Les opérations de ratissage se poursuivent ce samedi 8 août 2026 à Ceuta, où les forces de sécurité espagnoles passent la ville au peigne fin, quartier par quartier, pour retrouver les migrants encore présents sur place. Selon Euronews FR, au moins 48 300 personnes ont déjà regagné le Maroc depuis le début de l’afflux massif de jeudi. Malgré ces retours, des groupes isolés tentent encore de se dissimuler dans l’enclave espagnole, espérant échapper aux contrôles militaires.
Ce qu'il faut retenir
- 48 300 migrants déjà rentrés au Maroc depuis le début de la crise migratoire à Ceuta.
- Des barrières flottantes installées en mer pour empêcher de nouvelles traversées depuis le Maroc.
- Le gouvernement espagnol évoque un retour « presque inversé » de la crise, mais la réalité reste contrastée sur le terrain.
- Les États-Unis ont relevé leur niveau d’alerte voyage pour Ceuta, passant au niveau 3.
- À Melilla, autre enclave espagnole, les contrôles frontaliers ont été temporairement resserrés après une tentative d’entrée irrégulière.
- 67 morts en mer ces derniers jours, un bilan humain qui pèse sur les retours volontaires des migrants.
Une ville sous surveillance militaire
Dès l’aube, les militaires espagnols ont quadrillé Ceuta, fouillant chaque rue et chaque bâtiment pour localiser les migrants encore dissimulés. La plupart des arrivées massives de jeudi ont déjà quitté la ville, mais des petits groupes persistent, se cachant dans les zones urbaines ou près des plages. Sur la place de la Constitution, un convoi de militaires encadre des dizaines de migrants marocains en direction de la plage de la Ribera, d’où ils seront reconduits vers la frontière.
Certains tentent de s’échapper en cours de route pour retourner vers le centre-ville, où ils espèrent échapper aux patrouilles. Leur objectif : atteindre la plage du Tarajal, point historique de passage vers le Maroc. Pour éviter de nouvelles traversées, les autorités ont déployé des barrières flottantes en mer, tout en maintenant une présence militaire constante le long de la promenade maritime.
Malgré ces mesures, des migrants continuent de se dissimuler au pied des murs de pierre, tentant d’échapper au regard des soldats. La situation reste tendue, même si les autorités locales affirment que la crise s’atténue progressivement.
Le gouvernement espagnol minimise la crise, mais la réalité est plus contrastée
Le ministre espagnol de l’Intérieur, Fernando Grande-Marlaska, a déclaré ce samedi que la situation « s’est presque inversée », suggérant un retour à la normale. Pourtant, sur place, la réalité semble bien différente. Julián López, journaliste d’Euronews FR présent à Ceuta, confirme la présence de milliers de migrants encore dispersés dans la ville.
Des images nocturnes partagées par Juan Bravo Baena, vice-secrétaire aux Finances du Parti populaire, ont révélé la persistance de groupes importants près des zones résidentielles. Le ministère de l’Intérieur actualise en temps réel le nombre de retours, mais le chiffre continue d’augmenter au fil des heures, signe que la crise n’est pas encore totalement résolue.
Par ailleurs, les services municipaux s’emploient à rétablir les infrastructures de base, mises à rude épreuve par l’afflux soudain d’une population multipliée par plusieurs en quelques jours. L’enclave, habituellement peuplée d’environ 85 000 habitants, a vu sa démographie exploser en quelques heures.
Le coût humain de la traversée
Derrière les chiffres, il y a des drames humains. Beaucoup des migrants ayant choisi de rentrer volontairement au Maroc sont des jeunes hommes ayant assisté à la mort d’au moins 67 personnes en mer ces derniers jours. Ce bilan tragique, bien plus que la pression policière, semble avoir joué un rôle décisif dans leur décision de repartir.
Les survivants décrivent des traversées périlleuses, souvent dans des embarcations de fortune, où les naufrages sont fréquents. Les vagues de retours s’accompagnent désormais de mesures de dissuasion en mer, avec des barrières conçues pour empêcher de nouveaux départs. Pourtant, malgré ces obstacles, certains persistent à tenter leur chance, mettant en lumière l’ampleur des désespoirs qui poussent à l’exil.
Les autorités locales, confrontées à cette crise, doivent aussi gérer les besoins immédiats des migrants encore présents : nourriture, hébergement temporaire et soins médicaux. Une logistique complexe dans une ville dont les ressources ont été mises à rude épreuve.
Melilla renforce ses contrôles, les États-Unis s’alarment
De l’autre côté du détroit, à Melilla, autre enclave espagnole en Afrique du Nord, les autorités ont temporairement resserré les contrôles frontaliers. Après une tentative d’entrée irrégulière détectée dans la soirée de vendredi, le passage terrestre de Beni Enzar a été réduit à une puis deux voies pour les véhicules, contre vingt auparavant. Le passage piéton fonctionne désormais dans les deux sens, en fonction de l’évolution de la situation.
Cette mesure temporaire reflète la nervosité des autorités face à la pression migratoire. À Ceuta, l’afflux massif a conduit l’Espagne à déployer l’armée, la Police nationale et la Garde civile pour rétablir l’ordre et faciliter les retours organisés.
Aux États-Unis, le département d’État a réagi en relevant au niveau 3 son avertissement de voyage pour Ceuta, tout en maintenant le niveau 2 pour le reste de l’Espagne. Dans un communiqué, Washington souligne que « l’arrivée massive et incontrôlée de migrants en provenance du Maroc peut donner lieu à des situations de sécurité imprévisibles et dangereuses ». Le département d’État rappelle également que l’Espagne a mobilisé des moyens militaires exceptionnels pour faire face à la crise.
Cette crise met en lumière les tensions persistantes aux frontières de l’Union européenne, où les enclaves espagnoles de Ceuta et Melilla restent des points de passage majeurs pour les migrants africains fuyant la pauvreté ou les conflits. Les prochaines semaines seront cruciales pour évaluer l’efficacité des mesures mises en place et leur impact sur les flux migratoires en Méditerranée.
Le département d’État américain a justifié cette décision par « l’arrivée massive et incontrôlée de migrants en provenance du Maroc, susceptible de générer des situations de sécurité imprévisibles ». Washington rappelle également que l’Espagne a déployé l’armée et les forces de l’ordre pour gérer la crise, signe de son ampleur.