Alors que les vagues de chaleur se multiplient et s’intensifient en Europe du Sud, les législations nationales tentent d’évoluer pour protéger les travailleurs. Pourtant, ces avancées restent limitées et bien en deçà des attentes des syndicats. Selon Le Monde, l’Espagne et l’Italie ont récemment adapté leurs cadres juridiques, sans pour autant répondre pleinement aux enjeux posés par les températures extrêmes.

Ce qu'il faut retenir

  • L’Espagne a instauré un « congé climatique » pour les salariés exposés à des conditions de travail dangereuses en cas de canicule.
  • En Italie, un chômage partiel est désormais autorisé en cas de vague de chaleur exceptionnelle, mais sous conditions strictes.
  • Les syndicats dénoncent des mesures insuffisantes face à l’urgence climatique et sanitaire.
  • Les températures records de l’été 2025 et 2026 ont accéléré les discussions, sans aboutir à des réformes structurelles.
  • Les secteurs les plus exposés (BTP, agriculture, logistique) restent en première ligne face aux risques accrus.

Les vagues de chaleur de plus en plus fréquentes et intenses en Europe du Sud imposent une adaptation urgente des politiques de protection des travailleurs. Comme le rapporte Le Monde, l’Espagne a été l’un des premiers pays à agir en instaurant, dès 2023, un « congé climatique ». Ce dispositif permet aux salariés de suspendre leur activité lorsque les températures dépassent un seuil critique, sans perte de salaire. Pourtant, son application reste restrictive : seuls certains métiers jugés « à risque » y ont accès, excluant une grande partie des travailleurs précaires.

De son côté, l’Italie a choisi une approche différente en autorisant, depuis le début de l’été 2026, le recours au chômage partiel en cas de canicule exceptionnelle. « Cette mesure vise à protéger les salariés tout en évitant une surcharge des entreprises », a expliqué la ministre italienne du Travail, Daniela Santanchè, lors d’une conférence de presse le 15 juin 2026. Mais les syndicats italiens, comme la CGIL, critiquent un dispositif trop rigide. « Le seuil de température déclenchant cette mesure est trop élevé, et les employeurs peuvent facilement contourner les règles », a dénoncé Susanna Camusso, secrétaire générale de la CGIL, dans un entretien au Corriere della Sera.

En France, où les températures ont également battu des records en juin 2026, le gouvernement n’a pas encore suivi cette voie. Les syndicats français, comme la CFDT, réclament pourtant l’instauration d’un « droit à la déconnexion thermique » pour les métiers en extérieur. « On ne peut plus attendre », a martelé Laurent Berger, secrétaire général de la CFDT, lors d’un meeting à Lyon le 25 juin. « Les employeurs doivent assumer leurs responsabilités face aux risques sanitaires liés aux canicules. »

Les secteurs les plus exposés, comme le BTP, l’agriculture ou la logistique, sont particulièrement concernés. En Espagne, le secteur du bâtiment a enregistré une hausse de 15 % des accidents du travail liés à la chaleur entre 2020 et 2025, selon les chiffres du ministère de l’Emploi. En Italie, les syndicats agricoles dénoncent des conditions de travail souvent indignes, avec des températures dépassant régulièrement les 40 °C dans les serres et les champs.

Et maintenant ?

La Commission européenne a annoncé qu’elle présenterait, d’ici la fin de l’année 2026, des recommandations pour harmoniser les règles en matière de protection des travailleurs face aux canicules. Plusieurs pays, dont l’Espagne et le Portugal, ont déjà exprimé leur intention de renforcer leurs dispositifs. Reste à voir si ces mesures seront suffisamment ambitieuses pour répondre à l’urgence climatique, ou si elles resteront, une fois de plus, en deçà des attentes.

L’été 2026 pourrait donc être un tournant. Les prochaines vagues de chaleur, attendues dès la mi-juillet, serviront de test pour évaluer l’efficacité des dispositifs actuels. Les syndicats, eux, promettent de maintenir la pression. « Si les gouvernements ne bougent pas, nous serons dans la rue », a prévenu Laurent Berger. Une mobilisation qui pourrait bien forcer le changement.

Les secteurs les plus exposés incluent le BTP (travaux en extérieur), l’agriculture (serres, champs), la logistique (stockage non climatisé) et le tourisme (hôtellerie en plein air). Ces domaines concentrent une majorité des accidents liés à la chaleur, selon les données des ministères du Travail espagnol et italien.