Alors que la France sort d’une vague de chaleur exceptionnelle et que de nouvelles températures élevées sont annoncées, le gouvernement s’attaque aux risques encourus par les livreurs à vélo ou en scooter. Jean-Pierre Farandou, ministre du Travail, a exhorté les plateformes de livraison à mettre en place des mesures concrètes pour protéger leurs coursiers, sous peine d’intervention de l’État. Selon le Figaro, cette prise de position intervient dans un contexte où les livreurs, majoritairement autoentrepreneurs, ne bénéficient pas des mêmes protections que les salariés traditionnels.
Ce qu'il faut retenir
- Le ministre du Travail Jean-Pierre Farandou a demandé aux plateformes de livraison de prendre des « mesures » pour protéger leurs livreurs des fortes chaleurs.
- Un décret de 2025 renforce les obligations des entreprises, mais les livreurs en autoentrepreneuriat ne sont pas couverts.
- Parmi les pistes évoquées : éviter les livraisons aux heures les plus chaudes, réduire les distances et limiter les charges transportées.
- Une réunion à l’Autorité des relations sociales des plateformes d’emploi (ARPE) doit aborder ces mesures ce 7 juillet 2026.
- Le gouvernement menace de prendre des « mesures » unilatérales si le dialogue social n’aboutit pas.
Des obligations légales renforcées, mais des travailleurs laissés pour compte
En 2025, un décret a élargi les obligations des entreprises en matière de protection des salariés lors des pics de chaleur. Pourtant, les livreurs opérant sous le statut d’autoentrepreneur, très majoritaire dans le secteur, ne sont pas considérés comme des salariés. Ils sont donc exclus du champ d’application de ces protections. « Je leur ai dit : il faut vraiment prendre des mesures », a déclaré Jean-Pierre Farandou lors de son passage sur France Inter, le 4 juillet 2026. Le ministre a rappelé que ces travailleurs « sont un maillon essentiel de cette économie ».
Selon les dernières données disponibles, près de 80 % des livreurs à vélo en France exercent en tant qu’indépendants. Cette précarité statutaire les expose davantage aux risques sanitaires lors des épisodes caniculaires, alors que leurs conditions de travail les placent directement sous le soleil, souvent sans pause rafraîchissement.
Des propositions concrètes pour limiter l’exposition à la chaleur
Lors de son intervention, Jean-Pierre Farandou a détaillé plusieurs pistes pour réduire l’impact de la chaleur sur les livreurs. Parmi elles : limiter les livraisons aux heures les plus chaudes de la journée, privilégier les tournées courtes plutôt que les trajets de 15 km sur des routes asphaltées, et adapter les charges transportées. « Pas la peine de faire 15 km sur un bitume chaud, avec des poids de course raisonnables », a-t-il expliqué. Le ministre a également insisté sur la nécessité de mettre à disposition des livreurs des espaces pour se rafraîchir, une mesure qui reste rare dans le secteur.
Ces propositions s’inscrivent dans un contexte où les épisodes de canicule se multiplient et s’intensifient en raison du changement climatique. Les prévisions météo pour l’été 2026 annoncent déjà des températures supérieures à la normale, avec des risques accrus pour les travailleurs exposés en extérieur. Les syndicats et les représentants des plateformes doivent désormais se mettre autour de la table pour concrétiser ces mesures lors de la réunion de l’ARPE prévue ce 7 juillet 2026.
Un dialogue social sous haute tension
Le gouvernement a convoqué jeudi 3 juillet les responsables des plateformes de livraison et les syndicats pour leur transmettre son message. L’objectif : inscrire à l’ordre du jour de la commission mixte de négociation de l’ARPE les mesures destinées à « mieux protéger ces livreurs ». « Il faut les protéger », a souligné le ministre, tout en laissant entendre que l’exécutif n’hésiterait pas à prendre des « mesures » si les discussions n’aboutissaient pas. Une posture qui rappelle celle adoptée face aux géants du numérique, où l’État menace régulièrement de légiférer en l’absence d’avancées sociales.
Les plateformes, souvent critiquées pour leurs conditions de travail et leurs rémunérations jugées insuffisantes, se retrouvent donc sous pression. Des organisations comme la CGT ou Solidaires, qui défendent les droits des livreurs, pourraient saisir cette opportunité pour faire avancer leurs revendications. Pour autant, le secteur reste très concurrentiel, et toute hausse des coûts pourrait se répercuter sur les tarifs ou les délais de livraison, deux critères clés pour les consommateurs.
Un enjeu de santé publique et de justice sociale
Les travailleurs de la livraison à vélo ou en deux-roues motorisés sont parmi les plus exposés aux risques sanitaires liés à la chaleur. Une étude publiée en 2025 par l’Institut national de recherche et de sécurité (INRS) avait révélé que les températures élevées augmentaient de 30 % les risques d’accidents du travail pour ces professions. « Les livreurs, souvent payés à la course, n’ont pas toujours le choix de refuser une livraison sous prétexte de canicule », rappelle un responsable syndical sous couvert d’anonymat.
Au-delà de l’aspect sanitaire, cette question soulève un débat plus large sur le statut des travailleurs des plateformes. Faut-il leur accorder un statut de salarié, leur offrant ainsi une protection sociale minimale ? Ou bien faut-il adapter les règles existantes pour couvrir ces travailleurs indépendants ? Le gouvernement n’a pas encore tranché, mais l’urgence climatique pourrait accélérer les réflexions. « On ne peut plus ignorer cette réalité », a lancé Jean-Pierre Farandou, rappelant que ces travailleurs « sont indispensables à notre économie ».
Pour l’heure, les consommateurs, habitués à des livraisons rapides et à bas prix, pourraient être les premiers à ressentir les effets d’éventuelles mesures de protection. Des délais allongés ou des surcoûts pourraient en effet être nécessaires pour financer les aménagements demandés par le gouvernement. Une équation complexe, où l’équilibre entre protection des travailleurs et accessibilité des services reste à trouver.
Les mesures concernent l’ensemble des plateformes de livraison à domicile, qu’il s’agisse de courses alimentaires, de repas ou de colis. Des acteurs comme Uber Eats, Deliveroo, Stuart ou encore Amazon Logistics sont directement visés par ces recommandations, selon le ministère du Travail.
Si les plateformes ne mettent pas en place les mesures demandées, le gouvernement pourrait légiférer pour les y contraindre. Cela pourrait passer par des sanctions financières ou l’obligation de proposer des aménagements, sous peine de voir leur activité restreinte.