Catherine Pégard, figure discrète mais déterminée, succède à une ministre de la Culture très médiatique au ministère de la Rue de Valois. Si sa méthode a jusqu’ici porté ses fruits, elle devra désormais s’exposer davantage alors que les travaux du « Grand Louvre » s’apprêtent à débuter, selon Le Figaro.

Ce qu'il faut retenir

  • Catherine Pégard, ancienne journaliste, prend ses fonctions dans un contexte où le ministère de la Culture est critiqué pour son manque de moyens (« réduit à peau de chagrin », selon les sénateurs).
  • Elle participera au Festival de Cannes dès le 16 mai, avec une montée des marches aux côtés du réalisateur Javier Bardem après une réunion des ministres européens de la Culture.
  • Connue pour son élégance sobre — costumes noirs, bleus marine ou beiges —, elle assume son image de femme discrète, loin des excès médiatiques.
  • À l’Élysée, son profil BCBG et son silence calculé avaient séduit l’entourage d’Emmanuel Macron, où elle a passé plusieurs mois à traiter des dossiers en coulisses.
  • Son premier défi public sera de justifier le budget restreint du ministère, alors que les critiques fusent, notamment sur la gestion des festivals comme celui d’Angoulême.

Catherine Pégard incarne une rupture avec ses prédécesseurs. À l’inverse de figures tapageuses, elle cultive l’image d’une femme de l’ombre, habituée aux dossiers épais et aux négociations discrètes. Pourtant, son entrée en scène à Cannes le 16 mai prochain marquera un tournant. Ce soir-là, après avoir réuni ses homologues européens, elle partagera la célèbre montée des marches avec le réalisateur espagnol Javier Bardem — une scène aussi protocolaire que symbolique pour une ministre qui doit désormais incarner une politique culturelle sous les projecteurs.

« Je sais bien que l’on me décrit souvent comme étant une femme discrète. C’est ma nature, il suffit de me regarder, d’ailleurs », a-t-elle confié quelques jours avant ce rendez-vous cannois, lors d’un déjeuner « léger ». Une déclaration qui résume son approche : éviter les polémiques vestimentaires ou médiatiques. Autant dire que la tenue noire, bleue marine ou beige qu’elle arbore systématiquement tranchera avec les extravagances de certains galas internationaux, comme celui du Met de New York.

Son parcours est celui d’une technicienne de la culture plutôt que d’une personnalité politique. Journaliste de formation, elle a rejoint l’Élysée en 2017, où elle a œuvré dans l’ombre d’Emmanuel Macron, notamment sur des dossiers sensibles. « Elle était bonne camarade… » glisse un collaborateur de l’époque, soulignant son sens du dialogue et son absence de posture médiatique. Une qualité qui a séduit le président, mais qui pourrait devenir un handicap dans un ministère où la visibilité est souvent synonyme de légitimité.

Les défis ne manquent pas. Les sénateurs ont récemment dénoncé un ministère « réduit à peau de chagrin », un constat qui place Pégard face à un dilemme : comment défendre une politique culturelle ambitieuse avec des moyens en berne ? Le cas du festival d’Angoulême, en crise ouverte, illustre ces tensions. Catherine Pégard a été appelée à la rescousse pour trouver une issue, une mission qui pourrait préfigurer ses futurs arbitrages.

À Cannes, elle devra aussi convaincre les professionnels du secteur de la pertinence des choix budgétaires du gouvernement. Entre les promesses du « Grand Louvre » — dont les travaux doivent démarrer prochainement — et les attentes des artistes, la marge de manœuvre semble étroite. Les critiques sur le manque de financements pour les festivals ou les institutions résonnent comme un avertissement avant même son premier discours public.

Pourtant, ceux qui l’ont côtoyée à l’Élysée saluent sa capacité à naviguer dans les couloirs du pouvoir sans s’y perdre. Son profil BCBG, hérité de son passage dans le monde de la presse et de l’art, lui vaut une réputation de femme cultivée et respectueuse des codes. Une image qui contraste avec celle de sa prédécesseure, Rachida Dati, souvent associée à des prises de position spectaculaires. « Je suis là pour défendre la politique du gouvernement », avait-elle indiqué lors de sa nomination, une phrase qui résume sa feuille de route : loyauté et discrétion.

Reste à savoir si cette stratégie suffira. En politique culturelle, les résultats se mesurent autant en budgets alloués qu’en projets aboutis. Or, avec un ministère sous tension et des attentes croissantes des acteurs du secteur, Catherine Pégard devra bientôt choisir entre continuer à jouer les seconds rôles ou endosser pleinement le costume de ministre — celui qui assume les choix et en répond.

Et maintenant ?

La prochaine étape pour Catherine Pégard sera de transformer sa discrétion en action. D’ici la fin du mois, elle devrait présenter ses premières orientations pour le ministère, notamment sur le dossier du « Grand Louvre ». Les professionnels du secteur attendent aussi des clarifications sur les financements des festivals, un point de friction récurrent. Enfin, son passage à Cannes pourrait lui offrir une tribune inattendue pour dessiner les contours de sa politique culturelle.

La question reste entière : une ministre discrète peut-elle incarner une politique culturelle ambitieuse dans un contexte de restrictions budgétaires ? La réponse dépendra moins de ses déclarations que de sa capacité à faire entendre sa voix — et celle du gouvernement — dans les arènes où se jouent les grands débats culturels.

Catherine Pégard incarne l’antithèse de l’ancienne ministre Rachida Dati, connue pour ses prises de position médiatisées et son style percutant. Pégard, en revanche, cultive une image de discrétion, de sobriété vestimentaire et de technicité, évitant les polémiques pour se concentrer sur l’action administrative. Cette opposition de style reflète deux approches distinctes de la communication politique au sein du même gouvernement.