Une ancienne usine Ford, située à Camaçari (Bahia), retrouve une seconde vie sous l’impulsion du constructeur automobile chinois BYD. Selon Le Monde, ce projet suscite un espoir de reprise économique dans une région marquée par le déclin industriel, mais il s’accompagne déjà de vives critiques concernant les conditions de travail imposées aux ouvriers.

Ce qu'il faut retenir

  • Camaçari (Bahia) accueille une nouvelle usine BYD, construite sur l’ancien site de Ford, qui a fermé ses portes en 2021.
  • Le constructeur chinois prévoit d’y produire des véhicules électriques et des batteries, avec un investissement initial de 1,5 milliard de dollars.
  • Le projet est présenté comme un levier de relance économique pour le nord-est du Brésil, une zone historiquement industrielle mais en difficulté.
  • Dès à présent, les syndicats dénoncent des cadences de travail soutenues et des salaires jugés insuffisants pour le coût de la vie local.

Une reconversion industrielle ambitieuse

L’usine de Camaçari, autrefois propriété de Ford, symbolisait l’industrie automobile brésilienne avant sa fermeture il y a cinq ans. Selon Le Monde, le site a été racheté par BYD, qui y investit massivement pour en faire l’un de ses principaux hubs de production en Amérique latine. Le constructeur chinois, déjà présent au Brésil avec des bus électriques, mise sur ce projet pour renforcer sa position sur le marché local des véhicules électriques.

Les autorités locales et les représentants du gouvernement bahianais saluent cette initiative. « Ce projet est une bouffée d’oxygène pour notre économie », a déclaré Rui Costa, gouverneur de l’État de Bahia, lors d’une conférence de presse en mai 2026. « Il permettra de créer plus de 5 000 emplois directs et indirects d’ici 2028 », a-t-il précisé.

Des conditions de travail déjà contestées

Malgré l’enthousiasme suscité par ce projet, les premières semaines de fonctionnement de l’usine ont révélé des tensions autour des conditions de travail. Selon des témoignages recueillis par Le Monde, certains ouvriers dénoncent des cadences de production élevées et des salaires de base oscillant entre 1 200 et 1 500 reais par mois (environ 220 à 280 euros), un niveau considéré comme insuffisant pour vivre décemment dans la région.

Un représentant syndical, João Silva, a expliqué à la presse : « Les normes brésiliennes du travail ne sont pas respectées. On nous demande de produire à un rythme qui épuise les équipes, sans compensation salariale à la hauteur des efforts demandés. » Ces déclarations font écho à des rapports préliminaires publiés par des ONG locales, qui pointent également l’absence de mesures de sécurité renforcées sur certains postes.

Face à ces critiques, BYD a répondu par un communiqué indiquant que « les salaires proposés respectent les conventions collectives locales » et que « des audits internes sont en cours pour améliorer les conditions de travail ». Le constructeur n’a pas détaillé les mesures concrètes mises en place.

Un enjeu économique et social pour le Brésil

Le nord-est du Brésil, traditionnellement industriel, a subi de plein fouet la désindustrialisation des deux dernières décennies. La fermeture de Ford à Camaçari en 2021, après 23 ans d’activité, avait laissé un vide économique difficile à combler. Avec ce projet, BYD pourrait contribuer à relancer l’emploi dans la région, mais les défis restent nombreux : infrastructure logistique à améliorer, formation des travailleurs aux nouvelles technologies, et acceptation sociale du géant chinois.

Les observateurs soulignent aussi l’importance de ce projet pour la stratégie énergétique du Brésil. Le pays, riche en ressources naturelles comme le lithium, cherche à développer sa filière automobile électrique. BYD, leader mondial des batteries, pourrait jouer un rôle clé dans cette transition.

Et maintenant ?

La mise en service complète de l’usine est prévue pour septembre 2026, avec une montée en puissance progressive de la production. Les prochains mois seront décisifs pour évaluer l’impact réel du projet sur l’emploi local et la stabilité sociale. Les syndicats ont annoncé qu’ils maintiendraient la pression pour obtenir des améliorations concrètes des conditions de travail. De son côté, BYD devrait publier un rapport détaillé sur ses engagements sociaux d’ici la fin de l’année.

Si le projet tient ses promesses, il pourrait servir de modèle pour d’autres reconversions industrielles au Brésil. Mais il devra d’abord surmonter les critiques actuelles et prouver que la relance économique ne se fera pas au détriment des travailleurs.

Selon les annonces officielles relayées par Le Monde, BYD prévoit de fabriquer à Camaçari des véhicules électriques particuliers ainsi que des batteries destinées au marché brésilien et sud-américain. Le constructeur n’a pas encore précisé les modèles exacts ni les volumes de production envisagés.

L’usine devrait entrer en phase de production à pleine capacité d’ici septembre 2026. D’ici là, BYD prévoit de finaliser la formation des 5 000 salariés annoncés et de mettre en place les lignes de production. Un rapport d’audit social est également attendu d’ici la fin de l’année pour évaluer les conditions de travail.