Un mois après le décès de sa journaliste Amal Khalil sous les frappes israéliennes au Liban, le quotidien Al-Akhbar a décidé de saisir la justice française. Le journal a en effet porté plainte contre le général Philippe Sidos, expert militaire invité sur le plateau de BFMTV, pour «apologie de crime de guerre». Cette action intervient après des propos tenus par l’expert lors d’une émission diffusée peu après l’annonce du décès de la reporter, le 22 avril 2026, selon Libération.
Amal Khalil, reporter pour Al-Akhbar, a été tuée lors d’une frappe aérienne attribuée à l’armée israélienne dans la région de Beyrouth. Le drame a suscité une vive émotion au Liban, où la presse locale dénonce régulièrement les frappes israéliennes ciblant des civils et des journalistes. Les conditions exactes de l’attaque restent encore floues, mais le journal accuse les autorités israéliennes d’avoir visé délibérément des infrastructures médiatiques, une allégation rejetée par Israël, qui évoque des frappes ciblées contre des positions du Hezbollah.
Ce qu'il faut retenir
- Amal Khalil, journaliste à Al-Akhbar, a été tuée le 22 avril 2026 lors d’une frappe israélienne au Liban.
- Le journal Al-Akhbar a porté plainte contre le général Philippe Sidos, expert de BFMTV, pour «apologie de crime de guerre».
- Les propos incriminés ont été tenus sur le plateau de BFMTV après l’annonce de la mort de la journaliste.
- La plainte vise des déclarations jugées complaisantes envers les frappes israéliennes responsables de la mort de Khalil.
Une plainte pour «apologie de crime de guerre»
Selon Libération, Al-Akhbar reproche au général Philippe Sidos d’avoir tenu des propos minimisant la responsabilité israélienne dans la mort de sa journaliste. Dans une émission diffusée peu après l’annonce du décès, l’expert aurait évoqué la possibilité que la frappe visait un objectif militaire légitime, justifiant ainsi l’attaque. Ces déclarations, perçues comme une forme de légitimation des frappes israéliennes, ont poussé le journal à engager des poursuites judiciaires.
Le chef d’accusation retenu, «apologie de crime de guerre», est un délit prévu par le Code pénal français. Il vise à sanctionner les propos publics qui incitent à la haine ou légitiment des actes considérés comme des crimes de guerre par le droit international. Dans ce cas précis, Al-Akhbar estime que les propos du général Sidos, bien que formulés dans un cadre médiatique, constituent une forme d’encouragement indirect aux actions israéliennes.
Le contexte des frappes et la situation des journalistes au Liban
Depuis le début de l’escalade militaire entre Israël et le Hezbollah, le Liban subit des frappes régulières attribuées à l’armée israélienne. Plusieurs journalistes ont été tués ou blessés lors de ces opérations, ce qui a conduit des organisations comme Reporters sans frontières à dénoncer une augmentation des attaques ciblant délibérément des civils et des professionnels des médias. Amal Khalil était la quatrième journaliste libanaise tuée depuis le début de l’année 2026 dans des circonstances similaires.
Al-Akhbar, un média proche du Hezbollah, a toujours nié toute collaboration avec le groupe armé, se présentant comme un organe de presse indépendant. Pourtant, son rôle dans la couverture des événements au Liban lui vaut des critiques de la part des autorités israéliennes, qui le considèrent comme un relais de propagande. Cette plainte contre un expert français s’inscrit donc dans une stratégie plus large visant à attirer l’attention sur ce que le journal présente comme une «judiciarisation de la guerre médiatique».
Cette affaire met en lumière les tensions persistantes entre liberté d’expression et responsabilité médiatique, surtout dans un contexte de conflit où chaque déclaration peut être instrumentalisée. Pour Al-Akhbar, il s’agit avant tout de défendre l’image de sa journaliste et de dénoncer ce qu’il considère comme une impunité israélienne, tandis que la défense de Philippe Sidos pourrait invoquer le droit à la liberté d’expression dans le cadre d’un débat médiatique.
Le parquet de Paris doit d’abord examiner la recevabilité de la plainte. Si elle est jugée recevable, une enquête préliminaire pourrait être ouverte, pouvant mener à des convocations ou à des poursuites contre le général Philippe Sidos. Aucune date précise n’a encore été annoncée pour une éventuelle audience.