Selon Franceinfo - Culture, l’Argentine a vécu vendredi 6 juin 2026 une journée de deuil et de célébration à la mémoire de Carlos Alberto Solari, plus connu sous le nom d’Indio. Figure majeure du rock argentin depuis près de cinq décennies, l’artiste est décédé à l’âge de 77 ans, laissant derrière lui un héritage culturel inégalé. Une foule immense s’est rassemblée spontanément sur la Place de Mai, à Buenos Aires, pour lui rendre un dernier hommage musical, tandis que des hommages similaires se multipliaient dans d’autres villes du pays.

Ce qu'il faut retenir

  • Carlos Alberto Solari, surnommé Indio, est décédé le 6 juin 2026 à l’âge de 77 ans à son domicile de Parque Leloir, près de Buenos Aires.
  • Atteint de la maladie de Parkinson, il aurait succombé à un accident vasculaire cérébral (AVC), selon les premières constatations du parquet.
  • Plusieurs milliers de personnes ont envahi la Place de Mai à Buenos Aires pour un hommage spontané marqué par des chants, des guitares et des bougies.
  • Solari a marqué l’histoire du rock argentin à travers son groupe Patricio Rey y sus Redonditos de Ricota, puis en solo, avec un style électrique et des textes engagés.
  • Un de ses concerts en 2017, ayant attiré plus de 300 000 personnes alors que le site était prévu pour la moitié, avait causé une bousculade faisant deux morts et une douzaine de blessés.

Un artiste incontournable du rock argentin

Carlos Alberto Solari, dit « Indio », a marqué plusieurs générations d’Argentins depuis les années 1970. À travers son groupe emblématique Patricio Rey y sus Redonditos de Ricota, puis en solo, il a imposé un style unique, mêlant rock électrique, textes ésotériques et critique sociale. Son influence s’étendait bien au-delà des scènes musicales : il incarnait une forme de rébellion contre le consumérisme, l’establishment et les abus de pouvoir, des thèmes récurrents dans son œuvre.

Relativement méconnu en dehors de l’Argentine, Solari bénéficiait en revanche d’un véritable culte dans son pays natal. Ses concerts, souvent organisés dans des conditions précaires, attiraient des foules immenses venues de tout le pays. Ces rassemblements, parfois improvisés, dépassaient souvent les capacités d’accueil, comme en témoigne l’incident survenu en 2017 à Olavarría, où une bousculade avait fait deux victimes.

Un hommage populaire et spontané

Dès l’annonce de sa mort, des milliers d’Argentins se sont réunis sur la Place de Mai, cœur politique et symbolique de Buenos Aires, pour un hommage improvisé. Guitares à la main, bougies allumées et drapeaux agités, les admirateurs de l’artiste ont transformé l’espace public en une scène géante. Ce rassemblement, à la fois festif et émouvant, reflétait l’attachement profond des Argentins à la mémoire de Solari.

Selon les médias locaux, des hommages similaires ont été observés dans d’autres villes du pays, confirmant l’empreinte indélébile laissée par l’artiste. À Buenos Aires, la scène s’est prolongée jusqu’à la nuit tombée, avec des chants reprenant ses tubes les plus célèbres. « C’est une perte immense pour l’Argentine », a souligné un témoin présent sur place.

Des hommages venus de tous les horizons

La disparition de Carlos Solari a suscité une vague d’hommages unanimes, transcendant les clivages politiques et sociaux. Le footballeur Lionel Messi, star de la sélection argentine, a publié une photo de l’artiste sur son compte Instagram avec le message : « Toujours dans nos cœurs. RIP ». « C’est une perte importante pour l’Argentine, on a de la peine », a déclaré le sélectionneur national Lionel Scaloni lors d’une conférence de presse.

Du côté de la classe politique, l’ex-président Alberto Fernández (2019-2023) a salué « son engagement humain, sa dignité comme musicien indépendant et le phénomène social et culturel » généré par son groupe. Même Javier Milei, président pro-libéral, a rendu hommage à l’artiste, reconnaissant en lui « l’un des plus grands emblèmes de l’histoire du rock national ». Une unanimité rare dans un pays souvent divisé.

Un héritage entaché par un drame en 2017

Malgré son immense popularité, l’histoire de Solari a aussi été marquée par un accident lors d’un concert en 2017. Prévu pour 150 000 spectateurs, le festival de Olavarría avait accueilli plus de 300 000 personnes, entraînant une bousculade mortelle. Deux jeunes sont morts asphyxiés, et une douzaine d’autres ont été blessés, rappelant les risques inhérents aux rassemblements massifs organisés dans des conditions précaires.

Cet événement avait alors suscité une polémique sur l’organisation des grands concerts en Argentine. Solari, bien que non responsable direct de l’incident, en avait été profondément affecté. Pour beaucoup, cette tragédie avait terni la fin de carrière du musicien, qui avait pourtant marqué des générations avec des titres comme « Ji Ji Ji » ou « Para siempre ».

Un rocker engagé, entre mysticisme et révolte

Indio Solari a toujours refusé de se laisser enfermer dans un genre musical ou un message unique. Son œuvre, souvent qualifiée de « rock ésotérique », mêlait références mystiques, satire sociale et poésie urbaine. Il critiquait sans détour le capitalisme, les médias de masse et les abus de pouvoir, des thèmes qui résonnaient particulièrement dans une Argentine marquée par des crises politiques et économiques successives.

Son style vestimentaire — chapeau, veste en cuir et cheveux longs — et sa voix rauque en avaient fait une icône visuelle autant qu’auditive. Pour des millions d’Argentins, Solari représentait bien plus qu’un musicien : il incarnait une époque, une génération en révolte, et une forme de résistance culturelle.

Et maintenant ?

Si l’Argentine a déjà commencé à célébrer sa mémoire, la question se pose désormais de la pérennisation de son héritage. Des rumeurs évoquent déjà la possibilité d’un concert hommage réunissant des artistes contemporains, voire une réédition de ses albums cultes en version remasterisée. Reste à savoir si les autorités locales, souvent critiquées pour leur gestion des événements publics, sauront tirer les leçons des drames passés pour organiser des hommages à la hauteur de sa légende.

Pour l’heure, les fans de Solari appellent déjà à une mobilisation massive lors des prochaines grandes dates nationales, comme le 9 juillet, fête de l’Indépendance argentine. Une façon, pour beaucoup, de perpétuer son combat à travers la musique.

La disparition de Carlos Solari laisse une place vide dans le paysage musical argentin. Si son absence se fera cruellement sentir, son influence continuera probablement de résonner, bien au-delà des frontières de son pays natal. À 77 ans, Indio a peut-être tiré sa révérence, mais son œuvre, elle, reste plus que jamais vivante.

Parmi ses titres les plus célèbres, on compte notamment « Ji Ji Ji », « Para siempre », « Rock del gato » et « La bestia pop ». Ces morceaux, souvent mêlés à des références mystiques et sociales, ont marqué plusieurs générations d’Argentins.