Selon Franceinfo - Sport, l’ancien sélectionneur de l’équipe de France de handball, Claude Onesta, livre dans son ouvrage Performer : la méthode, publié aux éditions Michel Lafon, une réflexion sur la gestion des défaites. Invité cette semaine dans l’émission Le monde d’Élodie, il a partagé son expérience sur l’importance des revers dans la construction des succès.
Ce qu'il faut retenir
- Claude Onesta publie Performer : la méthode aux éditions Michel Lafon, un livre axé sur sa philosophie de l’entraînement et de la gestion des défaites.
- Il affirme que « l’échec est normal » et que les revers sont plus fréquents que les victoires dans le sport.
- La défaite de 2013 en quart de finale du Championnat du monde en Espagne, face à la Croatie, a marqué un tournant dans sa réflexion.
- Onesta insiste sur l’importance de refuser les excuses pour progresser et identifier les vrais leaders au sein d’une équipe.
- Il distingue les « leaders de vestiaire » des « leaders de terrain », soulignant que ces rôles ne sont pas toujours endossés par les mêmes joueurs.
La défaite comme leçon de vie et de management
Pour Claude Onesta, la défaite n’est pas une fatalité, mais une étape nécessaire dans l’apprentissage. Dans son entretien accordé à Franceinfo - Sport, il précise : « La défaite, sur le moment, elle est d’abord douloureuse et elle vous impacte ». Il compare le rôle du coach à celui d’un chef d’orchestre, garant de l’équilibre et de l’harmonie au sein d’une équipe. Son constat est sans appel : « L’échec est beaucoup plus fréquent que la victoire, et pour autant, tout le monde parle de victoire ».
Il rappelle que dans toute compétition, un seul participant remporte le titre, tandis que les autres enregistrent une défaite. Selon lui, cette réalité brute doit être acceptée pour progresser. « Si vous regardez de manière brute, le fonctionnement sportif, au départ d’une course, d’une compétition, il y en a qu’un qui gagne et tous les autres ont perdu », explique-t-il. Pour Onesta, chaque revers offre une photographie de la réalité, permettant d’identifier les axes d’amélioration.
2013, un tournant dans sa carrière et sa philosophie
L’ancien sélectionneur évoque un moment charnière de sa carrière : l’élimination de l’équipe de France lors du Championnat du monde en Espagne, en janvier 2013, face à la Croatie. À l’époque, cette défaite est perçue comme la fin d’un cycle pour beaucoup, notamment en raison de l’âge avancé de certains joueurs. « Les cimetières sont pleins de gens irremplaçables », avait-il lancé à l’époque, une phrase devenue célèbre dans le milieu sportif.
Cette élimination survient juste après les Jeux olympiques de 2012, marquant le début d’un nouveau cycle de quatre ans. Onesta reconnaît aujourd’hui qu’il aurait peut-être dû engager une reconstruction plus précoce de l’équipe, quitte à sacrifier le résultat du Mondial de 2013. « On aurait dû couper avant le mondial et engager le mondial avec une équipe plus jeune », confie-t-il. Pour lui, cette décision aurait permis de préparer sereinement les échéances futures, comme les Jeux olympiques suivants.
Le refus des excuses et l’importance de l’honnêteté collective
L’une des convictions fortes de Claude Onesta réside dans son rejet des excuses comme moyen d’éviter la responsabilité. « Les excuses, c’est la fuite », déclare-t-il. Selon lui, admettre ses erreurs est essentiel pour corriger ses faiblesses et progresser. Il évoque les périodes de succès de l’équipe de France, où les échecs retentissants ont permis de renforcer la cohésion et la transparence. « La force de cette équipe, c’était aussi dans ces moments-là de dire, merci coach, tu te mets devant, tu prends les coups et tu nous protèges », souligne-t-il.
Pour Onesta, cette honnêteté collective est cruciale lors des bilans post-défaite. Chacun doit assumer son rôle et reconnaître ses manquements. « Au moment où on se retrouve ensemble et qu’on va devoir se dire ce que chacun n’a peut-être pas fait aussi bien que d’habitude, il n’y a personne qui fuit », explique-t-il. Cette culture de la responsabilité est, selon lui, un pilier de la performance à long terme.
« Vous savez, quand vous avez traversé des tempêtes, vous êtes habitué à vous méfier de celui qui parlait fort avant et qu’on n’entend plus pendant la tempête. Par contre, celui qu’on n’entendait jamais, parfois, est capable de se lever et dans le moment de difficulté montre qu’il est là et que peut-être, c’est à lui que les autres vont pouvoir s’accrocher pour s’en sortir. »
Les leaders, ces figures invisibles dans l’adversité
Au-delà de leur talent individuel, les grands joueurs se distinguent aussi par leur capacité à guider leurs coéquipiers dans les moments difficiles. Onesta explique qu’il existe deux types de leaders dans une équipe : les « leaders de vestiaire » et les « leaders de terrain ». Ces rôles ne se recoupent pas toujours. Par exemple, Nikola Karabatic, malgré son statut de meilleur joueur, n’a jamais endossé le brassard de capitaine. Son influence reposait davantage sur son jeu que sur son rôle fédérateur.
L’ancien sélectionneur cite l’exemple d’un joueur discret, qui se révèle en période de crise. « Celui qu’on n’entendait jamais, parfois, est capable de se lever et dans le moment de difficulté montre qu’il est là », précise-t-il. Ces profils, souvent discrets, deviennent des piliers en temps de tempête, offrant un soutien moral et une stabilité à l’équipe.
Selon lui, l’essentiel reste de préparer les futures générations à affronter les défis avec humilité et lucidité, en s’appuyant sur les leçons du passé.
Pour lui, les excuses sont une forme de fuite qui empêche toute progression. En refusant de les invoquer, il encourage une culture de la responsabilité où chacun peut identifier ses erreurs et contribuer à l’amélioration collective.
Ces joueurs, souvent peu visibles en temps normal, se révèlent en période de crise en offrant un soutien moral et une stabilité. Leur discrétion passée les rend d’autant plus crédibles lorsqu’ils prennent les rênes en cas de difficultés.