Alors que l’Inde subit des vagues de chaleur de plus en plus intenses, une étude récente publiée dans la revue Frontiers in Environmental Health met en lumière un bilan humain bien plus lourd que les chiffres officiels. Selon Euronews FR, les autorités indiennes recensent entre 500 et 1 500 décès annuels directement liés aux canicules, mais les chercheurs estiment que le nombre réel se situe entre 3 400 et 30 000 morts supplémentaires lors d’épisodes prolongés.

Ce qu'il faut retenir

  • Une journée de chaleur extrême en Inde entraîne environ 3 400 décès supplémentaires à l’échelle nationale.
  • Une vague de chaleur de cinq jours est associée à près de 30 000 morts, dont 8 100 dans l’État de l’Uttar Pradesh seul.
  • Les bilans officiels sous-estiment fortement la mortalité réelle en ne prenant pas en compte les impacts indirects, comme l’aggravation de pathologies préexistantes.
  • Les zones rurales, où l’accès à la climatisation et aux soins est limité, sont les plus exposées.
  • Les cinq États les plus touchés concentrent 66 % des décès liés aux canicules, tout en ne représentant que 29 % du PIB du pays.

Des températures records et des méthodes de comptage inadaptées

En mai 2026, l’État de l’Uttar Pradesh, dans le nord de l’Inde, a enregistré des températures dépassant les 48 °C, illustrant l’ampleur des vagues de chaleur qui frappent régulièrement le pays. Selon les critères du service météorologique indien, une vague de chaleur est déclarée lorsque les températures atteignent au moins 40 °C dans les plaines ou 30 °C dans les régions vallonnées, avec un écart d’au moins 4,5 °C par rapport aux normales saisonnières pendant deux jours consécutifs.

Pourtant, les méthodes de comptage des décès liés à ces épisodes restent largement insuffisantes. Les chiffres officiels, basés sur des déclarations locales et des critères restrictifs, ne prennent en compte que les morts directement attribuables aux coups de chaleur ou aux catastrophes immédiates. Or, comme le souligne Euronews FR, cette approche ignore les décès indirects, tels que l’exacerbation de maladies chroniques ou les complications chez les personnes vulnérables.

Une méthodologie innovante pour évaluer l’impact réel de la chaleur

Pour pallier ces lacunes, une équipe de chercheurs a développé une méthode inédite en analysant les données de surmortalité dans 10 villes indiennes aux climats variés. En associant chaque district du pays à la ville dont le climat est le plus proche, ils ont pu estimer le nombre de décès supplémentaires survenant lors des vagues de chaleur. Cette approche, publiée le mois dernier, révèle qu’une seule journée de chaleur extrême est responsable d’environ 3 400 morts en Inde, tandis qu’un épisode de cinq jours en entraîne près de 30 000.

Les résultats montrent une disparité géographique marquée : l’Uttar Pradesh concentre à lui seul 8 100 décès supplémentaires lors d’une vague de chaleur de cinq jours, tandis que des villes comme Ahmedabad, Jaipur ou Surat enregistrent chacune plus de 250 morts lors d’un seul épisode. Les auteurs de l’étude précisent que ces chiffres sont probablement sous-estimés, car les zones rurales, où le travail en extérieur est fréquent et l’accès aux soins limité, sont particulièrement exposées.

Des inégalités criantes et un appel à une meilleure protection des populations

L’étude met en évidence des inégalités structurelles : les cinq États les plus touchés par la mortalité liée aux canicules – parmi lesquels l’Uttar Pradesh, le Bihar et le Rajasthan – ne contribuent qu’à 29 % du PIB national, alors qu’ils concentrent 66 % des décès supplémentaires. Cette situation soulève la question de la répartition des ressources pour adapter les infrastructures sanitaires et les systèmes d’alerte aux réalités locales.

Les auteurs recommandent la mise en place de plans locaux d’action contre la chaleur, le renforcement des infrastructures médicales et le déploiement de systèmes d’alerte précoce. Ils insistent également sur la nécessité de repenser la répartition des investissements fédéraux en matière de résilience climatique, afin de cibler les territoires les plus vulnérables.

« Les bilans officiels ne reflètent qu’une infime partie de la réalité. Pour protéger efficacement les populations, il faut adopter une approche globale qui inclut les décès indirects et les zones rurales, souvent négligées. »

Extrait de l’étude publiée dans Frontiers in Environmental Health

Un modèle qui dépasse les frontières de l’Inde

Les conclusions de cette étude ont des implications bien au-delà du sous-continent indien. Les auteurs soulignent que des pays d’Asie du Sud et d’Afrique subsaharienne font face à des défis similaires, combinant chaleur extrême, infrastructures sanitaires limitées et systèmes de suivi de la mortalité insuffisants. La méthodologie développée en Inde pourrait ainsi servir de modèle pour évaluer l’impact réel des canicules dans d’autres régions du monde.

En Europe également, les vagues de chaleur ont des conséquences dramatiques. Selon des chercheurs de l’Imperial College London et de la London School of Hygiene & Tropical Medicine, le changement climatique a été responsable d’environ 16 500 décès supplémentaires dans 854 villes européennes durant l’été 2025, soit 68 % des morts liées à la chaleur cette année-là. En 2024, plus de 62 000 personnes étaient décédées lors d’un épisode caniculaire en Europe.

Et maintenant ?

Alors que les émissions de gaz à effet de serre continuent d’augmenter, les vagues de chaleur devraient devenir plus fréquentes, plus longues et plus intenses. Les autorités indiennes, comme leurs homologues européens, devront accélérer leurs efforts pour protéger les populations vulnérables, en renforçant les systèmes d’alerte et en adaptant les infrastructures sanitaires. La question reste entière : ces mesures seront-elles suffisantes pour faire face à une crise climatique dont l’ampleur ne cesse de croître ?

En Espagne, où le mois de mai 2026 a déjà enregistré un record de 101 décès liés à la chaleur – soit 3,6 fois la moyenne mensuelle des dix dernières années –, la ministre de la Santé a mis en garde contre l’arrivée précoce des épisodes caniculaires. « La chaleur arrive désormais avant que les organismes n’aient eu le temps de s’y acclimater », a-t-elle déclaré, soulignant l’urgence d’une réponse adaptée.

À l’échelle mondiale, cette étude rappelle que les bilans officiels des canicules ne reflètent qu’une partie de la réalité. Le véritable coût humain de la crise climatique reste, dans bien des cas, invisible – et c’est peut-être là le plus inquiétant.

Ils ont analysé les données de surmortalité dans 10 villes indiennes aux climats variés, puis associé chaque district du pays à la ville dont le climat est le plus proche. Cette méthode a permis d’estimer le nombre de décès supplémentaires survenant lors des vagues de chaleur, en prenant en compte tous les décès indirects, et pas seulement ceux directement attribuables aux coups de chaleur.