Le dessinateur et scénariste belge Hermann, disparu en mars 2026 à l’âge de 87 ans, laisse derrière lui un ultime album, « Cartagena », publié à titre posthume. Selon Franceinfo - Culture, cet ouvrage s’inscrit dans la continuité de son œuvre marquée par une représentation sans fard de la nature humaine, où la violence et les conflits occupent une place centrale. Grand prix d’Angoulême en 2016, Hermann a marqué plusieurs générations de lecteurs et influencé de nombreux auteurs, laissant une empreinte durable dans le paysage de la bande dessinée européenne.

Ce qu'il faut retenir

  • Hermann, lauréat du Grand prix d’Angoulême en 2016, disparaît en mars 2026 à l’âge de 87 ans, laissant derrière lui un dernier album, « Cartagena », publié à titre posthume.
  • Dans cet ouvrage, l’auteur belge dépeint une histoire de règlements de comptes entre gangs de narcotrafiquants mexicains, illustrant sa vision sans concession de la nature humaine.
  • L’album s’inscrit dans la tradition d’une œuvre où violence et conflits sociaux sont souvent au cœur des récits, comme dans « Sarajevo Tango », dénonçant l’inaction internationale face à la guerre en Bosnie.
  • Hermann concevait ses bandes dessinées comme des films, avec une approche visuelle et narrative cinématographique, selon les témoignages de son fils et collaborateur, Yves H.
  • Son style, marqué par des décors naturels détaillés et une mise en scène dynamique, a influencé des générations d’auteurs, dont Romain Renard, qui évoque « un pan de mur qui tombe » avec sa disparition.

Un récit sombre, fidèle à l’esprit d’une vie d’auteur

Avec « Cartagena », Hermann confirme une nouvelle fois sa capacité à plonger le lecteur dans des univers où les personnages ne sont guère recommandables. Selon Franceinfo - Culture, l’album raconte une histoire de règlements de comptes entre gangs de narcotrafiquants mexicains, un cadre réaliste pour explorer la violence structurelle des rapports humains. Cette approche s’inscrit dans la lignée de son œuvre, où l’auteur n’a jamais hésité à dépeindre des sociétés traversées par la corruption et la brutalité. « Comme je ressens pas mal de choses qui me révoltent, je ne peux pas montrer un monde où la plupart des gens sont gentils ! », déclarait-il dans une archive rappelée par Franceinfo - Culture. Son regard sur l’humanité était sans illusion, teinté d’un misanthropie assumée : « Même parmi les gens soi-disant gentils, beaucoup sont des tricheurs. Ils sont gentils en surface. »

Entre misanthropie affichée et humanisme profond

Pourtant, cette image d’un Hermann cynique et désabusé ne reflète qu’une partie de sa personnalité. Son fils et collaborateur de longue date, Yves H., scénariste de « Cartagena », nuance cette perception : « C’était quelqu’un qui avait le contact extrêmement facile avec les autres et, contrairement à ce qu’il exprimait, profondément, il était quelqu’un de beaucoup plus humaniste qu’on imagine. » Cette dualité entre les déclarations publiques de l’auteur et sa réalité intime illustre la complexité d’un homme qui, malgré son pessimisme affiché, cultivait des relations humaines profondes et authentiques. Né dans un village belge entouré de forêts, Hermann a d’abord exercé des métiers manuels, comme ébéniste puis architecte, avant de se consacrer à la bande dessinée presque par hasard. « Moi, je suis un terrien, j’ai les pieds au sol », expliquait-il. « Je passais des heures dans les bois, tout seul. Je regardais les arbres. C’est pour ça que je suis très à l’aise pour dessiner des arbres, des branches. Tout ça fait partie de mon univers. »

Une influence cinématographique et une méthode de travail rigoureuse

Cette connexion avec la nature se retrouve dans l’ensemble de ses séries majeures, qu’il s’agisse de l’aventure postapocalyptique « Jeremiah », du Moyen Âge des « Tours de Bois-Maury » ou du western « Comanche ». Selon Romain Renard, auteur et admirateur d’Hermann, « la mort d’Hermann, c’est un pan de mur qui tombe. C’est un des plus grands metteurs en scène de bandes dessinées. » Son approche visuelle était en effet comparée à celle d’un réalisateur de cinéma. « Vous pouvez reprendre n’importe quel livre d’Hermann, relisez les trois ou quatre premières pages, vous êtes déjà dans l’histoire », explique Romain Renard. « Il va commencer par un tout petit détail, une marmotte qui sort de terre, puis une roue de chariot qui fait fuir cette marmotte et bam ! Un plan sur un fort qui s’étale sur la moitié de la page. »

Yves H. confirme cette dimension cinématographique : « Il concevait une bande dessinée comme on conçoit un film. Il posait sa caméra comme un réalisateur ou un directeur de la photo. » Leur collaboration sur « Cartagena », le 28e album qu’ils ont réalisé ensemble, reposait sur une méthode claire : « Avec mon père, il y avait une forme de cahier des charges. Il me disait : ‘Tu me mets de l’action !’ Et il voulait un maximum de nature », se souvient Yves H. Cette exigence de dynamisme et de réalisme visuel a marqué l’ensemble de son travail, faisant de chaque planche une séquence à part entière.

Une œuvre engagée, entre politique et émotion

Au-delà de ses grandes séries, Hermann a également produit de nombreuses histoires isolées, souvent à dimension politique. « Sarajevo Tango », publié en 1995, reste l’un de ses sommets, dénonçant l’inaction de la communauté internationale face à la guerre en Bosnie. « J’étais pris d’une rage, c’est le bouquin le plus important que j’ai jamais réalisé », déclarait-il à l’époque. Cet engagement contre les injustices sociales et politiques s’est exprimé tout au long de sa carrière, montrant un auteur capable de mêler récits personnels et réflexions collectives. Ses planches servaient de tribune, où la critique sociale se mêlait à une esthétique puissante, inspirant des générations d’artistes.

Et maintenant ?

La disparition d’Hermann laisse un vide dans le paysage de la bande dessinée. Son fils, Yves H., se retrouve désormais face à une question essentielle : continuer l’œuvre de son père en collaborant avec d’autres, ou marquer une pause pour réfléchir à l’avenir de ce legs artistique. Aucune décision n’a encore été prise, et le temps semble nécessaire pour évaluer la suite à donner à ce patrimoine. Par ailleurs, la publication de « Cartagena » offre une occasion de redécouvrir une partie de l’œuvre d’un auteur dont l’influence dépasse largement le cadre de la bande dessinée francophone.

La disparition d’Hermann marque donc la fin d’une époque, mais aussi le début d’un héritage appelé à inspirer encore longtemps les créateurs. Son approche unique, mêlant rigueur visuelle, engagement politique et une vision sans fard de l’humanité, reste une référence pour les amateurs du neuvième art. Comme le souligne Romain Renard, « relisez les trois ou quatre premières pages » de n’importe lequel de ses albums, et vous comprendrez pourquoi son œuvre continue de résonner bien au-delà de sa disparition.

Parmi les séries incontournables d’Hermann, on retrouve « Jeremiah » (aventure postapocalyptique), « Les Tours de Bois-Maury » (Moyen Âge), « Comanche » (western) et « Sarajevo Tango » (récit politique sur la guerre en Bosnie). Chacune de ces œuvres illustre son style unique, mêlant narration cinématographique et profondeur thématique.