L’enclave espagnole de Ceuta, située au nord du Maroc, fait face à un afflux sans précédent de migrants en provenance du territoire marocain. Selon Le Figaro, près de 60 000 personnes ont franchi illégalement la frontière en trois jours, un chiffre qui dépasse largement les capacités d’accueil d’une ville de seulement 84 000 habitants. Ce nouvel épisode réactive les tensions historiques entre Rabat et Madrid, déjà mises à rude épreuve lors de la crise migratoire de 2021.

Ce qu'il faut retenir

  • 60 000 migrants sont entrés à Ceuta en trois jours, selon les dernières estimations du gouvernement espagnol et des sources policières citées par Le Figaro.
  • Ce chiffre représente 70 % de la population locale, soit plus de la moitié des habitants de l’enclave.
  • Plus de la moitié des arrivants ont déjà quitté Ceuta, mais le flux continue d’affluer vendredi matin, selon les autorités.
  • Les forces de l’ordre espagnoles se retrouvent débordées, incapables de contenir l’afflux massif.
  • Cette crise relance les tensions entre le Maroc et l’Espagne, comme lors de l’afflux de 2021.

Un flux migratoire record en quelques jours

Les autorités espagnoles ont d’abord estimé à 50 000 le nombre de migrants entrés à Ceuta depuis le Maroc, avant que certaines sources policières ne revoient ce chiffre à la hausse, atteignant 60 000. Ces entrées massives surviennent après la propagation de rumeurs évoquant une possible ouverture de la frontière entre les deux pays. Dès jeudi soir, des groupes de migrants ont commencé à traverser, profitant d’un relâchement temporaire des contrôles marocains. Vendredi matin, le flux n’avait pas cessé : « Il y a eu une arrivée constante de personnes toute la nuit », a indiqué une source policière à l’AFP, citée par Le Figaro. « Elles continuent d’arriver » ce vendredi matin, a-t-elle précisé.

À ce rythme, le nombre de migrants présents simultanément sur le territoire de Ceuta a dépassé les 38 000 personnes en début d’après-midi vendredi, selon le ministère de l’Intérieur espagnol. Ce chiffre, déjà exceptionnel, reste en constante évolution, rendant toute estimation précise difficile. Les autorités locales, dépassées par l’ampleur de la crise, n’ont pas manqué de souligner l’ampleur du défi.

Une enclave espagnole au bord de la saturation

Ceuta, petite ville fortifiée de 28 km², n’est absolument pas préparée à accueillir un tel nombre de personnes. Juan Jesus Vivas, président du gouvernement local, a tiré la sonnette d’alarme : « Cela représente 70 % de la population de Ceuta. » Les infrastructures sanitaires, sociales et sécuritaires de l’enclave sont saturées, obligeant les autorités à organiser des transferts vers d’autres régions espagnoles. Les conditions de vie des migrants, entassés dans des centres de rétention ou dans des camps de fortune, se dégradent rapidement.

Les tensions entre les migrants et les forces de l’ordre se multiplient. Les contrôles sont renforcés, mais l’afflux continue, alimenté par des réseaux de passeurs toujours plus actifs. La situation rappelle celle de mai 2021, lorsque des milliers de migrants avaient profité d’un relâchement des contrôles marocains pour entrer à Ceuta, provoquant une crise diplomatique entre les deux pays. À l’époque, Madrid avait accusé Rabat de « jouer avec la vie des migrants » pour faire pression sur l’Espagne.

Madrid et Rabat face à une crise diplomatique

Cette nouvelle crise migratoire intervient dans un contexte de relations déjà tendues entre l’Espagne et le Maroc. Depuis plusieurs années, les deux pays se livrent une bataille d’influence autour de Ceuta et Melilla, les deux enclaves espagnoles situées en Afrique du Nord. Le Maroc revendique la souveraineté sur ces territoires, considérés comme des « taches coloniales ». En 2021, la crise avait culminé lorsque le Maroc avait laissé passer des milliers de migrants vers Ceuta, en représailles à l’accueil en Espagne du leader du Front Polisario, Brahim Ghali, pour des raisons médicales.

Cette fois encore, les autorités espagnoles ont rapidement pointé du doigt le Maroc. « Il est clair que les contrôles ont été relâchés », a déclaré une source gouvernementale sous couvert d’anonymat. Rabat, de son côté, n’a pas réagi officiellement, mais les médias marocains ont évoqué des « manœuvres politiques » de l’Espagne pour détourner l’attention des problèmes internes. La question migratoire reste un sujet explosif dans les relations entre les deux pays, et cette nouvelle crise ne fait qu’attiser les tensions.

« Cela représente 70 % de la population de Ceuta. »
— Juan Jesus Vivas, président du gouvernement local de Ceuta

Et maintenant ?

Les autorités espagnoles ont annoncé le renforcement des contrôles aux frontières et la coordination avec Frontex, l’agence européenne de garde-frontières, pour tenter de stabiliser la situation. Un sommet d’urgence entre l’Espagne, le Maroc et l’Union européenne pourrait avoir lieu d’ici la fin de la semaine, selon des sources diplomatiques. Dans l’immédiat, Madrid mise sur des transferts massifs de migrants vers d’autres régions pour soulager Ceuta, mais la crise pourrait s’étendre si l’afflux persiste.

La Commission européenne a déjà proposé son soutien logistique et financier, mais l’Espagne devra trouver une solution durable pour gérer cette crise humanitaire et diplomatique. Quant au Maroc, son rôle dans la régulation des flux migratoires restera au cœur des discussions, dans un contexte où Rabat utilise régulièrement la pression migratoire comme levier politique.

Les autorités espagnoles et plusieurs observateurs estiment que Rabat utilise la pression migratoire comme un levier politique. En 2021, le Maroc avait déjà laissé passer des milliers de migrants vers Ceuta après l’accueil en Espagne du leader du Front Polisario, Brahim Ghali. Cette stratégie vise à faire pression sur Madrid sur des sujets de souveraineté ou de coopération.