Près de 80 % des établissements hospitaliers français, construits majoritairement entre 1960 et 1980, se transforment en « serres médicalisées » lors des vagues de chaleur, selon Thierry Amouroux, porte-parole du Syndicat national des professionnels infirmiers (SNPI) et invité du 11/13 de franceinfo - Santé. Une situation alarmante qui aggrave l’état des patients les plus vulnérables, alors que le gouvernement annonce l’envoi de 30 000 climatiseurs dans les hôpitaux et EHPAD. Pourtant, les critiques sur le manque d’anticipation et l’efficacité de ces mesures persistent, comme le rapporte franceinfo - Santé.

Ce qu'il faut retenir

  • 80 % des hôpitaux français, construits entre 1960 et 1980, ne sont pas adaptés aux fortes chaleurs, selon le SNPI.
  • Les chambres atteignent 36 à 38 °C en période de canicule, faute de climatisation ou de ventilation adaptée.
  • Le gouvernement a annoncé l’envoi de 30 000 climatiseurs d’ici début juillet, mais leur efficacité et leur répartition restent à préciser.
  • Une jeune fille de 12 ans et des jumelles de 15 mois sont décédées lors des récentes vagues de chaleur, illustrant l’urgence de la situation.
  • Le coût de la climatisation complète de tous les EHPAD serait inférieur à 2 milliards d’euros, alors que la journée de solidarité rapporte chaque année entre 2,5 et 3 milliards d’euros.

Des infrastructures hospitalières inadaptées aux canicules

Les bâtiments hospitaliers construits il y a plus de quarante ans, conçus comme des « cathédrales de béton », se révèlent incapables de résister aux températures extrêmes. « Les chambres sont à 36-38 degrés, parce qu’il n’y a pas de système de climatisation ou de ventilation, que l’on ne peut pas ouvrir les fenêtres ou qu’elles ne sont équipées ni de stores ni de volets », explique Thierry Amouroux. Pour tenter de limiter la surchauffe, des couvertures de survie sont parfois fixées aux vitres avec du sparadrap, une solution palliative et peu efficace. « On est donc obligé de mettre des couvertures de survie avec des sparadraps le long des vitres », précise-t-il.

Cette situation touche tous les patients, mais elle est particulièrement critique pour les personnes souffrant de pathologies chroniques ou hospitalisées en urgence. « Lorsque vous êtes atteint d’une pathologie chronique ou que vous êtes hospitalisé pour un problème aigu, la canicule aggrave votre état de santé beaucoup plus rapidement », souligne le porte-parole du SNPI. « Certains meurent du fait de ces conditions. Et cela n’est pas admissible à notre époque, dans la sixième puissance mondiale. »

Des drames évitables, mais des mesures tardives

Les récentes canicules ont déjà causé des décès, notamment celui d’une jeune fille de 12 ans hospitalisée à domicile dans les Yvelines, où la température aurait atteint 37 °C dans son immeuble des années 1960. Dans le Nord, près de Valenciennes, deux jumelles de 15 mois ont également été retrouvées mortes, victimes elles aussi de la chaleur. Face à l’émotion suscitée par ces événements, le Premier ministre a reconnu, lors d’une réunion de la cellule interministérielle de crise, que la France n’est « pas adaptée » à de telles températures. Pourtant, les mesures annoncées restent limitées et leur mise en œuvre suscite des interrogations.

Le gouvernement a promis la livraison de 30 000 climatiseurs dans les hôpitaux et EHPAD d’ici la fin de la semaine ou début juillet. Une annonce qui soulève plusieurs questions : ces appareils seront-ils mobiles ? Comporteront-ils des conduits d’évacuation adaptés aux fenêtres condamnées des hôpitaux ? Faudra-t-il vider régulièrement des réservoirs d’eau ? Autant de détails techniques encore flous, alors que le coût de ces équipements s’élève à 40 millions d’euros. « Nous n’avons aucun détail technique », regrette Thierry Amouroux, qui s’interroge sur leur répartition : « 30 000 climatiseurs pour 3 900 établissements de santé et 7 500 EHPAD, cela représente deux ou trois appareils par structure. Il y a donc un gros décalage. »

Un manque d’anticipation répété, selon les professionnels de santé

Les critiques du SNPI ne concernent pas seulement l’urgence actuelle. Elles rappellent les dysfonctionnements observés lors de la crise du Covid-19, où les respirateurs promis étaient arrivés « deux mois après la bataille » et « n’étaient pas adaptés ». « C’étaient des respirateurs de transport, pas des respirateurs de réanimation », rappelle Thierry Amouroux. Une situation qui nourrit les doutes sur la capacité des autorités à anticiper les crises sanitaires, malgré les alertes répétées.

