La Hongrie a été contrainte d’interrompre partiellement, puis totalement, le fonctionnement de sa seule centrale nucléaire, celle de Paks, en raison de la baisse historique du niveau du Danube. Une situation inédite depuis son entrée en service en 1982, comme l’a annoncé dimanche 8 août 2026 le Premier ministre hongrois Peter Magyar, sur son compte X (ex-Twitter).

Ce qu'il faut retenir

  • La centrale nucléaire de Paks, située à 100 km au sud de Budapest, fournit environ 40 % de l’électricité annuelle du pays.
  • Son arrêt complet a été décidé en raison de la baisse critique du niveau du Danube, utilisé pour son refroidissement.
  • La production est passée de 40 % à seulement 240 mégawatts avant l’arrêt total, une première en 44 ans d’exploitation.
  • La sécheresse prolongée et les températures caniculaires en Europe ont aggravé la situation, avec des prévisions de 40 à 42 °C dans les prochains jours.
  • L’exploitant avait prévenu dès vendredi que l’arrêt total pourrait intervenir dès le week-end, et non mi-août comme initialement craint.

Dès samedi 22h30 GMT, l’une des deux dernières unités encore en service a été arrêtée, suivie dimanche à 1h30 du matin, heure locale, de la mise à l’arrêt complète des installations. Une mesure exceptionnelle, car la centrale de Paks, construite à l’époque soviétique et équipée de quatre réacteurs refroidis par pompage d’eau du Danube, n’avait jamais cessé son activité depuis sa mise en service.

Selon BFM Business, qui rapporte les déclarations du gouvernement hongrois, cette décision intervient après une semaine de tensions sur la gestion des ressources hydriques. Vendredi, l’exploitant avait alerté sur le risque d’un arrêt total d’ici « mi-semaine prochaine ». Or, la dégradation accélérée des conditions météo a forcé les autorités à anticiper l’opération. « En raison de la nouvelle baisse du niveau des eaux du Danube, l’une des deux dernières unités de production de la centrale nucléaire de Paks sera mise à l’arrêt à 1h30 du matin dimanche », a indiqué Peter Magyar sur X, précisant que la centrale « sera complètement arrêtée pour la première fois en 44 ans ».

Cette suspension brutale illustre l’impact direct du changement climatique sur les infrastructures stratégiques. Le Danube, deuxième plus long fleuve d’Europe, traverse dix pays et joue un rôle crucial dans leur approvisionnement en eau et en énergie. En Hongrie, son niveau a atteint des records historiquement bas, une situation aggravée par des déficits de précipitations prolongés et une canicule persistante depuis le printemps. Les prévisions météorologiques annoncent des températures comprises entre 40 °C et 42 °C dans les prochains jours, une fourchette qui laisse peu d’espoir d’amélioration rapide.

Pour la Hongrie, la centrale de Paks représente une pierre angulaire de son mix énergétique. Ses quatre réacteurs, d’une capacité totale de 2 000 mégawatts, couvrent près de la moitié de la demande électrique nationale. Leur arrêt total, même temporaire, va peser lourdement sur le réseau, déjà fragilisé par la demande accrue liée à la climatisation. Le gouvernement n’a pas précisé la durée de cette suspension, mais a souligné que des solutions alternatives, comme l’importation d’électricité, pourraient être mobilisées en urgence.

« La production de la centrale tombera ainsi à seulement 240 mégawatts », a confirmé Peter Magyar, avant d’ajouter que « la centrale sera complètement arrêtée pour la première fois en 44 ans ».

Cette crise survient dans un contexte européen déjà marqué par des tensions sur les approvisionnements énergétiques. Plusieurs pays, dont la France, l’Allemagne ou l’Italie, ont multiplié les alertes sur la disponibilité de leurs centrales nucléaires ou thermiques en cas de canicule prolongée. La situation en Hongrie rappelle les défis auxquels font face les États riverains du Danube, notamment la Serbie et la Roumanie, où des restrictions d’usage de l’eau ont également été instaurées.

Côté hongrois, les autorités insistent sur l’absence de risque pour la sûreté nucléaire. Les réacteurs, conçus pour résister à des conditions extrêmes, ne dépendent pas de l’eau du fleuve pour leur sécurité, mais uniquement pour leur refroidissement. Cependant, l’arrêt prolongé pourrait entraîner des perturbations économiques, notamment dans les secteurs industriels énergivores.

Et maintenant ?

Les prochaines heures seront déterminantes pour évaluer la durée de l’arrêt. Si les températures restent élevées et les précipitations insuffisantes, les autorités pourraient prolonger la suspension, voire envisager des mesures de rationnement. Une réunion d’urgence du gouvernement est prévue lundi pour faire un point sur la situation et les alternatives énergétiques. La centrale de Paks pourrait redémarrer partiellement dès que le niveau du Danube remontera, mais aucune échéance n’a été avancée pour l’instant.

Par ailleurs, cet épisode pourrait relancer le débat sur la résilience des infrastructures face au réchauffement climatique en Europe centrale, où les centrales nucléaires vieillissantes dépendent souvent de fleuves pour leur refroidissement.

La Hongrie se retrouve ainsi à la croisée de deux crises : une canicule historique et une dépendance énergétique accentuée par la baisse de production de sa seule centrale nucléaire. Une situation qui interroge sur la capacité des pays européens à adapter leurs systèmes énergétiques aux défis climatiques.

Le Danube sert à refroidir les quatre réacteurs de la centrale de Paks, construits sous l’ère soviétique. L’eau pompée dans le fleuve circule dans les circuits de refroidissement pour évacuer la chaleur produite par la fission nucléaire. Sans un débit suffisant, les réacteurs doivent être arrêtés pour éviter une surchauffe des installations.