Sophie Binet, secrétaire générale de la CGT, a appelé à une révision immédiate de la législation pour protéger les salariés exposés à des températures élevées, tandis que Olivier Dussopt, ministre du Travail, a écarté toute mesure nationale contraignante, lui préférant des négociations sectorielles, selon Libération.

Alors que les épisodes de canicule se multiplient et s’intensifient sous l’effet du réchauffement climatique, les syndicats et le gouvernement s’affrontent sur la meilleure façon d’adapter le cadre légal. Pour la CGT, la situation exige une intervention législative rapide pour instaurer des règles uniformes et contraignantes. De son côté, le ministre du Travail défend une approche décentralisée, basée sur des accords négociés métier par métier, sans décret national.

Ce qu'il faut retenir

  • Sophie Binet (CGT) réclame une loi d’urgence pour encadrer les conditions de travail par fortes chaleurs, jugées actuellement insuffisantes.
  • Olivier Dussopt, ministre du Travail, a indiqué qu’aucun décret national ne sera pris, privilégiant les négociations par branche professionnelle.
  • Les syndicats dénoncent un manque de protection pour les salariés des secteurs exposés (BTP, agriculture, logistique, etc.).
  • En 2022, une première vague de chaleur avait déjà révélé des déficiences dans les mesures existantes, sans que des avancées majeures n’aient été enregistrées depuis.
  • La loi actuelle impose aux employeurs de prendre des mesures « adaptées » en cas de canicule, mais sans seuil précis ni sanctions claires en cas de non-respect.

Une loi d’urgence réclamée par la CGT pour combler les lacunes

La CGT, par la voix de sa secrétaire générale, estime que la législation actuelle est trop floue et ne permet pas une protection suffisante des travailleurs. « Il faut une loi qui fixe des règles claires, comme des températures maximales à ne pas dépasser dans les ateliers ou des pauses obligatoires dès 30°C, a-t-elle expliqué. Selon elle, les employeurs contournent trop souvent leurs obligations, faute de cadre strict.

Les syndicats pointent notamment du doigt les secteurs comme le BTP, où les ouvriers sont régulièrement exposés à des températures dangereuses sans protection adaptée. « Les travailleurs ne devraient pas avoir à choisir entre leur santé et leur emploi », a ajouté Sophie Binet, rappelant que les accidents du travail liés à la chaleur ont augmenté ces dernières années.

Le gouvernement mise sur les accords de branche, sans décret national

Olivier Dussopt a réaffirmé, lors d’une récente intervention, qu’aucune mesure nationale ne sera imposée, arguant que chaque secteur connaît des réalités différentes. « La solution passe par des accords négociés métier par métier, a-t-il déclaré, précisant que des discussions sont déjà en cours avec plusieurs branches.

Le ministre a également souligné que des mesures existent déjà, comme l’obligation pour les employeurs d’adapter les horaires ou de fournir de l’eau et des zones d’ombre. Cependant, il a reconnu que leur application reste inégale, admettant que « certains employeurs ne respectent pas ces obligations ». Pour autant, il a exclu toute volonté de durcir le cadre légal au niveau national, estimant que cela « irait à l’encontre de la flexibilité nécessaire ».

Et maintenant ?

Les prochaines semaines devraient voir s’intensifier les négociations entre le gouvernement et les partenaires sociaux, avec une échéance symbolique fixée à la fin de l’été 2026. Si aucun accord global n’émerge d’ici là, la CGT pourrait intensifier la pression en mobilisant ses militants sur le terrain. De son côté, le gouvernement mise sur des avancées sectorielles, mais sans garantie d’homogénéité dans les protections accordées.

Reste à savoir si cette divergence de méthodes permettra de répondre à l’urgence climatique qui pèse sur les conditions de travail. Une chose est sûre : la question ne manquera pas de resurgir dès les prochains épisodes caniculaires.

Actuellement, la loi impose aux employeurs d’adapter les horaires, de fournir de l’eau potable et des zones ombragées, ainsi que de limiter les efforts physiques intenses. Cependant, ces obligations restent générales et ne fixent pas de seuils précis (comme une température maximale à ne pas dépasser dans les locaux).

La CGT estime que cette approche crée des inégalités entre les salariés selon leur secteur d’activité. Sans loi nationale contraignante, certains employeurs pourraient minimiser les mesures de protection, tandis que d’autres appliqueraient des règles strictes. Elle craint aussi un affaiblissement des droits des travailleurs les moins organisés.