Ce jeudi 7 mai 2026, la cour de révision examine la demande de révision déposée par Dany Leprince, condamné à la perpétuité en 1997 pour le quadruple meurtre de Thorigné-sur-Dué (Sarthe). Une audience qui s’inscrit dans un dossier vieux de plus de trois décennies, marqué par des rebondissements et des zones d’ombre persistantes. Selon BFM - Faits Divers, cette procédure pourrait ouvrir la voie à un nouveau procès ou, à l’inverse, confirmer la condamnation initiale. Six jours plus tard, le 13 mai, son ex-épouse Martine Compain saura si elle est mise en examen pour « meurtres » et « complicité de meurtres », une décision attendue avec la même intensité par les parties civiles et les observateurs.
Ce qu'il faut retenir
- 32 ans après les faits, la cour de révision examine ce jeudi 7 mai la demande de révision déposée par Dany Leprince, condamné en 1997 à la perpétuité pour le quadruple meurtre de Thorigné-sur-Dué.
- Le 13 mai 2026, Martine Compain, ex-épouse de Dany Leprince, sera fixée sur sa mise en examen ou non pour « meurtres » et « complicité de meurtres ».
- Quatre personnes ont été tuées dans la nuit du 4 au 5 septembre 1994 : Christian Leprince, sa femme Brigitte, et leurs deux filles, Sandra (10 ans) et Audrey (6 ans). Seule Solène, 2 ans, a survécu.
- Dany Leprince a été condamné en 1997 à la perpétuité après avoir reconnu, puis rétracté, avoir tué son frère. Il clame son innocence depuis 1994.
- Une première demande de révision, déposée en 2005, avait été rejetée en 2011. Une seconde requête, déposée plus récemment, est désormais examinée.
- Martine Compain, aujourd’hui témoin assisté, pourrait être mise en examen si la justice estime qu’il existe des « indices graves ou concordants » à son encontre.
Un quadruple meurtre qui a marqué la Sarthe en 1994
La nuit du 4 au 5 septembre 1994, Christian Leprince, gérant d’une carrosserie à Thorigné-sur-Dué, ne se présente pas à son travail. Le lendemain matin, un employé se rend à son domicile et découvre une scène d’horreur : Christian Leprince, la mâchoire déchiquetée, gît à l’entrée de la salle à manger, ses jambes en travers du corps de sa fille Sandra, 10 ans, également inanimée. Dans la cuisine, Brigitte Leprince et sa cadette Audrey, 6 ans, ont également été massacrées. Seule Solène, 2 ans, est retrouvée indemne dans sa chambre. Selon le rapport d’autopsie, les quatre victimes sont mortes de « lésions crânio-encéphaliques et cervicales » quasi instantanées, probablement tuées avec une feuille de boucher, une arme jamais retrouvée.
Dany Leprince, des aveux aux rétractations
Trois jours après les faits, Dany Leprince, frère de la victime et voisin des Leprince, est placé en garde à vue. Son épouse Martine Compain signale aux gendarmes la disparition d’une feuille de boucher, retrouvée plus tard au domicile des parents du mis en cause. Interrogée pendant plusieurs heures, elle déclare avoir vu son mari frapper son frère avec cet outil avant de demander à Dany d’arrêter. Leur fille aînée, Célia, 15 ans, confirme cette version. Pendant 46 heures de garde à vue, Dany Leprince finit par avouer avoir tué son frère après une altercation au sujet d’une dette de 20 000 francs. Il précise alors : « Martine n’a rien à voir avec ce carnage, elle est au courant de ce qui s’est passé mais elle n’a rien pu faire. »
Pourtant, dès la semaine suivante, il se rétracte par courrier, affirmant n’avoir tué personne. Condamné en 1997 à la perpétuité assortie d’une peine de sûreté de 22 ans, il ne peut faire appel. Depuis sa cellule, il maintient son innocence et entame un long combat judiciaire, marqué par une première demande de révision rejetée en 2011.
Les zones d’ombre qui alimentent le doute
La commission de révision avait avancé plusieurs arguments en faveur de Dany Leprince en 2005, dont des propos ambigus de Martine Compain : « Je me demande si je n’ai pas fait quelque chose. J’ai peut-être tué quelqu’un, je l’ai dit à mon avocate », avant de revenir sur ses déclarations. D’autres éléments intriguaient : une empreinte de Doc Martens sur la scène de crime, dont la pointure ne correspondait pas à celle de Dany Leprince, ou encore un couteau au manche jaune saisi chez lui, dont l’ADN mêlé à celui de Martine Compain et Audrey Leprince ne correspondait cependant pas aux blessures des victimes. « Cet élément ne veut rien dire en soi : ce couteau n’a pas servi », avait alors souligné son avocate, Me Colomba Grossi.
