L'intelligence artificielle est devenue un champ de bataille technologique où Nvidia règne en maître. Pourtant, une entreprise californienne, Cerebras Systems, mise sur une approche radicalement différente pour bousculer l'ordre établi. Selon BFM Business, cette société a été au cœur d'un débat dans l'émission Tech & Co ce mardi 5 mai 2026, aux côtés d'experts du secteur.
Ce qu'il faut retenir
- Cerebras Systems est présenté comme le principal challenger de Nvidia dans le domaine des puces dédiées à l'IA, avec une technologie basée sur des wafers entiers plutôt que sur des GPU classiques.
- L'entreprise a été évoquée dans l'émission Tech & Co sur BFM Business, aux côtés de Frédéric Krebs (Krebs & Partners), Clément David (Theodo Cloud) et Lucas Perraudin (AI to market).
- Le débat a également porté sur d'autres sujets majeurs : les robots policiers chinois, le projet de Meta de devenir l'Android des robots, et les ambitions de Trump en matière de régulation de l'IA.
Fondée en 2016, Cerebras Systems se distingue par une technologie de rupture : au lieu de concevoir des puces individuelles, elle utilise des wafers de silicium entiers — des tranches de semi-conducteurs de 300 mm de diamètre — pour créer des processeurs dédiés à l'IA. Cette approche, baptisée WSE-3, permet d'intégrer des centaines de milliards de transistors sur une seule puce, offrant ainsi une puissance de calcul inédite pour les modèles d'apprentissage profond.
Dans l'émission Tech & Co, Frédéric Krebs, président de Krebs & Partners, a souligné que Cerebras mise sur une « stratégie de différenciation radicale » en ciblant les centres de données et les entreprises ayant besoin de traiter d'énormes volumes de données en temps réel. « Leur architecture leur permet de réduire drastiquement les temps d'entraînement des modèles d'IA », a-t-il expliqué. Clément David, président de Theodo Cloud, a pour sa part rappelé que cette technologie pourrait séduire les acteurs du cloud computing cherchant à optimiser leurs coûts énergétiques et leurs performances.
Les enjeux sont colossaux : le marché des puces pour l'IA devrait dépasser les 100 milliards de dollars d'ici 2027, selon les projections de l'industrie. Nvidia domine actuellement ce secteur avec plus de 80 % de parts de marché, mais des acteurs comme AMD, Intel ou encore Google (avec ses TPU) tentent de grignoter des parts. Cerebras, bien que encore marginal en volume, séduit par son innovation technique. « Leur approche est disruptive, mais il leur reste à prouver qu'ils peuvent passer à l'échelle industrielle », a nuancé Lucas Perraudin, président d'AI to market.
Une rivalité technologique qui s'intensifie
Le débat autour de Cerebras s'inscrit dans un contexte plus large de tensions technologiques et géopolitiques. L'administration Trump, évoquée dans la même émission, envisage en effet de mettre en place un système d'homologation obligatoire des modèles d'IA avant leur commercialisation aux États-Unis. Cette mesure, si elle est adoptée, pourrait renforcer la position des entreprises américaines comme Nvidia ou Cerebras, tout en compliquant l'entrée de concurrents étrangers sur le marché.
Parallèlement, Apple a annoncé vouloir réduire sa dépendance à TSMC, son fournisseur historique de puces, en diversifiant sa production avec des partenariats avec Intel et Samsung. Une stratégie qui pourrait indirectement bénéficier à des acteurs comme Cerebras, si ces collaborations s'orientent vers des technologies alternatives pour l'IA.
Les autres sujets abordés dans l'émission : robots policiers et Android des robots
L'émission Tech & Co a également exploré deux autres tendances majeures : le déploiement de robots policiers en Chine pour réguler la circulation, et le projet de Meta de devenir l'Android des robots. Concernant les robots policiers, la Chine teste depuis 2025 des machines autonomes équipées d'IA pour gérer les feux tricolores et verbaliser les infractions. Une initiative qui suscite des questions sur la surveillance de masse et l'acceptation par les citoyens.
Quant à Meta, le groupe de Mark Zuckerberg ambitionne de créer un système d'exploitation universel pour robots, similaire à Android pour smartphones. L'objectif ? Standardiser les interactions entre machines et accélérer l'adoption de l'IA embarquée dans des objets du quotidien. « Si Meta réussit, cela pourrait redéfinir les rapports de force dans l'écosystème robotique », a commenté Clément David.
Un point reste certain : dans la course à l'IA, l'innovation technique ne suffit plus. Il faut aussi convaincre les industriels, les gouvernements et les utilisateurs finaux. Cerebras a l'atout de sa technologie, mais son succès dépendra de sa capacité à s'imposer dans un écosystème où Nvidia reste un colosse aux pieds d'argile… mais toujours debout.
Cerebras mise sur cette technologie pour maximiser la puissance de calcul tout en réduisant la consommation énergétique et les coûts de fabrication. En intégrant des centaines de milliards de transistors sur une seule puce, la société réduit les goulots d'étranglement liés aux interconnexions entre puces classiques. Selon Frédéric Krebs, cité par BFM Business, cette approche permet d'atteindre des performances « inégalées » pour l'entraînement des modèles d'IA à grande échelle.