Pourtant, les solutions existent. Une pièce climatisée par EHPAD avait été prévue en 2003, mais son utilité est limitée : « Comment voulez-vous y faire entrer 80 ou 120 résidents ? Le reste du temps, ils sont dans leur chambre surchauffée », explique le porte-parole. Pire encore, le coût de la climatisation complète de toutes les chambres des EHPAD est estimé à moins de 2 milliards d’euros. Or, la journée de solidarité rapporte chaque année entre 2,5 et 3 milliards d’euros. « Une seule année aurait donc dû permettre d’équiper l’ensemble des établissements », souligne Thierry Amouroux. Pourtant, sur les 50 milliards d’euros collectés depuis la création de cette mesure, aucun fonds n’a été spécifiquement dédié à cette urgence climatique.

« Rien n’a été fait. Les hôpitaux se sont transformés en serres médicalisées. Les gens décompensent, leur état de santé se dégrade beaucoup plus rapidement et certains meurent du fait de ces conditions. »
— Thierry Amouroux, porte-parole du SNPI

Quelles solutions pour l’avenir ?

Face à l’urgence, le gouvernement mise sur des mesures ponctuelles, comme l’envoi de climatiseurs, mais les professionnels de santé réclament une approche plus structurelle. « Il faut bien comprendre que ce n’est pas une question de moyens », insiste Thierry Amouroux. Pour lui, la priorité est de rénover les infrastructures existantes et d’intégrer systématiquement des solutions de rafraîchissement dans les nouveaux projets hospitaliers. Une tâche d’autant plus urgente que les prévisions météorologiques annoncent une nouvelle vague de canicule à partir de ce week-end, bien que moins intense que celle qui vient de frapper le pays.

Yaël Goosz, journaliste de franceinfo, a rappelé que le gouvernement se défend en soulignant les actions déjà engagées, comme la quatrième réunion de la cellule interministérielle de crise en dix jours. Mais pour les professionnels de santé, ces mesures restent insuffisantes. « On avait eu la même chose lors du Covid où, pendant la première vague, beaucoup de gens sont morts faute de lits de réanimation », rappelle Thierry Amouroux. Une comparaison qui interroge sur la capacité des autorités à tirer les leçons des crises passées.

Et maintenant ?

La livraison des 30 000 climatiseurs d’ici début juillet devrait permettre un soulagement temporaire, mais leur efficacité dépendra de leur répartition et de leur adéquation avec les besoins des établissements. Une nouvelle vague de canicule, prévue à partir de ce week-end, pourrait tester la résilience du système hospitalier. Les professionnels de santé appellent à des investissements durables, tandis que le gouvernement promet une réflexion plus large sur l’adaptation des infrastructures aux changements climatiques. Reste à voir si ces annonces se traduiront par des actions concrètes dans les mois à venir.

En attendant, la question de l’adaptation des hôpitaux aux canicules reste entière. Alors que la France se prépare à affronter des étés de plus en plus chauds, le débat sur les moyens à mettre en œuvre pour protéger les patients les plus vulnérables est plus que jamais d’actualité.

Ces bâtiments, conçus comme des « cathédrales de béton », n’intégraient pas à l’époque les normes de ventilation ou de climatisation nécessaires pour faire face aux fortes chaleurs. Les fenêtres sont souvent condamnées ou ne s’ouvrent que partiellement, et l’absence de stores ou de volets aggrave la surchauffe des chambres, qui peuvent atteindre 36 à 38 °C lors des canicules.

Selon Thierry Amouroux, le coût de la climatisation de toutes les chambres des EHPAD serait inférieur à 2 milliards d’euros. À titre de comparaison, la journée de solidarité rapporte chaque année entre 2,5 et 3 milliards d’euros, mais ces fonds n’ont jamais été spécifiquement alloués à cette urgence climatique.