Une étude universitaire publiée ces jours-ci met en lumière des pratiques médicales discriminatoires et violentes à l’encontre de femmes autochtones au Québec. D’après Le Monde, des chercheurs ont recensé 132 témoignages de violences gynécologiques et obstétricales imposées entre 1956 et 2023. Ces actes, souvent réalisés sans consentement éclairé, s’inscrivent dans un contexte historique marqué par des préjugés racistes et colonialistes, encore perceptibles dans les relations entre le système de santé québécois et les communautés autochtones.

Ce qu'il faut retenir

  • Un rapport universitaire recense 132 cas de stérilisations et violences gynécologiques imposées à des femmes autochtones au Québec entre 1956 et 2023.
  • Ces pratiques s’inscrivent dans un héritage de préjugés racistes et colonialistes encore présents dans le système de santé.
  • Les victimes dénoncent un manque de confiance durable envers les institutions médicales québécoises.
  • Les chercheurs soulignent la persistance de stéréotypes discriminatoires dans la prise en charge des patientes autochtones.

Un rapport accablant sur plus de six décennies

Les résultats de cette enquête, menée par une équipe de chercheurs universitaires, couvrent une période de 67 ans, de 1956 à 2023. Selon Le Monde, ces violences gynécologiques et obstétricales ont été commises sous différentes formes : ligatures des trompes imposées, stérilisations définitives non consenties, ou encore interventions médicales réalisées sans information préalable des patientes. « C’est une pratique systémique, ancrée dans des décennies de politiques coloniales », a expliqué l’une des autrices du rapport, qui a requis l’anonymat. Autant dire que ces actes ne relèvent pas d’erreurs isolées, mais bien d’un phénomène structurel.

Un héritage colonial qui pèse encore aujourd’hui

Les chercheurs rappellent que ces pratiques s’inscrivent dans la continuité des politiques d’assimilation forcée des peuples autochtones au Canada. Dès le XIXe siècle, les autorités coloniales ont tenté de contrôler les naissances au sein des communautés autochtones, notamment par le biais de stérilisations forcées. « On observe une persistance des stéréotypes selon lesquels les femmes autochtones auraient un accès « excessif » aux services sociaux ou une capacité parentale limitée », précise le rapport. Ces préjugés, toujours présents dans les mentalités, se traduisent aujourd’hui par des discriminations dans l’accès aux soins, alimentant une défiance durable envers le système de santé québécois.

Des conséquences psychologiques et sociales durables

Les femmes ayant subi ces violences décrivent des traumatismes profonds, marqués par un sentiment de violation de leur corps et de leur autonomie. « Je me suis sentie comme un cobaye. Personne ne m’a demandé mon avis avant d’opérer », témoigne l’une d’entre elles, citée dans le rapport. Pour beaucoup, ces expériences ont renforcé leur méfiance envers les professionnels de santé, les poussant à éviter les consultations médicales, même en cas de besoin urgent. « Cela crée un cercle vicieux : plus elles évitent les soins, plus les préjugés à leur encontre se renforcent », explique un chercheur interrogé par Le Monde.

Ces pratiques ont également des répercussions sur les communautés autochtones dans leur ensemble. Elles alimentent un sentiment de stigmatisation et de marginalisation, tout en sapant la confiance dans les institutions publiques. « Quand on vous a volé votre droit de choisir d’avoir ou non des enfants, c’est toute votre dignité qui est bafouée », souligne une représentante d’un organisme autochtone cité dans l’étude.

Et maintenant ?

Face à l’ampleur des révélations, les autorités québécoises et fédérales sont désormais sous pression pour agir. Le gouvernement du Québec a annoncé la mise en place d’une commission d’enquête indépendante, dont les conclusions sont attendues pour la fin de l’année 2026. De son côté, le gouvernement fédéral a promis de réexaminer les lois encadrant les consentements médicaux, afin d’éviter que de telles pratiques ne se reproduisent. Reste à voir si ces mesures suffiront à restaurer la confiance des communautés autochtones dans le système de santé.

Les associations autochtones réclament par ailleurs des réparations financières et symboliques pour les victimes, ainsi que la reconnaissance officielle de ces crimes comme violations des droits humains. « Il ne suffit pas de s’excuser. Il faut réparer les torts causés », a déclaré une porte-parole de l’Assemblée des Premières Nations du Québec et du Labrador. La question de l’indemnisation et de la prise en charge psychologique des victimes reste en suspens, sans calendrier précis à ce stade.

Les victimes peuvent désormais déposer plainte auprès de la Commission d’enquête indépendante créée par le gouvernement du Québec. Une ligne téléphonique dédiée a été mise en place pour recueillir les témoignages. Les associations autochtones encouragent les victimes à se manifester pour faire valoir leurs droits.

Pour l’instant, aucune poursuite n’a été engagée spécifiquement contre des professionnels de santé ou des établissements. Cependant, le rapport recommande que les victimes puissent engager des actions en justice pour obtenir réparation. Les avocats spécialisés en droits autochtones étudient la possibilité de recours collectifs.