Le gouvernement espagnol de Pedro Sánchez maintient sa décision de fermer la centrale nucléaire d’Almaraz, située en Estrémadure, d’ici 2028. Une échéance qui inquiète profondément les habitants de la région, où le site emploie directement ou indirectement quelque 4 000 personnes et représente 5 % du PIB local. Selon BFM Business, cette fermeture, initialement programmée pour 2027-2028, pourrait encore être repoussée sous la pression des actionnaires, alors que le pays cherche à accélérer sa transition énergétique vers les renouvelables.

Ce qu'il faut retenir

  • La centrale nucléaire d’Almaraz, qui produit 7 % de l’électricité espagnole, doit fermer en 2027 (réacteur n°1) et 2028 (réacteur n°2), selon le calendrier fixé par le gouvernement en 2019.
  • Le site emploie 800 salariés permanents et jusqu’à 200 contractuels pendant les phases de rechargement en combustible, avec des salaires pouvant atteindre 6 000 euros par mois pour certains.
  • La région d’Estrémadure, déjà défavorisée, craint un « désastre démographique » en cas de fermeture, avec la disparition de dizaines de communes et une chute des revenus locaux.
  • Un collectif citoyen, « Sí a Almaraz, Sí al Futuro », et des élus locaux mènent un combat pour prolonger l’activité de la centrale jusqu’en 2030, malgré l’objectif gouvernemental de sortir du nucléaire d’ici 2035.
  • Le ministère de la Transition écologique doit rendre sa décision avant fin octobre 2026, après un avis technique de l’Autorité de sûreté nucléaire espagnole (CSN) attendu en juillet.

Un village de 1 500 habitants dépendant à 100 % de la centrale

Dans le petit village d’Almaraz, en Estrémadure, la centrale nucléaire est bien plus qu’un simple site industriel : elle est le poumon économique de la région. Avec seulement 1 500 habitants, le village vit au rythme des deux réacteurs, dont les coupoles blanches dominent le paysage. Chaque année, des centaines de travailleurs temporaires affluent pour les opérations de rechargement en combustible, un ballet qui anime aussi les commerces locaux.

José Antonio Morgado, mécanicien embauché depuis 1989 lors de ces opérations, touche jusqu’à 6 000 euros par mois pendant ces périodes. « C’est triste qu’ils veuillent la fermer », confie-t-il dans un restaurant du village, où l’activité dépend à 80 % des employés de la centrale. David Martín, 32 ans, gérant de l’établissement repris à ses parents, sert entre 250 et 260 repas par jour lors des rechargements, contre 70 à 80 habituellement. Sans la centrale, il devrait licencier la moitié de ses 12 salariés et limiter son activité à une quarantaine de repas quotidiens. « Ce serait un désert ici », alerte-t-il.

Un collectif citoyen et des élus locaux en première ligne

Pour tenter de peser sur la décision gouvernementale, un collectif citoyen baptisé « Sí a Almaraz, Sí al Futuro » (« Oui à Almaraz, Oui au Futur ») a été créé début 2025. À sa tête figure Fernando Sánchez Castilla, employé depuis plus de 15 ans à la centrale et maire d’une commune voisine. Il met en garde contre un scénario catastrophe : « Des dizaines de communes sont condamnées à disparaître », estime-t-il, évoquant le rôle clé du site dans l’économie régionale. 4 000 emplois directs et indirects sont en jeu, ainsi que 5 % du PIB de l’Estrémadure, selon ses calculs.

La centrale d’Almaraz, exploitée par trois groupes privés, a obtenu en 2025 le niveau d’excellence international en sûreté nucléaire (WANO 1). Patricia Rubio Oviedo, responsable du bureau technique d’exploitation, souligne que « la centrale est préparée pour continuer à fonctionner de nombreuses années ». Elle rappelle aussi l’utilité du nucléaire pour « maintenir des prix abordables » et assurer une « stabilité » de l’approvisionnement en électricité, 24 heures sur 24, contrairement aux énergies renouvelables, dont la production est variable.

Madrid persiste dans sa stratégie de sortie du nucléaire

Malgré ces arguments, le gouvernement de Pedro Sánchez maintient son objectif de porter la part des énergies renouvelables dans le mix électrique espagnol de 60 % actuellement à 81 % en 2030, avant une sortie totale du nucléaire en 2035. Une ambition qui contraste avec les appels récents de la Commission européenne, qui a invité les Vingt-Sept à « éviter la mise à l’arrêt prématurée des capacités nucléaires existantes » pour « réduire le recours aux énergies fossiles ».

Francisco del Pozo Campos, porte-parole de Greenpeace Espagne, défend pour sa part une ligne radicale : « Le gouvernement doit être courageux. Il ne peut pas changer d’opinion, car sa crédibilité est en jeu », déclare-t-il. Il évoque un « surcoût important pour le consommateur » et une « perte d’investissements dans les renouvelables de quelque 26 milliards d’euros » en cas de prolongation de la centrale jusqu’en 2030.

Quelles solutions pour l’emploi local ?

Face à l’inquiétude grandissante, le ministère de la Transition écologique assure déjà « travailler sur des mesures de soutien et d’accompagnement » pour les travailleurs d’Almaraz. Parmi les pistes évoquées figure la reconversion professionnelle au sein d’une future usine de batteries pour véhicules électriques, qu’un groupe chinois doit ouvrir à une quinzaine de kilomètres du site. Une solution qui ne convainc pas totalement les habitants. « Si ces familles s’en vont, qu’allons-nous faire ? », s’interroge David Martín, le restaurateur, sceptique quant à la capacité de l’usine chinoise à absorber l’ensemble des emplois menacés.

L’avis technique de l’Autorité de sûreté nucléaire espagnole (CSN) doit être rendu public en juillet 2026. Le ministère de la Transition écologique rendra ensuite sa décision définitive avant fin octobre, comme l’a confirmé le gouvernement. Entre-temps, le débat reste vif dans cette région rurale où la centrale incarne à la fois un symbole industriel et un rempart contre le déclin démographique.

Et maintenant ?

D’ici la fin octobre 2026, le gouvernement espagnol devra trancher entre prolonger l’activité de la centrale nucléaire d’Almaraz jusqu’en 2030 ou maintenir son calendrier initial de fermeture d’ici 2028. La décision, qui dépendra en partie de l’avis technique de la CSN attendu en juillet, pourrait être influencée par les pressions des actionnaires du site et les impératifs de la transition énergétique. Dans tous les cas, des mesures d’accompagnement pour les 4 000 emplois menacés devraient être dévoilées prochainement, même si leur efficacité reste à prouver.

Les habitants d’Almaraz, eux, continuent de brandir des pancartes « Almaraz, ne ferme pas », tandis que les élus locaux multiplient les démarches pour sauver un site qui, pour eux, est bien plus qu’une simple infrastructure énergétique.

Le gouvernement de Pedro Sánchez mise sur une accélération de la transition énergétique, avec pour objectif de porter la part des énergies renouvelables à 81 % d’ici 2030 et de sortir entièrement du nucléaire d’ici 2035. La fermeture d’Almaraz s’inscrit dans cette stratégie, malgré les appels de la Commission européenne à éviter des arrêts prématurés de centrales nucléaires.

La région craint un « désastre démographique » avec la disparition de dizaines de communes et la perte de 5 % de son PIB local. Les 4 000 emplois directs et indirects liés à la centrale sont en jeu, ainsi que les revenus des commerces et services locaux, très dépendants de l’activité du site.