Le milliardaire tchèque Daniel Kretinsky, actionnaire principal du groupe Casino depuis 2024, a appelé les créanciers du distributeur à adopter une approche « responsable » face à la situation financière critique de l’entreprise, tout en critiquant les discussions en France autour de la taxation des super-profits de Totalenergies. Ces déclarations, rapportées par BFM Business dans une interview au Figaro publiée ce mercredi 27 mai 2026, interviennent alors que Casino tente d’éviter un défaut de paiement tout en protégeant son modèle économique, jugé « durable et pérenne » par Kretinsky.

Ce qu'il faut retenir

  • Daniel Kretinsky, actionnaire principal de Casino depuis 2024, demande aux créanciers d’accepter une restructuration de la dette pour éviter un effondrement du groupe.
  • Le groupe Casino, propriétaire de Franprix, Monoprix et CDiscount, doit rembourser 1,4 milliard d’euros en mars 2027 et propose de réduire sa dette à 900 millions d’euros, dont 500 millions d’euros de créances abandonnées.
  • FRH, détenu par Kretinsky, propose de descendre à 51 % du capital de Casino, contre 66 % initialement prévus, et s’engage à investir « plusieurs centaines de millions d’euros ».
  • Le milliardaire met en garde contre des mesures de « surtaxation » qui pourraient « compromettre les investissements » et affaiblir des champions industriels français comme Totalenergies.
  • Totalenergies, dans laquelle Kretinsky détient désormais environ 4 % du capital, réalise la majorité de ses profits à l’étranger et soutient les consommateurs français via des mesures comme le plafonnement des prix à la pompe.

Casino : une restructuration sous haute tension

Daniel Kretinsky, qui a pris le contrôle de Casino en 2024 alors que le groupe accumulait les pertes et le surendettement, insiste sur la nécessité d’accepter une réalité financière douloureuse pour éviter la faillite. « Nous avons tous investi sur des hypothèses qui se sont avérées loin de la réalité. La valorisation du groupe et le montant de la dette ne sont donc pas soutenables », a-t-il déclaré. Le groupe, déjà restructuré en 2024 avec une réduction de dette de près de 5 milliards d’euros et le départ du PDG historique Jean-Charles Naouri, voit sa dette augmenter à nouveau depuis cette opération.

Pour éviter un scénario catastrophe, France Retail Holdings (FRH), la holding de Kretinsky, a dévoilé mi-mars une nouvelle proposition de restructuration. Celle-ci prévoit un apport de 500 millions d’euros de la part de FRH, en échange d’une réduction de la dette à 900 millions d’euros, dont 500 millions d’euros de créances abandonnées par les créanciers. Kretinsky, qui assure que « le groupe n’est pas menacé », ajoute que Casino reste « prospère, stable et soutenu par ses banques partenaires ». Le milliardaire s’est dit prêt à investir « des sommes considérables, de plusieurs centaines de millions d’euros », pour assurer l’avenir du groupe, « suffisantes pour assurer le futur de Casino ».

Totalenergies dans le viseur des débats fiscaux

Parallèlement, Daniel Kretinsky a critiqué les projets français de taxation ou de redistribution des super-profits de Totalenergies, réalisés notamment pendant la guerre en Iran. « Alors que nos deux premiers concurrents, les États-Unis et la Chine, font tout pour renforcer leurs entreprises clés, qui dominent déjà le marché global, nous faisons tout pour affaiblir nos rares champions mondiaux », a-t-il déploré à la veille de l’assemblée générale des actionnaires de Totalenergies. Pour lui, un Totalenergies affaibli mettrait en péril la sécurité d’approvisionnement en carburants de la France, alors que Washington renforce activement des groupes comme ExxonMobil ou Chevron.

Kretinsky a salué le rôle de Totalenergies dans le soutien aux consommateurs français, en citant le plafonnement des prix à la pompe mis en place après le début de la guerre en Ukraine et toujours maintenu. Il a mis en garde contre une « stratégie agressive » de taxation qui, selon lui, « compromettrait les investissements, sans lesquels aucun pays ne peut prospérer ». Ces propos reprennent ceux tenus ces derniers mois par le PDG de Totalenergies, Patrick Pouyanné, qui met lui aussi en avant les risques d’une « surtaxation » pour l’industrie française. « Une stratégie agressive menacerait les intérêts vitaux de la France », a conclu Kretinsky, soulignant que Totalenergies réalise l’essentiel de ses profits à l’étranger.

Un rapprochement récent entre Totalenergies et Kretinsky

Ces déclarations interviennent alors que Totalenergies et le groupe EPH, détenu par Daniel Kretinsky, ont finalisé en avril 2026 un accord stratégique. Dans ce cadre, Totalenergies a acquis 50 % d’une activité de production flexible d’électricité (centrales à gaz et à biomasse, batteries) appartenant à EPH, en échange de quoi Kretinsky est devenu actionnaire de Totalenergies à hauteur de environ 4 % du capital. Cette opération illustre les liens croissants entre les secteurs de l’énergie et de la grande distribution, tous deux sous tension face aux enjeux économiques et géopolitiques actuels.

Et maintenant ?

Les négociations autour de la restructuration de Casino devraient se poursuivre dans les prochains mois, avec l’espoir d’un accord à l’été 2026. Si aucune solution n’est trouvée, le groupe pourrait se tourner vers une décision de justice pour imposer un plan de redressement. Côté Totalenergies, le débat sur la taxation des super-profits risque de s’intensifier à l’approche de l’assemblée générale des actionnaires, prévue dans les prochaines semaines. Les prochaines décisions politiques sur ce dossier pourraient avoir un impact direct sur les investissements du groupe et, plus largement, sur la souveraineté énergétique française.

Pour Kretinsky, la situation actuelle exige des choix pragmatiques : « Il est impératif d’accepter la réalité, c’est-à-dire des pertes financières importantes, pour protéger la société qui mérite de prospérer ». Reste à savoir si les créanciers et les autorités françaises partageront cette vision.

Kretinsky, actionnaire principal depuis 2024, souligne que les hypothèses économiques initiales se sont révélées irréalistes, rendant la dette actuelle insoutenable. Il estime qu’un effondrement de Casino serait préjudiciable à son modèle économique, jugé « durable et pérenne », et que seule une restructuration ambitieuse peut éviter un défaut de paiement en 2027, alors que le groupe doit rembourser 1,4 milliard d’euros.

Selon Kretinsky, une taxation agressive pourrait dissuader Totalenergies d’investir en France, affaiblissant ainsi la souveraineté énergétique du pays. Il rappelle que Totalenergies joue un rôle clé dans la sécurité d’approvisionnement en carburants et que des mesures similaires prises par les États-Unis ou la Chine visent à renforcer leurs champions nationaux, et non à les affaiblir.