Une décision judiciaire historique vient de reconnaître pour la première fois en France le cancer du sein d'une hôtesse de l'air comme maladie professionnelle. Le pôle social du tribunal judiciaire de Bayonne a en effet rendu un jugement définitif, en l'absence d'appel possible, confirmant le lien entre l'activité professionnelle de Sophie Lainault et sa pathologie. Celle-ci a travaillé pendant trente ans chez Air France, cumulant plus de 12 600 heures de vol, dont plus de 6 500 de nuit. L'information a été révélée par Franceinfo - Santé le 26 août 2026.
Ce qu'il faut retenir
- Première reconnaissance en France d'un cancer du sein comme maladie professionnelle pour une hôtesse de l'air, selon le tribunal judiciaire de Bayonne
- Sophie Lainault a travaillé 30 ans chez Air France (1989-2019), avec plus de 12 600 heures de vol, dont 6 500 de nuit
- Le tribunal a retenu l'impact du travail de nuit, de l'exposition aux rayonnements ionisants et au tabagisme passif
- Deux comités régionaux de reconnaissance des maladies professionnelles avaient précédemment refusé le lien
- Cette décision ouvre la voie à d'autres demandes de reconnaissance pour des professionnelles de santé et du secteur aérien
Un parcours professionnel marqué par des expositions multiples
Sophie Lainault, aujourd'hui âgée de 59 ans et en rémission de son cancer du sein, a exercé comme hôtesse de l'air puis chef de cabine chez Air France entre 1989 et 2019. Ses 12 600 heures de vol incluent plus de 6 500 heures de nuit, une exposition prolongée qui a été retenue comme facteur déterminant par la justice. Le tribunal a également pointé du doigt l'exposition aux rayonnements ionisants, inhérente aux vols long-courriers, ainsi que le tabagisme passif. Jusqu'en 2000, le tabagisme était autorisé à bord des avions Air France, ce qui a pu contribuer à aggraver les risques pour le personnel navigant.
Dans son jugement, la juridiction a souligné l'absence de tout autre facteur génétique ou lié au mode de vie pouvant expliquer l'apparition de ce cancer. Deux comités régionaux de reconnaissance des maladies professionnelles avaient pourtant précédemment rejeté le lien entre la pathologie et l'activité professionnelle, rendant ce parcours de reconnaissance particulièrement complexe. Pour les victimes, le cancer du sein ne figure en effet pas dans les tableaux des maladies professionnelles, ce qui complique considérablement les démarches.
Une décision qui fait jurisprudence et ouvre de nouvelles perspectives
L'avocate d'Elisabeth Leroux, qui a porté le dossier, s'est félicitée de cette décision qualifiée de « première » dans le secteur aérien français. « Cette reconnaissance est une première pour une hôtesse de l'air en France, à ma connaissance », a-t-elle déclaré à l'AFP. La décision, définitive en l'absence d'appel, crée un précédent susceptible d'influencer d'autres procédures similaires. François Dosso, membre de l'équipe cancer du sein de la CFDT, a salué cette avancée tout en appelant à généraliser cette prise de conscience : « Après cette première, il faut qu'on arrive à convaincre les personnes (travaillant dans le secteur aérien) que c'est possible, et peut-être nécessaire aussi. »
Selon lui, une trentaine de demandes de reconnaissance seraient actuellement en cours pour des aides-soignantes et infirmières. « Il faut qu'on arrive à convaincre les personnes (travaillant dans le secteur aérien) que c'est possible, et peut-être nécessaire aussi », a-t-il ajouté. Sophie Lainault a pour sa part exprimé son soulagement et son espoir : « C'est vraiment mon vœu le plus cher que (cette décision) ouvre la voie à d'autres femmes qui n'auraient pas osé jusque-là engager cette démarche. » La reconnaissance de son cancer comme maladie professionnelle lui permettra également de prendre sa retraite de façon anticipée.
« Cette reconnaissance est une première pour une hôtesse de l'air en France, à ma connaissance. »
— Me Elisabeth Leroux, avocate de Sophie Lainault
Air France prend acte sans commenter le fond de l'affaire
Contactée par l'AFP, la compagnie Air France a indiqué n'avoir « pas été partie prenante de cette procédure » et n'avoir « pas eu connaissance de la motivation » de la décision. L'entreprise a rappelé que « la santé et la sécurité au travail des collaborateurs est un impératif absolu » et que « chaque salarié fait l'objet d'un suivi récurrent allant au-delà des minimas réglementaires tant en périodicité qu'en contenu ».
Cette affaire intervient alors que le cancer du sein reste la première cause de mortalité par cancer chez la femme en France, avec près de 13 000 décès annuels. La reconnaissance du caractère professionnel de cette pathologie pourrait donc avoir des répercussions bien au-delà du seul secteur aérien, notamment pour les professions exposées à des risques similaires.
Les prochaines semaines pourraient donc être marquées par une multiplication des demandes de reconnaissance, ainsi que par un débat sur l'adaptation des réglementations en vigueur. Pour Sophie Lainault, cette victoire judiciaire marque avant tout une étape vers une meilleure prise en compte des risques encourus par les travailleurs exposés à des environnements professionnels particuliers.
Plusieurs associations et syndicats ont indiqué vouloir s'appuyer sur cette jurisprudence pour soutenir de nouvelles demandes de reconnaissance. Les prochaines décisions judiciaires et les éventuels ajustements des tableaux de maladies professionnelles seront déterminants pour l'avenir de ces démarches.