À Ramallah, les ministères palestiniens des Affaires étrangères et de la Santé ont tiré la sonnette d’alarme hier, mardi 9 juin 2026. En conviant diplomates et journalistes à une réunion d’urgence, ils ont exposé l’état critique du secteur médical en Cisjordanie occupée. La cause principale ? Le gel, par Israël, des recettes fiscales de l’Autorité palestinienne depuis plus d’un an. Conséquence directe : des répercussions immédiates et dramatiques sur l’accès aux soins pour des milliers de patients.
Selon RFI, cette crise financière sans précédent aggrave une situation déjà précaire. Les hôpitaux et centres de santé palestiniens, déjà sous-financés, peinent désormais à assurer leurs fonctions les plus élémentaires. Le manque de liquidités empêche l’achat de médicaments essentiels, la maintenance des équipements et le paiement des salaires du personnel soignant. « Nous sommes au bord de l’effondrement total », a alerté un responsable du ministère de la Santé palestinien sous couvert d’anonymat.
Ce qu’il faut retenir
- Le ministère palestinien des Affaires étrangères et celui de la Santé ont organisé une conférence de presse à Ramallah le 9 juin 2026 pour alerter sur la crise du système de santé en Cisjordanie.
- Israël retient depuis 15 mois les recettes fiscales de l’Autorité palestinienne, aggravant une situation financière déjà tendue.
- Les hôpitaux palestiniens manquent cruellement de médicaments, de matériel médical et de fonds pour payer les salaires des soignants.
- Cette crise menace l’accès aux soins pour des milliers de patients, déjà fragilisés par des années de tensions et de restrictions.
Un système de santé à genoux, faute de moyens
Les chiffres parlent d’eux-mêmes. D’après les dernières estimations du ministère palestinien de la Santé, plus de 40 % des médicaments essentiels manquent dans les stocks des hôpitaux publics. Les services d’urgence, les maternités et les unités de soins intensifs sont particulièrement touchés. « Nous recevons des patients dans des conditions indignes », a témoigné le Dr Ahmed Yasser, chef du service pédiatrique de l’hôpital Al-Shifa à Naplouse. « Les parents doivent souvent acheter eux-mêmes les médicaments ou les produits de base pour leurs enfants hospitalisés ».
Les retards de paiement des salaires des médecins et infirmiers ajoutent à la précarité. Depuis le début de l’année, plus de 3 000 soignants n’ont pas perçu leur salaire complet, selon des sources syndicales. Résultat : des grèves spontanées et une fuite des compétences vers le secteur privé ou l’étranger. « Comment travailler dans ces conditions ? », s’interroge une infirmière de l’hôpital de Ramallah. « Nous donnons notre temps, mais nous ne pouvons même pas subvenir à nos besoins les plus basiques ».
Des patients en première ligne de la crise
Les Palestiniens paient le prix fort de cette situation. Les patients atteints de maladies chroniques, comme le diabète ou l’hypertension, sont les premiers touchés. Les cliniques spécialisées, déjà rares, voient leurs files d’attente s’allonger démesurément. « Certains patients doivent choisir entre acheter leurs médicaments ou nourrir leur famille », explique une travailleuse sociale à Jérusalem-Est. « C’est un choix impossible, mais c’est la réalité ».
Les cas les plus graves concernent les urgences vitales. En l’absence de certains traitements, des patients atteints de cancers ou de maladies rénales voient leur pronostic s’aggraver. Les hôpitaux, sous pression, doivent parfois refuser des admissions faute de lits ou de personnel disponible. « Nous sommes obligés de prioriser, ce qui signifie que des vies sont sacrifiées », a reconnu un médecin sous couvert d’anonymat.
Un contexte politique et économique explosif
Cette crise s’inscrit dans un contexte politique et économique déjà explosif. Depuis le déclenchement de la guerre entre Israël et le Hamas à Gaza en octobre 2023, la Cisjordanie subit les contrecoups des restrictions imposées par les autorités israéliennes. Le gel des recettes fiscales palestiniennes, décidé par Israël en mars 2025, a porté un coup dur à l’économie locale. Les fonds retenus — estimés à plus de 1,2 milliard de shekels (environ 300 millions d’euros) par an — représentent une part significative du budget de l’Autorité palestinienne.
Les négociations pour débloquer ces fonds restent au point mort. « Sans ces recettes, nous ne pouvons pas fonctionner », a martelé un haut responsable palestinien. « Israël doit assumer ses responsabilités en tant que puissance occupante ». De son côté, le gouvernement israélien affirme que ces mesures visent à faire pression sur l’Autorité palestinienne pour qu’elle cesse de soutenir le Hamas.
Reste à voir si la communauté internationale parviendra à faire pression sur Israël pour débloquer les fonds palestiniens. En attendant, les hôpitaux de Cisjordanie continuent de fonctionner au ralenti, tandis que les patients attendent, parfois en vain, des soins salvateurs.
Israël justifie cette mesure par la volonté de faire pression sur l’Autorité palestinienne, qu’elle accuse de soutenir le Hamas. Les fonds, collectés par Israël pour le compte des Palestiniens, sont gelés depuis mars 2025, officiellement en réponse aux actions palestiniennes jugées hostiles.
Les hôpitaux publics de Naplouse, Ramallah et Hébron figurent parmi les plus affectés. L’hôpital Al-Shifa à Naplouse et le centre médical de Ramallah sont particulièrement cités pour leur manque criant de médicaments et de personnel.