Le géant aéronautique américain Boeing est de nouveau sous le feu des critiques, cette fois devant la justice civile américaine. Sept ans après le crash d’un Boeing 737 MAX 8 d’Ethiopian Airlines, un procès s’est ouvert le 4 mai 2026 à Chicago pour établir la responsabilité de l’avionneur dans la mort de 157 personnes, dont une Américaine de 24 ans, Samya Stumo. Selon Capital, cette affaire illustre les conséquences persistantes de l’un des deux accidents mortels impliquant le 737 MAX, après celui de Lion Air en octobre 2018.
Ce nouveau procès intervient alors que Boeing a déjà reconnu, dès 2019, que le logiciel de contrôle de vol MCAS, conçu pour éviter un décrochage, était à l’origine des deux catastrophes. L’avionneur a également admis des défaillances dans la formation des pilotes et dans la communication interne sur les risques liés à cet appareil. Pourtant, les négociations pour une indemnisation équitable restent bloquées pour certaines familles, comme celle de Samya Stumo, dont le cas est désormais jugé devant un tribunal de Chicago.
Ce qu'il faut retenir
- Un Boeing 737 MAX 8 d’Ethiopian Airlines s’écrase le 10 mars 2019 six minutes après son décollage d’Addis-Abeba, faisant 157 morts originaires de 35 pays.
- Boeing a reconnu dès 2019 que le logiciel MCAS était responsable du crash, comme pour celui de Lion Air en octobre 2018.
- Le procès en cours à Chicago concerne spécifiquement la famille de Samya Stumo, une Américaine de 24 ans, décédée dans l’accident.
- Les négociations pour une indemnisation n’ont pas abouti, poussant les proches à saisir la justice pour établir la « négligence » de Boeing.
- Le procès doit durer jusqu’au 15 mai 2026, avec une demande d’indemnisation dont le montant exact reste en débat.
Un crash aux multiples conséquences judiciaires
Le vol ET302 d’Ethiopian Airlines reliait Addis-Abeba à Nairobi lorsque l’appareil s’est écrasé peu après son décollage, selon les rapports d’enquête. Les investigations ont révélé que le système MCAS, conçu pour corriger automatiquement une assiette trop cabrée, avait été activé de manière erronée en raison de capteurs défectueux. Ce dysfonctionnement a provoqué une perte de contrôle de l’avion, entraînant sa chute. Comme le rapporte Capital, Boeing a rapidement admis sa responsabilité technique, mais les familles des victimes réclament désormais justice sur le plan civil, notamment en matière d’indemnisation.
Parmi les 157 victimes figuraient des passagers de 35 nationalités différentes, dont des Américains, des Canadiens et des Européens. Les familles se sont divisées en deux groupes : celles ayant accepté des accords à l’amiable avec Boeing, et celles, comme la famille Stumo, qui ont choisi de porter l’affaire devant les tribunaux. En 2023, un premier procès avait déjà attribué 28,45 millions de dollars à une veuve, mais les montants proposés aux autres familles ont été jugés insuffisants par de nombreux proches.
Le témoignage poignant des parents de Samya Stumo
Devant le tribunal de Chicago, les parents et les deux frères de Samya Stumo ont livré un témoignage déchirant sur l’impact de sa disparition. « Boeing a été négligent. L’avion de Boeing n’était pas sûr. Boeing a causé ce crash et ces décès », a affirmé leur avocat, Shanin Specter, lors de l’ouverture du procès le 4 mai. La mère de Samya, présente dans la salle, a été submergée par l’émotion tandis que son père évoquait le vide laissé par la disparition de leur fille. « C’est comme si, depuis qu’elle n’est plus là, nous n’avions plus la permission d’être heureux », a-t-il déclaré.
Samya Stumo était une jeune femme prometteuse : elle avait appris à lire seule à trois ans, obtenu son diplôme de lycée à 16 ans, puis intégré l’université du Massachusetts. Son parcours académique et professionnel, marqué par une mission pour l’ONG ThinkWell spécialisée en santé publique, avait conduit l’avionneur à mettre en avant son profil lors des débats judiciaires. Son père a également partagé le choc de l’annonce de sa mort : « Votre fille est morte mais votre esprit ne le croit pas parce que vous ne l’avez jamais vue », a-t-il confié, illustrant l’ampleur du traumatisme subi par les familles.
Les désaccords persistent sur les indemnisations
Si Boeing a reconnu sa responsabilité technique dans les crashs du 737 MAX, l’avionneur conteste désormais les montants réclamés par certaines familles. Selon les propos rapportés par Capital et attribués à Me Dan Webb, avocat de Boeing, « notre seul désaccord porte sur le montant exact de la compensation ». Cette position contraste avec les premiers accords signés entre l’avionneur et d’autres familles, comme celle ayant obtenu 28,45 millions de dollars en 2023.
Les avocats des familles victimes estiment que les indemnisations proposées par Boeing ne reflètent ni l’ampleur du préjudice moral ni les pertes financières subies. Pour eux, le procès en cours doit permettre de fixer un montant juste, reflétant à la fois la valeur de la vie humaine et les conséquences économiques pour les proches. La durée du procès, fixée jusqu’au 15 mai 2026, laisse entrevoir des débats serrés entre les parties, d’autant que Boeing pourrait faire appel en cas de décision défavorable.
Un contexte judiciaire et industriel tendu pour Boeing
Ce nouveau procès intervient dans un contexte déjà tendu pour Boeing, qui fait face à une série de problèmes techniques et judiciaires depuis les crashs du 737 MAX. En 2024, l’avionneur avait évité un procès pénal en acceptant une amende record de 2,5 milliards de dollars, mais les familles des victimes et les régulateurs continuent de surveiller de près ses pratiques industrielles. Les enquêtes ont révélé des lacunes dans la culture de sécurité de l’entreprise, ainsi que des pressions exercées sur les pilotes pour minimiser les risques liés au MCAS.
Par ailleurs, Boeing reste sous surveillance accrue de la Federal Aviation Administration (FAA), qui a renforcé ses contrôles sur la production et la maintenance des avions. Plusieurs incidents récents, comme des fuites de carburant ou des dépressurisations en vol, ont rappelé les fragilités persistantes de l’avionneur. Pour les familles des victimes du 737 MAX, ces éléments renforcent l’idée que Boeing n’a pas tiré pleinement les leçons des catastrophes de 2018 et 2019.
Quel que soit l’issue de ce procès, il rappelle que les conséquences des crashs du 737 MAX dépassent largement le cadre technique. Pour les familles, la quête de justice reste un combat quotidien, sept ans après la disparition de leurs proches. De son côté, Boeing doit désormais composer avec une réputation durablement entachée et une industrie aéronautique qui observe, avec méfiance, les mesures prises pour restaurer la confiance dans ses appareils.
Le MCAS (Maneuvering Characteristics Augmentation System) est un système conçu par Boeing pour améliorer la stabilité longitudinale du 737 MAX. Il s’active automatiquement si l’avion prend une assiette trop cabrée, mais des capteurs défectueux ont provoqué son déclenchement intempestif lors des deux accidents, entraînant une perte de contrôle.
Les familles estiment que les indemnisations proposées par Boeing sont insuffisantes, tant sur le plan moral que financier. Le procès en cours à Chicago vise à établir la responsabilité civile de l’avionneur et à obtenir des compensations jugées équitables, notamment pour la famille de Samya Stumo, qui n’a pas accepté les accords précédents.