Un document de travail révélé par Le Figaro ce 25 avril 2026 met en lumière une augmentation significative des marges brutes des distributeurs de carburants depuis le début du conflit au Moyen-Orient, fin février 2026. Selon ce rapport, les marges auraient progressé de **30 centimes d’euro par litre en moyenne en début d’année** à **plus de 50 centimes pour le gazole** dans certaines stations, et **près de 40 centimes pour l’essence**. Ces chiffres, révélés par Franceinfo, concernent notamment des enseignes comme TotalEnergies, Eni, Esso, Avia, Carrefour Market, Carrefour Contact ou encore Intermarché.

Ce qu'il faut retenir

  • Les marges brutes des distributeurs sont passées de **30 centimes par litre en moyenne début 2026** à **plus de 50 centimes pour le gazole** dans certaines stations, et **près de 40 centimes pour l’essence**, selon un document gouvernemental révélé par Le Figaro.
  • Bercy affirme ne pas connaître l’origine de ce document et dément les chiffres avancés, tout en travaillant sur des modèles de contrôle des marges.
  • Plusieurs distributeurs, dont TotalEnergies et Coopérative U, ont réagi pour expliquer que ces marges incluent des coûts supplémentaires, comme les frais de transport.
  • Le gouvernement assure que la situation est désormais sous contrôle et que des mesures sont prises pour maintenir les marges à leur niveau d’avant-crise.
  • Le Premier ministre Sébastien Lecornu a critiqué la posture des distributeurs, qualifiant leur refus de discuter des marges de « déplacé » après l’annonce d’un projet de décret visant à les plafonner.

Cette révélation intervient dans un contexte de tensions persistantes sur les prix des carburants, alors que le conflit au Moyen-Orient a fait flamber les cours du pétrole depuis fin février. Plusieurs ministres, dont le ministre du Commerce et des PME Serge Papin, avaient pourtant assuré ces derniers jours que les distributeurs « jouaient le jeu » et ne profitaient pas de la situation pour augmenter leurs marges de manière indue.

Un document interne qui bouscule le récit officiel

Le document, qualifié de « travail en cours » par une source gouvernementale, détaille une hausse des marges brutes qui ne reflète pas nécessairement les bénéfices nets des distributeurs. Selon Franceinfo, cette augmentation serait liée à plusieurs facteurs, dont la hausse des coûts de transport et des frais logistiques. Pourtant, le ministère de l’Économie, contacté par Le Figaro, a fermement démenti l’authenticité des chiffres avancés. « Bercy ne sait pas d’où sort ce rapport », a indiqué une source citée par le quotidien, précisant que le gouvernement travaille sur des outils de contrôle plus précis pour évaluer les marges des distributeurs.

Cette divergence entre le discours officiel et les données révélées interroge. Alors que les prix à la pompe restent un sujet de préoccupation pour les automobilistes, le gouvernement tente de rassurer en affirmant que les marges ont retrouvé un niveau « sous contrôle » depuis le début du conflit. « On affine la compréhension de leurs marges et on les conduit à les maintenir à leur niveau d’avant-crise », a expliqué une source à Bercy.

Les distributeurs contre-attaquent

Face aux critiques, plusieurs acteurs du secteur ont pris la parole pour clarifier leur position. Dominique Schelcher, président de la Coopérative U, a été l’un des premiers à réagir sur le réseau social X. Il a souligné que le document évoquait uniquement des marges brutes, servant à couvrir l’ensemble des frais, y compris les coûts de transport, qui ont fortement augmenté ces derniers mois. « Le rapport parle uniquement de marges brutes servant à couvrir tous les frais, dont les frais de transport qui ont augmenté. Il ne parle en aucun cas de marges nettes qui chez nous sont inchangées, bien au contraire », a-t-il déclaré. La semaine précédente, il avait déjà affirmé sur BFMTV que « nos marges ne dépassent pas un, deux ou trois centimes le litre ».

