Selon Le Monde, la Commission européenne prépare une stratégie ambitieuse pour soutenir le développement de constellations de satellites européennes. L’objectif ? Réserver des bandes de fréquences spécifiques aux communications directes entre satellites et smartphones, un créneau actuellement dominé par des acteurs américains comme Starlink (SpaceX) et le projet Kuiper d’Amazon.
Cette initiative s’inscrit dans un contexte de course à la souveraineté spatiale en Europe, où les États membres cherchent à réduire leur dépendance aux technologies étrangères. D’après des sources proches du dossier, Bruxelles entend ainsi favoriser l’émergence d’acteurs locaux capables de rivaliser avec les géants du New Space. Le projet doit être officiellement présenté dans les prochaines semaines, avant d’être soumis au Parlement européen et au Conseil de l’UE pour adoption.
Ce qu'il faut retenir
- Réservation de fréquences : La Commission propose de réserver des bandes dédiées aux communications satellite-smartphone pour les acteurs européens, excluant de facto les concurrents étrangers comme Starlink ou Amazon Kuiper.
- Souveraineté spatiale : Ce plan vise à renforcer l’autonomie de l’Europe dans le domaine spatial, un secteur stratégique où elle accuse un retard face aux États-Unis et à la Chine.
- Prochaines étapes : Le texte sera présenté d’ici la fin du printemps 2026, avant une adoption prévue d’ici la fin de l’année, sous réserve des négociations entre institutions européennes.
- Contexte concurrentiel : Starlink compte déjà plus de 6 000 satellites en orbite et vise une couverture mondiale d’ici 2027, tandis qu’Amazon Kuiper prévoit d’en déployer 3 200 d’ici 2029.
Un marché en pleine expansion, mais dominé par les acteurs américains
Le marché des constellations de satellites pour les communications mobiles est en pleine croissance. Selon les estimations de l’Union internationale des télécommunications (UIT), il pourrait représenter jusqu’à 30 milliards de dollars d’ici 2030, porté par la demande croissante en connectivité haut débit partout dans le monde. Pourtant, aujourd’hui, seules deux entreprises non européennes contrôlent l’essentiel de ce secteur : SpaceX avec Starlink et Amazon avec son projet Kuiper.
Face à cette domination, plusieurs pays européens ont déjà lancé leurs propres initiatives. L’Allemagne et la France, par exemple, soutiennent des projets comme Eutelsat OneWeb ou Thales Alenia Space, mais ces derniers peinent à rivaliser en termes d’échelle et de coûts. La Commission européenne a donc décidé d’agir à l’échelon continental pour accélérer le mouvement.
Quelles sont les fréquences concernées et quels acteurs pourraient en bénéficier ?
Les bandes de fréquences visées se situent principalement dans les spectres 2 GHz (bande L) et 1,6 GHz (bande S), essentielles pour les communications mobiles par satellite. Ces plages sont actuellement utilisées par des opérateurs historiques, mais leur réallocation partielle pourrait permettre aux nouveaux acteurs de se développer. Plusieurs entreprises européennes, dont Arianespace, OHB SE (Allemagne) et Satellite Applications Catapult (Royaume-Uni), ont déjà manifesté leur intérêt pour ce marché.
Côté industriel, le projet s’appuierait sur des lanceurs européens comme Ariane 6, dont le premier vol commercial est prévu pour l’été 2026. « L’enjeu n’est pas seulement technologique, mais aussi géopolitique », a souligné un haut fonctionnaire européen sous couvert d’anonymat. « Sans une action forte de l’UE, l’Europe risque de dépendre à 100 % de solutions étrangères pour ses besoins en connectivité par satellite. »
Un coup de pouce nécessaire face à des concurrents déjà bien installés
Le défi est de taille. Starlink, avec son millier de satellites déjà opérationnels et des services disponibles dans plus de 100 pays, a déjà séduit des millions d’utilisateurs grâce à des tarifs agressifs. Amazon, de son côté, a annoncé un investissement de 10 milliards de dollars dans Kuiper, avec des partenariats signés avec des opérateurs comme Vodafone ou Verizon pour intégrer ses services dans leurs réseaux.
En Europe, les acteurs locaux disposent de budgets bien inférieurs. Par exemple, le projet Iris², soutenu par l’Agence spatiale européenne (ESA), bénéficie d’un financement de 6 milliards d’euros sur sept ans, contre des dizaines de milliards pour Starlink ou Kuiper. « Le soutien de la Commission est crucial pour lever des fonds privés et attirer des investisseurs », a expliqué une source au sein de l’industrie spatiale française.
Pour l’heure, l’Europe mise sur deux atouts : une régulation protectrice et une coopération renforcée entre États membres. Mais le temps presse. Comme le résumait un expert du secteur : « Dans le spatial, celui qui n’avance pas recule. »