Selon Top Santé, près de la moitié des personnes diagnostiquées avec des troubles mentaux se tournent vers les chatbots d’intelligence artificielle pour obtenir un soutien psychologique. Une pratique qui soulève des inquiétudes chez les experts, en raison des effets potentiellement néfastes sur des publics particulièrement vulnérables.
Ce qu'il faut retenir
- 50 % des personnes atteintes de troubles mentaux diagnostiqués utilisent des chatbots d’IA pour obtenir du soutien, selon une étude récente.
- Les experts mettent en garde contre des effets inattendus pouvant aggraver certains symptômes.
- Les chatbots, bien que pratiques, ne remplacent pas un accompagnement médical ou thérapeutique.
- Cette tendance reflète une demande croissante d’accès rapide à des conseils psychologiques.
Une solution adoptée par une partie significative des patients
L’étude publiée par Top Santé révèle que la moitié des personnes souffrant de troubles mentaux diagnostiqués se tournent vers les chatbots d’IA comme première source de soutien. Cette pratique s’explique notamment par l’accessibilité et la disponibilité permanente de ces outils, qui permettent d’obtenir des réponses immédiates à toute heure du jour ou de la nuit.
Pour autant, cette utilisation massive interroge les professionnels de santé mentale. Si les chatbots peuvent offrir un premier niveau d’écoute ou d’information, ils ne disposent ni de la formation ni des outils nécessaires pour évaluer la gravité d’un trouble ou proposer une prise en charge adaptée.
Les risques identifiés par les spécialistes
Les experts interrogés par Top Santé soulignent plusieurs dangers liés à cette dépendance aux chatbots. Primo, ces outils peuvent banaliser ou minimiser des symptômes graves, retardant ainsi une prise en charge médicale appropriée. Secundo, les réponses automatisées, bien que parfois pertinentes, ne tiennent pas compte du contexte émotionnel ou psychologique de l’utilisateur, ce qui peut conduire à des conseils inadaptés.
Un psychologue clinicien cité par la revue précise : «
Les chatbots ne perçoivent pas les nuances d’une détresse psychologique. Leur algorithme peut suggérer des solutions simplistes, voire contre-productives, sans évaluer les risques sous-jacents.» Cette absence de personnalisation et de suivi expose les utilisateurs à des situations de dégradation de leur état mental.
Une tendance symptomatique des lacunes du système de santé
Cette utilisation intensive des chatbots reflète aussi un phénomène plus large : l’accès inégal aux soins psychologiques en France et ailleurs. Avec des délais d’attente parfois longs pour consulter un professionnel et un coût élevé des thérapies, beaucoup de patients se rabattent sur des solutions alternatives, même imparfaites.
Selon les chiffres de l’Assurance Maladie, près de 3 millions de Français seraient en attente d’une consultation en psychiatrie, un chiffre qui n’a cessé d’augmenter ces dernières années. Dans ce contexte, les chatbots apparaissent comme une solution de dernier recours pour ceux qui n’ont pas d’autres options.
Quelles alternatives pour les patients ?
Les spécialistes recommandent de considérer les chatbots comme un complément et non comme un substitut à un suivi médical. Des plateformes comme Qare ou MonPsy, qui proposent des consultations en ligne avec des professionnels, gagnent en popularité pour répondre à cette demande. Par ailleurs, certaines associations militent pour une meilleure prise en charge des troubles mentaux dans le système de santé, avec des propositions comme le remboursement intégral des séances de thérapie ou le développement de centres de crise accessibles 24h/24.
Dans l’attente de mesures concrètes, les utilisateurs de chatbots sont invités à rester prudents. Comme le rappelle un psychiatre interrogé : «
Si ces outils peuvent apporter un soulagement temporaire, ils ne doivent en aucun cas remplacer un diagnostic ou un traitement adapté.»
À ce jour, il n’existe pas de cadre légal spécifique encadrant l’utilisation des chatbots en santé mentale en France. Les outils disponibles sur le marché ne sont pas soumis à une validation par les autorités sanitaires, ce qui laisse une grande liberté aux éditeurs. Une consultation publique est prévue pour la fin 2026 afin d’évaluer la nécessité d’un encadrement plus strict, selon Top Santé.