Solène Leprince, seule rescapée du drame, avait été présentée comme témoin clé à l’âge de 2 ans. Elle aurait désigné son oncle Dany sur une photo, un témoignage validé par une experte psychiatre. Pourtant, trois expertises ultérieures avaient conclu qu’elle ne présentait aucun stress post-traumatique et ne pouvait avoir assisté aux meurtres. Son avocate, Me Meriem Khelladi-Reinaerts, explique aujourd’hui que sa cliente cherche avant tout la vérité : « Elle n’a pas de réponse à ses questions. Elle poursuit la volonté de savoir ce qu’il s’est passé cette nuit-là. »
Martine Compain dans le viseur de la justice
Alors que Dany Leprince a été libéré en 2016, la procédure ouverte à l’initiative de son père, puis reprise par son frère Alain et Solène Leprince, a braqué les projecteurs sur Martine Compain. Témoin assisté depuis des années, elle pourrait être mise en examen pour « meurtres » et « complicité de meurtres » le 13 mai. Le parquet général du Mans avait demandé cette mise en examen à deux reprises, mais la justice avait estimé qu’« aucun indice grave ou concordant » ne la désignait comme autrice ou complice. Ses avocats dénoncent un traitement « misogyne », évoquant sa petite taille (1,55 m pour 45 kg) comme un argument de poids pour écarter l’hypothèse d’une participation aux meurtres. « L’imaginer massacrer un homme de 1,80 m et trois autres membres de sa famille relève de l’absurde », avait plaidé Me Grossi lors d’une conférence de presse.
Pourtant, le parquet maintient sa position, soulignant que Martine Compain a été entendue une trentaine de fois et que les investigations, bien que longues, ont inclus de nouvelles analyses génétiques. « On ne peut pas dire que les investigations ont été bâclées. Elles ont duré des années », avait rappelé son avocate, tout en estimant que les éléments à sa charge étaient « très ténus ».
Un procès en révision aux enjeux majeurs
La demande de révision déposée par Dany Leprince et ses avocats, Me Olivier Morice et Me William Bourdon, sera examinée ce jeudi 7 mai. La cour devra déterminer si les « faits nouveaux et éléments inconnus » sont de nature à faire naître un doute sur sa culpabilité. Si tel est le cas, il pourrait être renvoyé devant une cour d’assises pour un nouveau procès. « Ce dont est chargée la cour de révision, ce n’est pas d’acquitter Dany Leprince, mais de dire si les éléments nouveaux sont suffisamment sérieux pour justifier un nouveau procès », a précisé Me Morice. Une décision est attendue avant l’été, d’ici juin 2026.
Du côté de Martine Compain, Me Grossi s’interroge sur l’utilité d’un nouveau procès, alors que Dany Leprince est libre, que seuls quatre scellés ont été conservés et que certains témoins sont décédés. « L’ordre des crimes, le pourquoi, le comment… on ne le saura jamais. Qu’est-ce qu’on va tirer d’un tel procès ? » avait-elle questionné lors d’une précédente audience. Les défenseurs de Dany Leprince, eux, estiment que la justice doit trancher définitivement, après des décennies de combat pour la vérité.
Cette procédure rappelle que les révisions de condamnations criminelles restent exceptionnelles : seulement douze annulations ont été prononcées depuis 1945 en France, parmi lesquelles celles de Marc Machin ou Patrick Dils. Dans l’attente des décisions, les parties civiles, dont Solène Leprince, espèrent que la justice saura enfin apporter des réponses à leurs questions.
La cour de révision examine une seconde demande de révision déposée par Dany Leprince, qui clame son innocence depuis sa condamnation en 1997. Cette procédure vise à déterminer si de nouveaux éléments ou des faits ignorés lors du premier procès sont de nature à faire naître un doute sur sa culpabilité, et pourraient justifier un nouveau procès.
Martine Compain sera fixée le 13 mai 2026 sur une éventuelle mise en examen pour « meurtres » et « complicité de meurtres ». Si la justice estime qu’il existe des « indices graves ou concordants » à son encontre, elle pourrait être mise en examen ; dans le cas contraire, elle restera sous le statut de témoin assisté.