La flambée des prix du carburant, alimentée par le conflit au Moyen-Orient, relance le débat sur la taxation des superprofits des grandes compagnies pétrolières. Selon Capital, 66 % des Français soutiennent l’idée d’une imposition ciblée sur les bénéfices exceptionnels des groupes comme TotalEnergies. Cette mesure, portée par une partie de la classe politique, divise cependant le gouvernement, qui met en avant la souveraineté énergétique française.

Ce qu'il faut retenir

  • 66 % des Français souhaitent une taxation des superprofits de TotalEnergies, selon un sondage YouGov pour Le HuffPost.
  • 85 % des sympathisants du Parti socialiste y sont favorables, tandis que 67 % des électeurs macronistes et 59 % des Républicains la soutiennent également.
  • TotalEnergies a réalisé près de 5 milliards d’euros de bénéfices au premier trimestre 2026, ce qui alimente les critiques sur les « profiteurs de crise ».
  • Le gouvernement refuse cette taxe, invoquant le rôle stratégique de Total dans la production et le raffinage en France, et le blocage des prix pendant les ponts de mai.
  • 63 % des Français estiment que la hausse des carburants pèse « important » sur leur budget mensuel, poussant 60 % d’entre eux à réduire leurs déplacements quotidiens.

Une mesure plébiscitée par une majorité de Français, toutes tendances confondues

Alors que le conflit au Moyen-Orient continue de perturber les chaînes d’approvisionnement et d’alimenter la hausse des prix à la pompe, la question d’une taxation des superprofits des géants pétroliers revient en force. Selon les résultats d’un sondage YouGov pour Le HuffPost, 66 % des Français sont favorables à cette proposition. Ce chiffre cache des disparités politiques marquées : 85 % des sympathisants du Parti socialiste y sont favorables, contre 67 % des électeurs d’Emmanuel Macron et 59 % des sympathisants des Républicains.

Cette mesure est portée par des figures politiques comme Olivier Faure, premier secrétaire du PS, qui a dénoncé les « profiteurs de crise ». TotalEnergies, dont les bénéfices ont atteint 5 milliards d’euros au premier trimestre 2026, est particulièrement dans le viseur. Pour ses détracteurs, cette manne financière, accumulée en période de tension géopolitique, justifie une contribution exceptionnelle de l’État.

Le gouvernement invoque la souveraineté énergétique et la protection des consommateurs

Face à cette pression politique et médiatique, le gouvernement adopte une position défensive. Serge Papin, ministre du Commerce, a justifié ce refus lors d’une intervention sur franceinfo : « On a la chance d’avoir une major, Total, qui produit du pétrole, le raffine, bloque les prix sur les ponts de mai. » Selon lui, cibler TotalEnergies reviendrait à une forme de « Total bashing », alors que l’entreprise représente un « outil de souveraineté et d’indépendance important » pour la France. Cette position a été reprise par Maud Bregeon, porte-parole du gouvernement, qui a estimé que l’entreprise française était « celle que l’on aime détester ».

Pour les partisans de cette taxe, ces arguments relèvent davantage d’un calcul électoral que d’une stratégie énergétique. Depuis le début de l’année, les prix du carburant ont connu une hausse continue, poussant les Français à réduire leurs déplacements ou à modifier leurs projets de vacances. 63 % des sondés estiment que cette augmentation a un impact « important » sur leur budget mensuel, tandis que 60 % déclarent avoir réduit leurs trajets quotidiens et 21 % avoir annulé ou reporté leurs vacances d’été.

TotalEnergies sous le feu des critiques, entre bénéfices records et engagements sociaux

Le géant français n’est pas épargné par les polémiques. En mars 2026, Michel-Édouard Leclerc, président des centres E.Leclerc, avait accusé TotalEnergies de ne pas jouer le jeu de la transparence tarifaire. Dans une interview accordée au Figaro, il avait déclaré : « Il nous a envoyés balader. » Ces tensions surviennent alors que TotalEnergies affiche des résultats financiers records, alimentés par la hausse des cours du brut et la faiblesse de l’euro. Pour ses détracteurs, ces bénéfices exceptionnels, réalisés en période de crise, justifient une taxation ciblée.

De son côté, le groupe défend sa politique commerciale, rappelant avoir plafonné le prix du litre de diesel à 2,09 euros pendant les ponts de mai. Une mesure présentée comme une « contribution à la lutte contre l’inflation », mais jugée insuffisante par les associations de consommateurs et une partie de la classe politique. D’autres pays européens, comme l’Allemagne, l’Espagne ou l’Italie, ont d’ailleurs demandé à la Commission européenne, début avril 2026, d’étudier la possibilité d’une taxe européenne sur les superprofits des entreprises pétrolières.

Un débat qui dépasse le cadre national

Cette question n’est pas uniquement française. Plusieurs États membres de l’Union européenne, confrontés à la même problématique, ont saisi la Commission pour explorer des solutions communes. L’idée d’une taxe coordonnée vise à éviter les distorsions de concurrence entre pays, tout en renforçant le pouvoir de négociation face aux majors pétrolières. Pour l’instant, Bruxelles n’a pas tranché, mais la pression monte, notamment en raison de la volatilité des prix de l’énergie et de son impact sur le pouvoir d’achat des ménages.

En France, le débat s’inscrit dans un contexte plus large de mécontentement social. Les associations de consommateurs dénoncent des marges jugées « excessives » chez les distributeurs, tandis que le gouvernement tente de concilier soutien aux entreprises stratégiques et protection des ménages. Une équation d’autant plus complexe que les prévisions de la Banque de France annoncent une inflation persistante sur les produits pétroliers pour le reste de l’année 2026.

Et maintenant ?

La question d’une taxe sur les superprofits de TotalEnergies pourrait revenir sur le devant de la scène lors des prochains débats parlementaires. Plusieurs groupes d’opposition ont d’ores et déjà annoncé leur intention de déposer des amendements en ce sens. Du côté de l’exécutif, la priorité reste le maintien du blocage des prix pendant les périodes de forte consommation, comme les ponts et les vacances scolaires. Reste à voir si cette stratégie suffira à calmer les critiques, alors que 21 % des Français ont déjà modifié leurs projets de vacances en raison des prix élevés du carburant.

Côté européen, la Commission devrait rendre un premier avis d’ici l’été 2026 sur la faisabilité d’une taxe commune. Une décision qui pourrait influencer le débat français, alors que Paris mise sur une coordination des États membres pour éviter un isolement sur cette question.

TotalEnergies est la première entreprise pétrolière française, avec une production et un raffinage majoritairement réalisés sur le territoire national. Ses bénéfices records, estimés à 5 milliards d’euros au premier trimestre 2026, en font une cible privilégiée pour les partisans d’une taxation des superprofits. Le groupe est également critiqué pour son manque de transparence tarifaire, selon des associations comme la CLCV.

Les partisans de la mesure estiment qu’une taxe sur les superprofits permettrait de redistribuer une partie des bénéfices aux ménages, sous forme de baisse des prix à la pompe ou de chèques carburant. Les opposants, comme le gouvernement, craignent en revanche un effet contre-productif : une réduction des investissements de TotalEnergies dans la production et le raffinage français, ce qui pourrait, à terme, aggraver les tensions sur les prix.