Un profond silence entoure toujours les meurtres et disparitions de femmes et filles autochtones le long de la Highway of Tears, surnommée « l’autoroute des larmes », dans l’ouest du Canada. C’est ce constat que dresse la journaliste Jessica McDiarmid dans son enquête approfondie, publiée initialement en anglais et désormais disponible en français. Ouest France met en lumière ce travail, salué par la critique américaine, qui plonge dans l’un des dossiers les plus sombres du pays.
Ce qu'il faut retenir
- La Highway of Tears, route de 720 km en Colombie-Britannique, est associée à plus de 40 meurtres et disparitions de femmes autochtones depuis les années 1960.
- L’enquête de Jessica McDiarmid révèle l’absence de réponses malgré les promesses gouvernementales et l’ampleur du phénomène.
- Le livre, intitulé « L’autoroute des larmes » en français, s’appuie sur des témoignages et des archives pour documenter ces crimes.
- Les autochtones représentent 16 % des femmes disparues au Canada, alors qu’ils ne constituent que 4 % de la population féminine.
- McDiarmid souligne l’indifférence persistante des autorités et de la société face à ces violences systémiques.
Une route devenue symbole de l’impunité
La Highway 16, reliant Prince George à Prince Rupert en Colombie-Britannique, est tristement célèbre pour être l’un des lieux les plus dangereux pour les femmes autochtones au Canada. Depuis les années 1960, au moins 40 femmes et filles y ont été assassinées ou ont disparu, selon les associations locales. Ce chiffre, pourtant alarmant, pourrait être sous-estimé : de nombreux cas n’ont jamais été officiellement recensés. Ouest France rappelle que ces crimes illustrent une crise plus large de violences ciblant les communautés autochtones, un phénomène souvent minimisé par les institutions.
Jessica McDiarmid, journaliste indépendante basée à Vancouver, a passé plusieurs années à enquêter sur ces affaires. Son livre, initialement publié en 2019 sous le titre « Highway of Tears » et traduit en français en 2026, s’appuie sur des entretiens avec des familles, des policiers et des survivants. Elle y décrit un système qui a trop souvent ignoré ces victimes, faute de moyens ou par manque de volonté politique. « Un profond silence a entouré ces événements », déclare-t-elle. « Les autorités ont traité ces disparitions comme des affaires ordinaires, sans reconnaître la dimension systémique de ces violences ».
Un contexte de marginalisation et de racisme systémique
Les disparitions et meurtres le long de la Highway of Tears s’inscrivent dans un contexte plus large de marginalisation des peuples autochtones au Canada. Les femmes autochtones sont 12 fois plus susceptibles d’être victimes de meurtre que les autres Canadiennes, selon les données du gouvernement fédéral. Ce chiffre, rapporté par McDiarmid, reflète des décennies de politiques discriminatoires, de pauvreté et d’accès limité à la justice. Ouest France souligne que ces inégalités structurelles exacerbent la vulnérabilité des femmes autochtones, les rendant plus exposées aux violences.
L’enquête de McDiarmid révèle aussi l’absence de coordination entre les forces de l’ordre, souvent réticentes à collaborer avec les communautés locales. Dans son livre, elle cite des exemples où des indices cruciaux ont été négligés, ou où des familles ont dû mener leurs propres recherches pour faire avancer les enquêtes. « Les familles ont dû se battre pour que leurs proches soient pris au sérieux », explique-t-elle. Ces témoignages mettent en lumière les lacunes d’un système judiciaire qui peine à protéger les populations autochtones.
Un livre pour briser le silence
Avec la sortie en français de « L’autoroute des larmes », Jessica McDiarmid espère que son travail contribuera à rendre justice aux victimes et à leurs familles. Le livre, disponible depuis le 5 juillet 2026, est déjà salué par la critique pour son approche rigoureuse et son humanité. Ouest France note que cette traduction tombe à un moment où le Canada est sous les projecteurs pour sa gestion des violences contre les Autochtones, notamment après les découvertes de fosses communes près d’anciens pensionnats autochtones.
Pour les familles des victimes, ce livre représente une lueur d’espoir. « Enfin, quelqu’un entend notre voix », confie une mère dont la fille a disparu en 2010. « Peut-être que maintenant, les gens comprendront pourquoi nous ne lâcherons pas ». Alors que le Canada célèbre ses avancées en matière de réconciliation, ce travail rappelle que le chemin reste long pour mettre fin à l’impunité qui entoure ces crimes.
Le gouvernement fédéral a adopté en 2020 un plan d’action national de 2,2 milliards de dollars sur cinq ans, incluant des fonds pour les enquêtes et le soutien aux familles. Cependant, selon les associations, seulement 30 % des recommandations de la Commission d’enquête nationale ont été mises en œuvre à ce jour.