L’opposant camerounais Maurice Kamto a annoncé, ce jeudi 4 juin 2026, avoir saisi le Conseil constitutionnel pour contester la prorogation des mandats des conseillers municipaux, décidée par décret du chef de l’État. Selon RFI, cette initiative s’inscrit dans une série de contentieux juridiques portés par l’ancien candidat à la présidentielle de 2018 contre les décisions gouvernementales qu’il juge contraires à la Constitution.
Ce qu'il faut retenir
- Maurice Kamto, figure de l’opposition camerounaise, a engagé une procédure devant le Conseil constitutionnel pour contester la prorogation des mandats municipaux.
- La mesure, adoptée par décret présidentiel, prolonge le mandat des conseillers municipaux sans consultation préalable du Parlement.
- Kamto dénonce un « piétinement de la loi », estimant que cette décision viole les principes démocratiques.
- Cette saisine s’ajoute à une série de recours juridiques portés par l’opposition contre le gouvernement de Paul Biya, au pouvoir depuis 1982.
Une décision présidentielle contestée sur le plan juridique
Le décret prorogeant les mandats des conseillers municipaux a été signé par le président camerounais, Paul Biya, sans que le Parlement n’ait été associé à cette décision. Selon RFI, cette prorogation intervient dans un contexte où les élections locales, initialement prévues en 2025, avaient déjà été reportées à plusieurs reprises. L’opposition y voit une manœuvre pour éviter une alternance politique dans les communes.
Maurice Kamto, leader du Mouvement pour la Renaissance du Cameroun (MRC), a vivement réagi à cette mesure. « Nous sommes en face d’un autre piétinement de la loi », a-t-il déclaré, soulignant que cette décision « sape les fondements de l’État de droit ». L’opposant rappelle que la Constitution camerounaise prévoit que les mandats électifs ne peuvent être prolongés sans une révision législative.
Un recours porté devant le Conseil constitutionnel
Kamto a indiqué que sa saisine du Conseil constitutionnel vise à faire annuler le décret présidentiel. Selon ses avocats, la mesure est contraire à l’article 14 de la Constitution, qui garantit la liberté du suffrage et la périodicité des élections. Le Conseil constitutionnel, instance suprême en matière d’interprétation de la loi fondamentale, devra désormais se prononcer sur la recevabilité et le bien-fondé du recours.
Cette procédure s’ajoute à d’autres contentieux portés par l’opposition contre le gouvernement, notamment sur la question de la succession du président Biya, âgé de 93 ans. Kamto avait déjà saisi le Conseil constitutionnel en 2020 pour contester la légalité de la réélection de Paul Biya, invoquant des irrégularités dans le scrutin.
Un contexte politique tendu au Cameroun
Le Cameroun traverse une période de tensions politiques, avec une opposition de plus en plus critique envers le régime en place. La prorogation des mandats municipaux intervient alors que les partis d’opposition dénoncent une « dérive autoritaire » et une restriction des libertés publiques. Plusieurs leaders politiques, dont Kamto, ont été arrêtés ou placés sous surveillance ces dernières années.
Selon des observateurs, cette saisine du Conseil constitutionnel pourrait relancer le débat sur la gouvernance au Cameroun. Certains analystes estiment que le recours de Kamto pourrait aboutir à une annulation du décret, forçant le gouvernement à organiser des élections locales dans les délais prévus par la Constitution. D’autres, en revanche, craignent que le Conseil constitutionnel, perçu comme proche du pouvoir, ne rejette la demande.
Dans l’attente de la décision du Conseil constitutionnel, Maurice Kamto a appelé ses partisans à rester mobilisés, tout en insistant sur la nécessité de respecter « les règles du jeu démocratique ».
Le Conseil constitutionnel camerounais est chargé de veiller à la conformité des lois et des actes administratifs avec la Constitution. Il peut être saisi pour trancher des contentieux électoraux ou des recours contre des décrets présidentiels, comme dans le cas présent.