Plusieurs départements français viennent d’adopter des arrêtés rendant le port du casque obligatoire pour les utilisateurs de trottinettes électriques. Une initiative qui intervient alors que les services médicaux tirent la sonnette d’alarme face à l’augmentation des traumatismes crâniens chez les jeunes, comme le rapporte Ouest France.

Ce qu'il faut retenir

  • 5 départements ont déjà instauré l’obligation du casque pour les utilisateurs de trottinettes électriques en 2026
  • Les traumatismes crâniens chez les jeunes ont connu une hausse de 30 % depuis 2020, selon les données médicales
  • La mesure vise à réduire les risques d’accidents graves, notamment chez les moins de 18 ans
  • D’autres collectivités pourraient suivre l’exemple dans les mois à venir
  • Le débat sur une généralisation nationale s’intensifie

L’initiative, encore localisée, s’inscrit dans un contexte où les accidents impliquant des engins de déplacement personnel motorisés (EDPM) se multiplient. Côté départements, on justifie cette décision par la nécessité de protéger les usagers les plus vulnérables. « Les chutes à haute vitesse ou les collisions peuvent entraîner des lésions irréversibles », a expliqué le Dr Martin Lefèvre, chef du service de neurochirurgie au CHU de Rennes. Selon lui, « le casque réduit de 60 à 80 % les risques de traumatisme crânien grave ».

Ouest France souligne que cette tendance s’observe aussi bien en milieu urbain qu’en zone rurale. À titre d’exemple, le département des Côtes-d’Armor a enregistré 12 cas graves depuis le début de l’année, dont quatre impliquant des mineurs. « La mesure est d’autant plus urgente que les jeunes sont surreprésentés dans les statistiques », a précisé un responsable de l’Agence régionale de santé (ARS) de Bretagne. Les autorités locales espèrent ainsi inciter à une adoption massive du casque, alors que son port reste facultatif au niveau national.

Une mesure encore limitée, mais qui pourrait faire école

Pour l’instant, seuls cinq départements ont franchi le pas : les Côtes-d’Armor, le Morbihan, l’Ille-et-Vilaine, la Mayenne et la Sarthe. D’autres, comme la Loire-Atlantique, étudient sérieusement la possibilité de suivre leur exemple. « Nous échangeons avec nos homologues pour évaluer l’impact de ces arrêtés », a indiqué un élu local sous couvert d’anonymat. Selon lui, « l’objectif est de mesurer l’efficacité de la mesure avant d’envisager une généralisation ».

Cette approche progressive permet d’éviter les réactions trop vives de la part des associations d’usagers. Celles-ci reconnaissent l’intérêt de la mesure, mais s’interrogent sur son application concrète. « Obliger le port du casque, c’est bien, mais il faudrait aussi investir dans des infrastructures adaptées », a souligné Sophie Moreau, porte-parole de l’association « Mobilité douce pour tous ». Elle rappelle que « beaucoup de pistes cyclables restent inadaptées aux trottinettes électriques, ce qui augmente les risques d’accident ».

Un débat qui dépasse les frontières locales

Le sujet dépasse désormais le cadre départemental. À l’Assemblée nationale, certains députés réclament une loi encadrant strictement l’usage des EDPM. « La multiplication des arrêtés locaux crée une situation inéquitable », a déploré la députée LREM Claire Dubois. Elle a annoncé vouloir déposer une proposition de loi « avant la fin de l’année » pour harmoniser les règles. « Il est temps d’agir au niveau national pour éviter que chaque collectivité n’improvise sa propre réglementation », a-t-elle ajouté.

De son côté, le ministère des Transports reste prudent. « Nous suivons avec attention l’évolution de la situation », a indiqué un porte-parole, précisant que « toute mesure nationale doit s’appuyer sur des données fiables et concertées ». Un groupe de travail réunissant élus, médecins et associations doit rendre ses conclusions d’ici à la fin 2026.

Et maintenant ?

D’ici la fin de l’année, plusieurs départements pourraient adopter à leur tour l’obligation du casque. Côté législatif, le débat à l’Assemblée nationale pourrait aboutir à une première version de la loi avant l’été 2027. Les associations d’usagers, elles, réclament davantage de concertation avant toute généralisation. Quant aux utilisateurs, ils devront s’adapter : qu’ils soient en zone rurale ou urbaine, le port du casque pourrait bientôt devenir la norme.

Cette évolution interroge : dans quelle mesure une mesure locale peut-elle servir de modèle pour une politique nationale ? Et comment concilier sécurité et liberté de circulation ? Autant de questions qui resteront au cœur des débats dans les mois à venir.

Les départements des Côtes-d’Armor, du Morbihan, de l’Ille-et-Vilaine, de la Mayenne et de la Sarthe ont instauré cette obligation en 2026.

Selon le Dr Martin Lefèvre, chef du service de neurochirurgie au CHU de Rennes, le casque réduit de 60 à 80 % les risques de traumatisme crânien grave.