D’après Le Figaro, le président de l’UDI, Hervé Marseille, a estimé samedi 30 août 2026, lors de l’université d’été de son parti centriste à Vendôme (Loir-et-Cher), que le budget 2027 ne pourrait être adopté qu’au terme d’une ordonnance constitutionnelle. « Autant vous dire que tout le monde va s'en donner à cœur joie (...) Impossible de se rejoindre. Donc on va finir par une ordonnance », a-t-il déclaré.
Ce qu'il faut retenir
- L’UDI prédit que le budget 2027 sera adopté via une ordonnance constitutionnelle, faute de compromis possible à l’approche de la présidentielle.
- Hervé Marseille évoque un « mystère » sur le contenu final du budget, comparable à une « pochette-surprise » dévoilée en septembre 2026.
- En 2026, le Premier ministre Sébastien Lecornu avait utilisé le 49.3 pour faire adopter la loi de finances, une option jugée peu probable pour 2027.
- Le RN affirme ne « rien exclure par principe », tandis que les socialistes promettent de « combattre » le budget du gouvernement.
L’article 47 alinéa 3 de la Constitution de la Ve République, jamais appliqué à ce jour, permet au gouvernement de mettre en œuvre son budget dans sa version initiale si le Parlement ne s’est pas prononcé dans les délais constitutionnels. Une issue que Hervé Marseille juge désormais inévitable. « Comme ça la France aura un budget. Lequel ? Mystère et boule de gomme, parce qu'on découvrira ça au mois de septembre comme une pochette-surprise », a-t-il ironisé.
Cette prédiction intervient dans un contexte politique particulièrement tendu, à quelques mois de l’élection présidentielle de 2027. Sébastien Lecornu, Premier ministre, avait pourtant réussi à faire adopter la loi de finances 2026 en recourant au 49.3, une stratégie qui avait obtenu le soutien tacite des députés socialistes. Or, cette méthode semble désormais compromise, comme l’a confirmé Boris Vallaud, premier secrétaire du Parti socialiste, lors de son intervention à Blois. « On va combattre le budget de Sébastien Lecornu », a-t-il affirmé, ajoutant : « Ce n’est pas bien parti pour un compromis. »
Du côté du Rassemblement National, Jordan Bardella a adopté un ton plus ouvert, estimant que son parti n’excluait « rien par principe ». Interrogé sur la stratégie du bloc central à l’approche de la présidentielle, Hervé Marseille a souligné la nécessité de « rassembler tout le monde ». « Il faudra que nous, on puisse travailler avec tout le monde », a-t-il déclaré, citant Bruno Retailleau (LR) et François Bayrou (MoDem). Il a également évoqué la possibilité de s’appuyer sur certains socialistes refusant toute collaboration avec Jean-Luc Mélenchon : « Il faudra en tenir compte. »
Une méthode constitutionnelle inédite, mais envisagée sous la Ve République
L’ordonnance budgétaire, bien que jamais utilisée jusqu’à présent, représente une solution constitutionnelle pour contourner un blocage parlementaire. Elle s’appliquerait si le gouvernement ne parvient pas à faire adopter le texte avant la fin de l’année 2026. Cette perspective soulève des questions sur la légitimité démocratique du processus, alors que le calendrier politique rend tout compromis improbable. Selon nos confrères du Figaro, cette hypothèse est désormais partagée par plusieurs observateurs, y compris au sein de la majorité présidentielle.
En 2026, le gouvernement Lecornu avait évité cette issue en combinant usage du 49.3 et une alliance de circonstance avec une partie de la gauche. Une configuration difficilement reproductible en 2027, alors que les clivages politiques se durcissent. Les socialistes, déterminés à s’opposer au budget, pourraient en effet refuser toute négociation, tandis que le RN, bien que plus flexible sur le fond, reste dans une posture de rejet systématique du gouvernement. « Travailler avec tout le monde, c’est le défi que devra relever la majorité », résume un analyste politique cité par Le Figaro.
Des stratégies politiques en pleine recomposition à l’approche de 2027
La déclaration d’Hervé Marseille s’inscrit dans un contexte de repositionnement des forces politiques en vue de la présidentielle. L’UDI, parti centriste, cherche à se positionner comme un acteur clé pour les mois à venir, en prônant une alliance élargie. « Il faudra que nous puissions dialoguer avec tout le monde », a répété le sénateur, évoquant même la possibilité de s’appuyer sur des dissidents socialistes. Une stratégie qui pourrait, à terme, redéfinir les rapports de force au sein de l’opposition.
Du côté du RN, Jordan Bardella a adopté une posture plus pragmatique, refusant de fermer la porte à toute négociation. Cette ouverture relative contraste avec la ligne dure adoptée par d’autres formations, comme La France Insoumise, qui a déjà annoncé son opposition frontale au gouvernement. « Rien n’est exclu par principe », a-t-il déclaré, sans pour autant préciser les conditions d’un éventuel compromis. Une position qui laisse planer le doute sur ses intentions réelles pour 2027.
Les partis d’opposition, eux, préparent déjà leurs offensives. Les socialistes, déterminés à « combattre » le budget, pourraient organiser des motions de censure, tandis que le RN devrait multiplier les critiques contre une gestion qu’il jugera « technocratique ». Quant à l’UDI, son rôle pourrait évoluer vers celui d’arbitre, si les autres formations acceptent de dialoguer avec elle. Une chose est sûre : le budget 2027 s’annonce comme un casse-tête politique pour le gouvernement.
Une ordonnance budgétaire, prévue par l’article 47 alinéa 3 de la Constitution, permet au gouvernement de mettre en œuvre son budget par ordonnance si le Parlement ne s’est pas prononcé dans les délais constitutionnels. Cet outil, jamais activé jusqu’ici, offre une solution de dernier recours pour éviter un blocage institutionnel. Son non-usage s’explique par le fait que les gouvernements successifs ont toujours privilégié des compromis politiques ou le recours au 49.3 pour faire adopter les budgets.