Il y a cinquante ans, la France affichait un niveau de vie parmi les plus élevés d’Europe, une dette publique maîtrisée et une croissance économique soutenue. Aujourd’hui, le pays cumule déficits chroniques, chômage de masse et insécurité, tandis que son influence internationale s’effrite. Selon Le Figaro, l’Institut Thomas More, cercle de réflexion libéral-conservateur fondé en 2004 par l’ancien ministre de la Défense Charles Millon, dresse un bilan sans concession des choix politiques ayant précipité ce déclin.
Dans un rapport inédit, l’institut identifie cinquante décisions majeures – de la réduction du temps de travail à la gestion de la dette publique – comme responsables de la perte de compétitivité et de cohésion sociale de la France. « La France a régressé économiquement par rapport à l’Europe et au monde, mais pas seulement : elle a aussi reculé culturellement, socialement et institutionnellement », affirme Jean-Thomas Lesueur, directeur général de l’Institut Thomas More, qui souligne l’objectif de ce travail : « comprendre les raisons de cette glissade qui mettrait aujourd’hui la France à genoux ».
Ce qu’il faut retenir
- L’Institut Thomas More attribue le déclin français à cinquante décisions politiques prises sur cinquante ans, selon un rapport inédit.
- Ces choix auraient engendré une régression économique, culturelle, sociale et institutionnelle, selon Jean-Thomas Lesueur, directeur de l’institut.
- Parmi les mesures citées : la création des 35 heures, l’accroissement de la dette publique et la dégradation du système éducatif.
- Le rapport souligne une perte d’influence internationale et une crise de confiance des Français dans leurs institutions.
Un pays en déclin : les indicateurs clés
Le constat dressé par l’Institut Thomas More s’appuie sur une analyse comparative avec les autres pays européens. En 1975, la France affichait un PIB par habitant supérieur à la moyenne de l’Union européenne. Aujourd’hui, elle se situe en dessous, talonnée par des économies autrefois moins dynamiques. La dette publique, qui représentait moins de 20 % du PIB dans les années 1970, dépasse désormais les 110 %, un niveau rarement observé en temps de paix.
Côté éducation, les classements internationaux comme PISA révèlent une chute du niveau scolaire. La France, autrefois parmi les meilleurs élèves européens, recule désormais dans le peloton. Les inégalités territoriales se creusent, tandis que l’insécurité – qu’elle soit liée à la délinquance ou au terrorisme – s’installe durablement dans le débat public. « Autant dire que la situation actuelle est le résultat d’un enchaînement de décisions, parfois nécessaires, souvent mal calibrées », estime un observateur proche du dossier.
Les mesures phares pointées du doigt
L’institut liste plusieurs réformes emblématiques, dont les effets seraient aujourd’hui jugés désastreux. La plus controversée reste sans doute l’instauration des 35 heures en 2000, sous le gouvernement Lionel Jospin. Officiellement présentée comme un outil de partage du travail, cette mesure est aujourd’hui associée à une baisse de la productivité et à un accroissement des coûts pour les entreprises. Les économistes libéraux y voient l’un des facteurs ayant découragé l’investissement et favorisé le chômage de longue durée.
Autre décision souvent critiquée : la réforme des retraites de 2023, qui a repoussé l’âge légal à 64 ans sous la présidence d’Emmanuel Macron. Si elle visait à sauver le système par répartition, elle a aussi cristallisé les tensions sociales et alimenté un sentiment d’injustice parmi les actifs. Le rapport souligne également l’impact des politiques de déficit public, régulièrement creusés pour financer des dépenses sociales ou des baisses d’impôts ciblées, sans jamais parvenir à relancer durablement la croissance.
Un déclin culturel et institutionnel
Le déclin français ne se limite pas à l’économie. Selon l’Institut Thomas More, il touche aussi la culture et les institutions. La France, berceau des Lumières, voit son soft power s’affaiblir. La francophonie recule au profit de l’anglais, tandis que le rayonnement de ses médias et de ses universités diminue. « On observe une forme de démission collective, où l’ambition de grandeur nationale a cédé la place à une gestion au jour le jour », analyse Jean de Belot, ancien rédacteur en chef des Échos et cofondateur de l’institut, aujourd’hui conseiller indépendant.
Côté institutions, le rapport pointe une perte de légitimité des élites politiques, accusées de méconnaître les réalités du terrain. Les Gilets jaunes, le mouvement contre la réforme des retraites ou encore les tensions récurrentes dans les banlieues illustrent cette défiance croissante. Les institutions judiciaires et médiatiques ne sont pas épargnées : leur capacité à incarner l’intérêt général est régulièrement remise en cause.
« La France a régressé économiquement par rapport à l’Europe et au monde, mais pas seulement : elle a aussi régressé culturellement, socialement et institutionnellement. »
— Jean-Thomas Lesueur, directeur général de l’Institut Thomas More
Reste à savoir si les responsables politiques sauront tirer les leçons de ce déclin. Les défis sont immenses : relancer l’éducation, réformer en profondeur le marché du travail ou encore restaurer l’autorité de l’État. Autant de sujets qui, s’ils ne sont pas traités avec rigueur, risquent d’aggraver encore la situation d’un pays qui, il y a un demi-siècle, incarnait l’espoir et la prospérité.
Non. L’Institut Thomas More se présente comme un cercle de réflexion indépendant, libéral-conservateur et apolitique. Il a été fondé en 2004 par Charles Millon, ancien ministre de la Défense, et compte parmi ses membres des personnalités issues de divers horizons, mais sans affiliation partisane.
L’Institut Thomas More a retenu des décisions ayant eu un impact structurel sur l’économie, la société ou les institutions françaises. Ces choix sont évalués selon leur effet à long terme, en comparant la situation de la France avec celle d’autres pays européens. Les critères incluent la croissance du PIB, l’emploi, la dette, la cohésion sociale et la position internationale.