Selon Franceinfo - Culture, sept mois après le vol spectaculaire au musée du Louvre, l’enquête sur le braquage des joyaux de la couronne progresse. Quatre membres du commando présumé seront entendus cette semaine par un juge d’instruction, alors que les divergences entre leurs versions pourraient permettre d’éclaircir le mystère entourant la disparition des bijoux. L’enquête, menée par la Brigade de répression du banditisme, révèle un dispositif sophistiqué et des méthodes dignes du grand banditisme.

Ce qu'il faut retenir

  • Quatre suspects Slimane K., Ghelamallah A., Abdoulaye N. et Rachid H. sont mis en cause dans le braquage du Louvre survenu en novembre 2025.
  • Les bijoux ont été vus pour la dernière fois dans un parking d’Aubervilliers (Seine-Saint-Denis), 37 minutes après le vol.
  • Un cinquième homme, Achour, est suspecté d’avoir participé au casse et pourrait avoir fui vers le Maghreb avec le butin.
  • Les enquêteurs estiment que les suspects ont agi sans commanditaire extérieur, utilisant des techniques professionnelles comme des routeurs téléphoniques et des détecteurs de balises.
  • Les versions des suspects divergent, ce qui pourrait aider à reconstituer les faits et localiser les bijoux, estimés presque invendables en raison de leur valeur historique.

Un commando sous surveillance depuis le jour du vol

Le vol des joyaux de la couronne, survenu dans la nuit du 14 au 15 novembre 2025, avait marqué les esprits par son audace. Selon les éléments recueillis par Franceinfo - Culture, les enquêteurs ont rapidement ciblé un commando de quatre hommes, dont trois ont été incarcérés six jours après les faits. Slimane K., Ghelamallah A. et Abdoulaye N., tous âgés de 27 à 39 ans et originaires de Seine-Saint-Denis, ont été identifiés grâce à leur ADN laissé sur les lieux. Un quatrième homme, Rachid H., propriétaire d’un parking à Aubervilliers et d’une voiture blanche, est resté en liberté sous surveillance.

Pour les investigators, Rachid H. occupe une place centrale dans l’organisation. Les écoutes téléphoniques révèlent des échanges troublants avec sa compagne, où il évoque les bijoux sous le terme « les trucs ». Dans un message écrit, il déclare : « Pour le moment, il ne faut pas me parler d’argent, je n’ai pas une thune. Il m’a dit : ‘Les trucs, ils sont où ?’ Je lui dis : ‘T’inquiète pas pour les trucs’ ». Ces éléments suggèrent qu’il pourrait être le meneur du groupe.

Un cinquième homme dans la ligne de mire des enquêteurs

L’enquête a également mis en lumière l’existence d’un cinquième suspect, un certain Achour, jamais officiellement identifié. Dans les échanges interceptés, Rachid H. évoque sa crainte d’avoir été vu en sa compagnie : « Achour, j’étais avec lui deux jours avant. Il s’est taillé au bled ». Pour les policiers, Achour pourrait avoir emporté les bijoux au Maghreb ou les avoir cachés près d’Aubervilliers. Deux hypothèses privilégiées par les enquêteurs, qui peinent encore à localiser le butin.

Le commissaire général Pascal Carreau, patron de la Brigade de répression du banditisme, a confirmé à Franceinfo - Culture que le commando a agi de manière autonome. « La procédure ne montre pas qu’il y a un commanditaire. Leur opération est bien montée, on a vu au cours des perquisitions qu’ils utilisaient des méthodes professionnelles. Par exemple, ils utilisaient des routeurs téléphoniques et des détecteurs de balises. C’est la marque de dispositif utilisée par le grand banditisme », a-t-il précisé.

Des versions contradictoires entre les suspects

Les divergences entre les déclarations des mis en examen pourraient jouer en faveur de l’enquête. L’avocate Me Sarag Mouger-Poliak, qui représente l’un des suspects, a souligné ces contradictions : « Ce qui est certain, c’est que les versions diffèrent entre les différents mis en examen. Donc, a minima, il va falloir s’accorder et comprendre ce qu’il en est ». Ces écarts pourraient révéler des incohérences dans les récits ou, au contraire, aider à reconstituer la chronologie des événements.

Dès le début de l’enquête, les écoutes avaient déjà révélé un groupe peu soudé. Dans une conversation interceptée, Rachid H. critiquait ouvertement l’un de ses complices : « Il s’est blessé, il a laissé son ADN sur la vitre, et l’autre, ce gogolito de première, lui, c’est une erreur. Il a dit ‘on m’a envoyé’, mais moi, je le connais pas ». Ces tensions internes pourraient expliquer certaines failles dans la préparation du braquage.

Un butin quasi invendable, selon les enquêteurs

Le commissaire Carreau a estimé que le butin, composé de pierres anciennes de grande valeur, serait « très difficile à receler ». « Il faut trouver un acheteur prêt à mettre une somme considérable pour récupérer des objets qu’il va laisser dans un coffre sans en parler jamais à personne. Vous avez des pierres de taille ancienne, très difficiles à retailler, avec une qualité qui n’est plus admissible aujourd’hui en haute joaillerie », a-t-il expliqué. Cette difficulté à écouler les bijoux pourrait pousser les suspects à révéler leur cachette, espérant ainsi bénéficier d’une clémence judiciaire.

Et maintenant ?

Cette semaine, les quatre suspects entendus par un juge d’instruction devront s’expliquer sur les divergences de leurs versions. Les enquêteurs devraient exploiter ces contradictions pour tenter de percer le mystère de la disparition des joyaux. Si les bijoux ne sont pas retrouvés rapidement, l’enquête pourrait s’orienter vers une piste internationale, notamment si Achour est effectivement parti au Maghreb avec le butin. Une audition des suspects dans les prochains jours pourrait apporter des éléments décisifs, alors que l’enquête approche de sa phase décisive.

En attendant, le mystère reste entier : les bijoux sont-ils encore cachés en région parisienne, ou ont-ils déjà franchi les frontières ? Les prochaines semaines seront déterminantes pour la suite de cette affaire qui a marqué l’histoire judiciaire française.

Selon le commissaire Pascal Carreau, les pierres anciennes volées, de taille et de qualité historique, sont quasi impossibles à retailler pour les adapter aux standards actuels de la haute joaillerie. Leur valeur réside précisément dans leur état d’origine, ce qui les rend invendables sur le marché légal. Les acheteurs potentiels devraient accepter de laisser les bijoux dans un coffre sans jamais en parler, ce qui limite considérablement les possibilités de revente.