En 2025, chaque Francilien a reçu en moyenne **17 colis**, soit un total de **315 millions de colis** distribués en Île-de-France. Une hausse liée à l’explosion des plateformes de vente en ligne, qui génère des problèmes environnementaux et perturbe le trafic routier, comme le révèle une étude de l’Institut Paris Region, publiée ce jeudi 4 juin 2026. Selon BFM Business, cette « accélération spectaculaire » des flux logistiques a poussé l’agence d’urbanisme régionale à analyser ce phénomène pendant deux ans, mettant en lumière des chiffres et des constats préoccupants.

Ce qu'il faut retenir

  • 315 millions de colis ont été distribués en Île-de-France en 2025, soit 17 par habitant.
  • 75 % des colis pèsent moins de 3 kg, et 12,5 % proviennent de Chine.
  • L’aéroport Roissy-Charles-de-Gaulle a traité 773 millions d’articles en 2024, dont une partie sous forme de fret express.
  • 3,5 millions de colis sont livrés ou retirés chaque semaine en Île-de-France, représentant 20 % du trafic routier mais occupant près de 30 % de la voirie.
  • Les plateformes comme Shein, Temu et AliExpress sont pointées du doigt pour leur impact environnemental et leur concurrence jugée déloyale.
  • La France instaure une taxe de 2 € sur les petits colis, complétée par un droit de douane européen de 3 € par article.

Une explosion des livraisons liées à l’essor du e-commerce

L’essor des géants du commerce en ligne, notamment les plateformes extra-européennes, a transformé les habitudes d’achat des Franciliens. Selon l’étude de l’Institut Paris Region, cette tendance s’est accélérée ces dernières années, avec une multiplication des commandes de petits colis. « L’accélération spectaculaire du développement des plateformes », en particulier celles de « quelques grands acteurs globaux », a conduit l’agence à étudier ce phénomène en profondeur. Les résultats sont sans appel : en deux ans, les volumes ont explosé, posant de nouveaux défis logistiques et écologiques.

Parmi les données clés, on relève que 75 % des colis pèsent moins de 3 kg, ce qui illustre bien la prédominance des petits envois. Autre chiffre marquant : 12,5 % des colis proviennent de Chine, reflétant l’ampleur des échanges transcontinentaux. Ces flux massifs ont un impact direct sur les infrastructures de transport, notamment aéroportuaires. À titre d’exemple, l’aéroport Roissy-Charles-de-Gaulle, « porte d’entrée naturelle des échanges intercontinentaux », a traité 773 millions d’articles en 2024, contre seulement 170 millions en 2022. Une croissance fulgurante qui s’explique en grande partie par le fret express.

Des conséquences majeures sur le trafic routier et l’environnement

La logistique de ces colis génère une pression accrue sur le réseau routier francilien. Chaque semaine, 3,5 millions de colis sont livrés ou retirés par des véhicules utilitaires légers. Ces derniers, bien qu’ils ne représentent que 20 % du trafic routier, occupent près de 30 % de la voirie. Les arrêts fréquents pour les livraisons et les enlèvements ralentissent la circulation et contribuent à l’engorgement des axes majeurs, un problème récurrent dans une région déjà soumise à une forte densité de population et de véhicules.

Sur le plan environnemental, les enjeux sont tout aussi importants. Malgré les efforts d’optimisation logistique, les volumes d’emballages en carton restent très élevés. La gestion des retours, souvent coûteuse, conduit parfois à la destruction pure et simple des articles lorsque les frais logistiques excèdent leur valeur marchande. « Les enjeux écologiques sont eux aussi considérables », souligne l’étude, qui rappelle que ces pratiques posent question dans un contexte de transition écologique et de réduction des déchets.

Shein, Temu et AliExpress dans le viseur des autorités

Les grandes plateformes de vente en ligne extra-européennes, comme Shein, Temu et AliExpress, sont régulièrement pointées du doigt par les pouvoirs publics, les associations environnementales et les commerçants traditionnels. Ces acteurs sont accusés de pollution environnementale et de ne pas respecter le droit européen, ce qui créerait une concurrence déloyale. « Ils les accusent notamment de pollution environnementale et de ne pas respecter le droit européen, ce qui, selon eux, crée une concurrence déloyale », précise l’étude. Face à ce phénomène, plusieurs États membres de l’Union européenne tentent de riposter. En France, une taxe de 2 € sur les petits colis, instaurée récemment, sera bientôt complétée par un droit de douane européen de 3 € par type d’article commandé.

À l’échelle européenne, la situation est tout aussi préoccupante. En 2025, ce sont 5,8 milliards de petits colis qui ont été livrés, dont 97 % proviennent de Chine. Cette dépendance aux importations asiatiques soulève des questions sur la souveraineté logistique et industrielle de l’Europe, ainsi que sur sa capacité à réduire son empreinte carbone.

« Les enjeux écologiques sont eux aussi considérables : malgré les efforts d’optimisation, les volumes d’emballage en carton restent très élevés, et la gestion des retours demeure un angle mort, pouvant conduire à des destructions d’articles lorsque les coûts logistiques dépassent la valeur du produit. »
— Antoine Beyer, expert fret et logistique à l’Institut Paris Region

Et maintenant ?

Face à cette croissance exponentielle des flux logistiques, les autorités françaises et européennes devraient durcir leurs mesures. La taxe de 2 € sur les petits colis, effective depuis peu, sera bientôt accompagnée d’un droit de douane européen. Reste à voir si ces dispositifs suffiront à réduire l’impact environnemental et à désengorger le trafic routier. Les prochaines échéances incluent l’évaluation de l’efficacité de ces taxes, ainsi que la possible mise en place de nouvelles réglementations environnementales pour les plateformes de vente en ligne. D’ici 2027, une analyse approfondie des résultats pourrait conduire à un durcissement des sanctions ou à l’adoption de mesures incitatives pour les acteurs les plus vertueux.

En attendant, la région Île-de-France, déjà confrontée à des défis majeurs en matière de mobilité et de transition écologique, devra composer avec cette nouvelle donne. L’optimisation des tournées de livraison, le développement des solutions de livraison groupée et le recours à des modes de transport plus durables (comme le vélo-cargo ou les véhicules électriques) pourraient constituer des pistes pour limiter les nuisances. Autant dire que le sujet restera au cœur des débats dans les années à venir.

Les petits colis en provenance de Chine, souvent envoyés par des plateformes comme Shein, Temu ou AliExpress, représentent une part importante des livraisons en Europe. Leur faible poids et leur volume massif génèrent une augmentation du trafic routier et des emballages, tout en posant des défis logistiques et environnementaux. De plus, ces colis échappent parfois aux normes européennes en matière de taxation et de respect de l’environnement, créant une concurrence déloyale avec les commerçants locaux.

Plusieurs pistes sont explorées, dont l’instauration de taxes sur les petits colis, comme la taxe de 2 € en France, complétée par un droit de douane européen de 3 €. L’optimisation des tournées de livraison, le développement de la livraison groupée et l’utilisation de véhicules moins polluants (vélo-cargo, véhicules électriques) pourraient aussi réduire l’impact environnemental et logistique. Enfin, des réglementations plus strictes sur les emballages et la gestion des retours sont à l’étude.