La Bulgarie se retrouve sous la pression de Bruxelles. La Commission européenne a confirmé, ce vendredi 5 juin 2026, son intention de maintenir la procédure pour déficit excessif engagée contre Sofia, selon les déclarations du vice-Premier ministre et ministre des Finances bulgare, Galab Donev, rapportées par Mediapool, un média libéral en ligne basé en Bulgarie. Cette annonce intervient lors d’une séance de questions-réponses au Parlement, alors que le Premier ministre Roumen Radev participait au sommet UE-Balkans occidentaux à Tivat, au Monténégro.
Ce qu'il faut retenir
- Déficit public à 3,5 % du PIB en 2025, contre 3 % en 2024, selon les chiffres de la Commission européenne.
- Prévision d’un déficit à 4,1 % en 2026 et à 4,3 % en 2027, dépassant les limites imposées par le pacte de stabilité et de croissance.
- Cette hausse s’explique principalement par l’augmentation des salaires dans la défense et la sécurité, ainsi que par les dépenses sociales, dont l’indexation des pensions.
- La procédure pour déficit excessif est un mécanisme prévu par les règles budgétaires européennes pour sanctionner les États membres ne respectant pas les plafonds de déficit ou de dette.
- La procédure avait été suspendue puis rétablie en 2024, rappelant son caractère cyclique et conditionnel.
Les chiffres parlent d’eux-mêmes. Le déficit public bulgare a atteint 3,5 % du produit intérieur brut (PIB) en 2025, contre 3 % l’année précédente, selon les données publiées par la Commission européenne. Les prévisions pour 2026 et 2027 sont encore plus inquiétantes : le gouvernement de Sofia s’attend à un déficit de 4,1 % du PIB cette année, puis de 4,3 % en 2027. Autant dire que la Bulgarie s’éloigne durablement des critères de Maastricht, qui limitent le déficit à 3 % du PIB.
Les causes de cette dégradation sont clairement identifiées. Les dépenses publiques ont été tirées vers le haut par plusieurs postes. D’abord, les hausses de salaires dans les secteurs de la défense et de la sécurité, une priorité pour le gouvernement. Ensuite, les dépenses sociales ont progressé, notamment grâce à l’indexation automatique des pensions de retraite, une mesure sociale coûteuse mais politiquement sensible. Enfin, les subventions d’investissement versées à la holding énergétique bulgare ont également pesé sur les comptes publics. La holding énergétique bulgare, contrôlée par l’État, bénéficie en effet de financements publics pour moderniser ses infrastructures, un choix stratégique mais coûteux.
Cette situation n’est pas nouvelle, mais elle s’aggrave. La procédure pour déficit excessif (PDE) est un outil que la Commission européenne peut activer contre un État membre de l’Union européenne lorsque celui-ci dépasse les seuils autorisés. Suspendue en 2020 en raison de la crise sanitaire, puis rétablie en 2024, cette procédure impose aux capitales européennes de corriger leurs trajectoires budgétaires sous peine de sanctions, comme des amendes ou des ajustements obligatoires. Sofia a déjà fait face à cette procédure par le passé, mais la dégradation actuelle pourrait cette fois-ci entraîner des conséquences plus lourdes.
« La Commission européenne a confirmé qu’elle poursuivait la procédure pour déficit excessif annoncée en début de semaine », a indiqué Galab Donev, vice-Premier ministre et ministre des Finances, lors d’une séance de questions-réponses au Parlement bulgare.
Cette procédure n’est pas anodine. Elle peut contraindre Sofia à adopter des mesures d’austérité, comme une réduction des dépenses publiques ou une hausse des recettes fiscales. Le pacte de stabilité et de croissance, qui encadre les finances des États membres, impose en effet un retour progressif vers l’équilibre budgétaire. La Bulgarie, qui a rejoint l’UE en 2007, reste un pays où les marges de manœuvre budgétaires sont limitées, notamment en raison d’un tissu économique encore fragile et d’un niveau de dette publique inférieur à la moyenne européenne mais en hausse.
Cette affaire illustre les tensions persistantes entre les règles européennes et les choix nationaux. La Bulgarie n’est pas un cas isolé : plusieurs États membres, comme la France ou l’Italie, peinent à respecter les critères de Maastricht. Pourtant, la procédure pour déficit excessif reste un levier puissant pour Bruxelles, qui compte bien l’utiliser pour rappeler à l’ordre les récalcitrants. Sofia devra donc trouver un compromis entre ses ambitions sociales, ses priorités militaires et ses obligations européennes — un exercice d’équilibriste qui s’annonce complexe.
Les sanctions pourraient prendre plusieurs formes : un dépôt non rémunéré auprès de la Commission, des amendes, ou encore l’obligation de réduire le déficit de manière accélérée. Jusqu’à présent, peu d’États membres ont été condamnés à des amendes, mais la procédure elle-même est un signal fort envoyé aux marchés et aux partenaires européens.