anticiper dans leur gestion.