TotalEnergies, de son côté, a rappelé qu’il était « le seul acteur à avoir mis en place un plafond sur les prix de ses carburants dès le début de la crise au Moyen-Orient ». L’entreprise a justifié cette mesure par « la bonne santé globale de [sa] compagnie, liée au prix élevé du pétrole actuel, qui bénéficie à l’ensemble des Français ». Une argumentation qui vise à montrer que la hausse des marges n’est pas systématique et dépend des stratégies de chaque acteur.

Le gouvernement face à la pression politique

La publication de ce document intervient moins de 48 heures après des déclarations de Sébastien Lecornu, qui s’était dit « un tout petit peu agacé » par la posture des distributeurs. Le Premier ministre avait regretté que ces derniers aient préféré « déplacer le débat sur les certificats d’économie d’énergie (CEE) » plutôt que d’aborder directement la question des marges. « Les CEE n’ont rien à voir avec les marges des distributeurs », avait-il souligné lors d’une conférence de presse à Marseille, ajoutant : « Les CEE, c’est très facile de taper dessus parce que personne ne comprend rien exactement à comment ça fonctionne. »

Il a par ailleurs demandé aux ministres « d’objectiver une bonne fois pour toutes ce qui s’est passé sur les marges des distributeurs ». Cette pression politique s’inscrit dans un contexte plus large de mécontentement des consommateurs face à la flambée des prix des carburants, malgré une légère baisse des cours du pétrole ces dernières semaines.

Des marges difficiles à contrôler

Le gouvernement reconnaît que l’évaluation des marges des distributeurs est un exercice complexe, en raison de la diversité des modèles économiques et des méthodes de calcul. « Il n’y a pas un modèle mais plusieurs, qui dépendent des enseignes, des moments où elles remplissent leurs cuves de carburants ou encore de là où elles s’approvisionnent », a expliqué une source à Bercy. Cette complexité explique en partie pourquoi les autorités peinent à apporter des réponses claires aux interrogations des automobilistes.

Le projet de décret annoncé par le gouvernement pour plafonner les marges des distributeurs pourrait apporter une réponse structurelle à ce problème. Cependant, son adoption et son efficacité restent à démontrer, alors que les distributeurs multiplient les arguments pour justifier les écarts de prix observés entre les stations.

Et maintenant ?

Le gouvernement devrait présenter prochainement un décret visant à encadrer les marges des distributeurs de carburants. Si ce texte est adopté, son application pourrait prendre plusieurs semaines, le temps d’affiner les modèles de contrôle et de consulter les acteurs du secteur. Dans l’immédiat, les prix à la pompe devraient rester sous haute surveillance, alors que les tensions géopolitiques au Moyen-Orient continuent de peser sur les cours du pétrole. La question des marges, elle, risque de rester au cœur des débats politiques et économiques dans les mois à venir.

Pour les consommateurs, cette affaire souligne l’importance de la transparence dans la formation des prix des carburants. Alors que les distributeurs insistent sur la hausse de leurs coûts logistiques, le gouvernement tente de concilier impératifs économiques et protection des automobilistes. Une équation complexe, dont l’issue reste incertaine.

Les marges brutes correspondent à la différence entre le prix de vente et le coût d’achat du carburant, avant déduction des frais (transport, stockage, etc.). Les marges nettes, elles, prennent en compte l’ensemble des coûts et reflètent le bénéfice réel de l’enseigne. Selon Dominique Schelcher de la Coopérative U, les marges nettes restent stables chez certains distributeurs, malgré la hausse des marges brutes.

La hausse des frais de transport est principalement liée à l’augmentation des prix de l’énergie et à la congestion des chaînes logistiques, elle-même causée par les tensions géopolitiques au Moyen-Orient et les perturbations des routes commerciales maritimes. Ces coûts supplémentaires sont parfois répercutés sur les prix à la pompe.