Le « plan global d’accompagnement canicule – sécheresse – incendies » annoncé mercredi 6 août par le gouvernement pour soutenir les agriculteurs ne constitue « en aucun cas un plan d’action », a dénoncé hier la FNSEA, premier syndicat agricole français. Selon Franceinfo – Politique, cette annonce ministérielle, présentée comme un dispositif pour éviter que les exploitants ne soient « laissés seuls face à cette situation », a été qualifiée de « plan d’intention » par le vice-président de la FNSEA, Patrick Bénézit.
Ce qu'il faut retenir
- La FNSEA rejette le « plan global » du gouvernement, le qualifiant de « plan d’intention » sans mesures concrètes, selon Franceinfo – Politique.
- Le syndicat agricole réclame depuis début juillet un plan de soutien exceptionnel et une enveloppe de crise dans le budget 2027.
- Les éleveurs dénoncent l’accès « extrêmement compliqué » au Fonds de solidarité nationale, notamment pour les pertes liées aux vagues de chaleur.
- Le gouvernement prévoit d’adapter la gestion de l’eau pour préserver la ressource tout en maintenant les productions agricoles.
- Une loi d’urgence agricole, votée le 21 juillet, prévoit de doubler les volumes de stockage d’eau pour l’agriculture d’ici 2035 et de multiplier par dix le recyclage des eaux usées traitées d’ici 2030.
- Cette loi est actuellement contestée devant le Conseil constitutionnel par plusieurs parlementaires et huit ONG.
Un plan jugé trop flou et sans mesures concrètes
Patrick Bénézit, vice-président de la FNSEA et président de la Fédération nationale bovine (FNB), a réagi sur Franceinfo pour critiquer l’absence de détails concrets dans le plan gouvernemental. « On a un plan d’intention, mais en aucun cas un plan d’action qui permet notamment aux éleveurs de voir les choses de manière sereine », a-t-il déclaré jeudi 7 août. Le gouvernement, par la voix de la ministre de l’Agriculture Annie Genevard, avait pourtant insisté sur l’objectif de ne « laisser aucun agriculteur seul » face aux conséquences des canicules, de la sécheresse et des incendies.
La FNSEA, qui avait sollicité dès le début juillet un plan de soutien exceptionnel assorti d’une enveloppe budgétaire pour 2027, souligne que le plan annoncé mercredi reste « très flou » dans ses modalités. « On n’a pas grand-chose en termes de détail », a regretté Patrick Bénézit. Le syndicat pointe notamment l’absence de précisions sur la comptabilisation des pertes subies par les agriculteurs en raison des vagues de chaleur, un prérequis essentiel pour accéder au Fonds de solidarité nationale.
Des dispositifs existants mais difficiles d’accès
Le Fonds de solidarité nationale, créé via l’Indemnité de solidarité nationale (ISN) votée en 2022 et effective depuis le 1er janvier 2023, est en partie financé par le monde agricole et l’État. Pourtant, son accès reste « extrêmement compliqué », selon Patrick Bénézit, en particulier pour les éleveurs dépendant des prairies et des cultures fourragères. « Les modalités dégagées mercredi restent encore très floues, c’est ce qui nous inquiète », a-t-il ajouté.
Les agriculteurs alertent depuis juin sur la gravité de la sécheresse, qui touche les cultures, les prairies et les élevages. Les stocks fourragers s’amenuisent, et les risques d’incendies s’intensifient avec les températures élevées. Face à cette situation, la FNSEA insiste sur la nécessité de mettre en place des mesures immédiates pour sécuriser les approvisionnements en eau et soutenir financièrement les exploitations en difficulté.
La gestion de l’eau au cœur des débats
Dans son plan « global », la ministre de l’Agriculture a évoqué la nécessité d’« adapter les mesures de gestion de l’eau » pour « concilier la préservation de la ressource avec la continuité des productions agricoles ». Une priorité que partage Patrick Bénézit : « C’est très important que demain, nous ayons un plan pour stocker de l’eau. Nous avons la chance d’avoir un pays où la pluviométrie est importante, il faut qu’on s’engage dans des stockages » pour l’agriculture, mais aussi pour les besoins humains.
Une loi d’urgence agricole, adoptée le 21 juillet par le Parlement, prévoit déjà de renforcer les infrastructures de stockage. D’ici 2035, les volumes d’eau réservés à l’agriculture devraient être doublés, tandis que les volumes d’eaux usées traitées réutilisées devraient être multipliés par dix d’ici 2030 par rapport à 2020. Ces mesures, bien que saluées par certains acteurs du secteur, font l’objet d’une contestation juridique : plusieurs parlementaires et huit ONG ont saisi le Conseil constitutionnel pour contester leur légalité.
Un contexte agricole sous pression
Les professionnels du secteur agricole subissent depuis plusieurs mois les effets combinés de la sécheresse, des canicules et des incendies, qui menacent leurs récoltes et leurs troupeaux. Les éleveurs, en particulier ceux spécialisés dans la production bovine, font face à des pertes financières importantes en raison de la hausse des coûts de l’alimentation animale et de la baisse des rendements fourragers. La FNSEA réclame depuis des semaines un soutien financier exceptionnel et des mesures structurelles pour renforcer la résilience du secteur.
« Les agriculteurs ont besoin de visibilité et de moyens concrets pour faire face à cette crise », a insisté Patrick Bénézit. Le syndicat n’exclut pas de mobiliser ses réseaux pour faire pression sur le gouvernement, notamment lors des prochains arbitrages budgétaires pour 2027. Dans l’immédiat, la FNSEA attend des clarifications sur les dispositifs annoncés et la mise en œuvre rapide de mesures ciblées pour soutenir les exploitations les plus touchées.
La situation reste donc évolutive, avec des enjeux à la fois immédiats – soutenir les exploitations en difficulté – et structurels, comme la sécurisation des ressources en eau. Les prochains mois seront déterminants pour évaluer l’efficacité des mesures annoncées et leur capacité à répondre à l’ampleur de la crise.
La loi prévoit de doubler les volumes de stockage d’eau pour l’agriculture d’ici 2035 et de multiplier par dix les volumes d’eaux usées traitées réutilisées d’ici 2030 par rapport à 2020. Ces mesures visent à renforcer la résilience du secteur face aux sécheresses répétées.
Les agriculteurs dénoncent un accès « extrêmement compliqué » à ce fonds, notamment pour les éleveurs dépendant des prairies et des cultures fourragères. Les critères d’éligibilité et les modalités de versement des aides restent jugés trop flous et peu adaptés à la réalité des pertes subies.