Alors qu’une nouvelle vague de chaleur menace la France, les inspecteurs du travail sillonnent les sites industriels et les chantiers pour s’assurer que les employeurs respectent les mesures de protection destinées à préserver la santé des ouvriers. Selon BFM Business, des contrôles ont été menés dès cette semaine dans plusieurs entreprises d’Île-de-France et d’autres régions, à quelques jours de l’arrivée d’un épisode caniculaire annoncé dès le week-end.

Ce qu'il faut retenir

  • Des inspecteurs du travail vérifient systématiquement l’accès à l’eau, la climatisation des cabines et des espaces de repos, ainsi que les horaires adaptés sur les chantiers en période de forte chaleur.
  • Un arrêté préfectoral en Île-de-France impose désormais une suspension des travaux extérieurs entre 13h et 22h, avec une reprise dès 5h du matin.
  • Les conditions de travail varient fortement selon le statut des salariés : les intérimaires et sous-traitants sont souvent moins protégés que les employés en CDI.
  • Depuis juillet 2025, les inspecteurs peuvent prononcer des mises en demeure, mais ne disposent pas toujours des outils pour retirer immédiatement les salariés d’un danger grave et imminent.
  • Un décès suspect lié à la canicule a été enregistré début juillet à Mers-les-Bains (Somme) sur un chantier pour une entreprise allemande.

Sur un chantier de la future ligne 15 du métro en Île-de-France, une inspectrice du travail, Florence, interroge méthodiquement ouvriers et responsables pour vérifier que les dispositions anti-canicule sont bien appliquées. À 20°C ce mercredi matin, sous un ciel couvert, elle s’assure que chaque salarié dispose des équipements nécessaires. « Ça s’est bien passé pendant la canicule ? », « La cabine [de votre engin] est climatisée ? », « Qui apporte l’eau qui est dans votre frigo ? », « Votre employeur vous a-t-il fourni des équipements de protection individuelle, comme des sahariennes pour protéger la nuque ? » Autant de questions qui rythment son inspection, selon BFM Business.

Des mesures inégalement appliquées selon les sites et les statuts

Dans ce département francilien, la préfecture a pris un arrêté la semaine dernière suspendant les chantiers extérieurs entre 13h et 22h, tout en autorisant les travaux à démarrer dès 5h. Sur ce site précis, les activités ont commencé vers 6h30 ou 7h pour s’arrêter en fin de matinée. Un chef d’équipe en gilet orange confirme que « on faisait attention aux gars, évidemment » en évitant les tâches les plus physiques. Les ouvriers, bien qu’ils n’aient pas reçu d’équipement individuel spécifique, estiment que « ça a été ». « On se sent plus fatigué, la cadence n’est pas la même, le patron le sait bien », confie l’un d’eux.

Pourtant, l’inspectrice relève des lacunes dans les espaces de vie. Si la guérite du gardien, souvent négligée dans les plans de prévention, est bien climatisée et équipée d’un réfrigérateur, la tension monte lorsqu’elle inspecte la base vie. Dans les réfectoires, l’eau du robinet n’est pas potable et la climatisation est insuffisante pour rafraîchir vestiaires et sanitaires. Un conducteur de travaux raconte que, lors de la précédente vigilance orange, la climatisation d’un réfectoire était en panne et les bonbonnes d’eau des fontaines vides. « On est loin du compte » en matière d’accès à l’eau fraîche, souligne-t-elle. Elle note par ailleurs un lien entre le statut des salariés et leurs conditions de travail : un CDI peut plus facilement faire valoir ses droits qu’un intérimaire ou un sous-traitant.

Des moyens d’action limités pour les inspecteurs

Depuis juillet 2025, les inspecteurs du travail disposent du pouvoir de prononcer une mise en demeure si un employeur ne prend pas les mesures nécessaires pour protéger ses salariés contre la chaleur. Cependant, « on n’a pas d’outil pour soustraire les salariés d’une situation de danger grave et imminent », précise Florence. La mise en demeure accorde en effet huit jours à l’employeur pour réagir, un délai parfois trop long en période de canicule intense. La responsable de la maîtrise d’ouvrage, visiblement gênée, promet de « régler les problèmes d’eau » sur le chantier.

Les contrôles ont également permis de constater que l’arrêté préfectoral était globalement respecté. Pourtant, l’inspectrice observe que certaines mesures restent appliquées de « façon très disparate et aléatoire ». Un grutier travaillait par exemple l’après-midi, certes dans une cabine climatisée, mais avec des collègues au sol. « On est encore au stade de la prise de conscience », estime-t-elle, évoquant « une forme d’inertie » dans l’application des règles.

Un décès suspect lié à la canicule dans la Somme

Jeudi dernier, à Mers-les-Bains (Somme), un sexagénaire tchèque est décédé sur le site du verrier Verescence, où il intervenait sur un toit « pour une entreprise allemande », d’après la CGT. Sa mort, « susceptible d’être liée à la canicule sans réelle confirmation », a été signalée par la préfecture. Ce drame rappelle l’urgence d’améliorer les conditions de travail en période de forte chaleur, alors que les épisodes caniculaires deviennent plus fréquents et intenses.

Face à ces enjeux, les inspecteurs du travail sont sur tous les fronts. Leur tâche est d’autant plus complexe qu’ils doivent également surveiller d’autres risques professionnels. Les chiffres de l’Organisation internationale du travail montrent d’ailleurs un déséquilibre entre les moyens alloués en France et chez certains voisins européens : en 2024, l’Allemagne comptait 1,41 inspecteur pour 10 000 travailleurs, contre seulement 0,8 en France. Un rapport présenté mi-juin au ministère du Travail souligne par ailleurs une baisse de 18 % des effectifs des inspecteurs entre 2017 et 2024.

Et maintenant ?

Alors que les canicules devraient s’intensifier dans les années à venir, les prochains contrôles des inspecteurs du travail pourraient se multiplier, notamment dans les secteurs les plus exposés. Une réflexion est également en cours au niveau ministériel pour renforcer les moyens alloués aux services d’inspection et accélérer les procédures en cas de danger grave. Reste à voir si ces mesures suffiront à protéger efficacement les travailleurs lors des prochains épisodes de chaleur extrême.

Dans l’attente, les employeurs sont invités à anticiper les risques en adaptant les horaires, en garantissant un accès illimité à l’eau fraîche et en maintenant les équipements de protection en bon état. Quant aux salariés, ils peuvent signaler toute défaillance à l’inspection du travail ou à leur employeur, en insistant sur l’importance de leur santé en période de canicule.

Depuis juillet 2025, l’inspection du travail peut prononcer une mise en demeure, obligeant l’employeur à corriger les manquements sous huit jours. En cas de danger grave et imminent, les inspecteurs ne peuvent cependant pas retirer immédiatement les salariés du site. Le non-respect des mesures peut également entraîner des sanctions pénales, bien que les procédures soient souvent longues.

Les employeurs doivent adapter les horaires de travail, garantir un accès illimité à l’eau fraîche, mettre à disposition des équipements de protection (sahariennes, crèmes solaires, etc.), et s’assurer que les espaces de repos sont climatisés ou ombragés. Les chantiers extérieurs doivent être aménagés pour limiter les efforts physiques aux heures les plus fraîches de la journée.