Près de deux ans après la dissolution surprise de l'Assemblée nationale en juin 2024, les collaborateurs parlementaires, licenciés en masse à l'époque, craignent une répétition de l'histoire. Réunis mardi 9 juin 2026 dans les jardins de l'Assemblée nationale, ils ont dénoncé des conditions de départ jugées insuffisantes et réclamé des droits renforcés, alors que les spéculations sur une nouvelle dissolution après l'élection présidentielle d'avril 2027 se multiplient. Selon BFM Business, ce rassemblement syndical a rassemblé une centaine de personnes, principalement sous l'égide de la CGT-CP et d'autres organisations représentatives.

Ce qu'il faut retenir

  • 2 000 collaborateurs avaient été licenciés en juin 2024 lors de la dissolution de l'Assemblée nationale, annoncée en direct à la télévision.
  • Une nouvelle dissolution de l'Assemblée est redoutée après l'élection présidentielle d'avril 2027, risquant d'entraîner une nouvelle vague de licenciements.
  • Les collaborateurs réclament un statut protecteur, une indemnité minimale de 3 000 euros brut et un accompagnement renforcé via France Travail.
  • Les syndicats pointent l'absence de dialogue social et demandent une réunion avec l'Association des députés-employeurs (ADE), présidée par Anne-Laure Blin (LR).
  • Parmi leurs tâches : rédaction d'amendements, gestion de l'agenda des députés, relations presse ou encore recherches documentaires.

Un statut précaire face à l'incertitude politique

Les collaborateurs parlementaires, souvent considérés comme les « travailleurs de l'ombre » de la vie politique française, assument des missions essentielles au fonctionnement de l'Assemblée nationale. « Nous faisons tenir cette institution, tous les jours, alors maintenant il serait temps de respecter le dialogue social », a martelé Manon Amirshahi, secrétaire générale de la CGT-CP, lors du rassemblement du 9 juin. Elle a rappelé les images de juin 2024, où des salariés « erraient dans les couloirs avec des cartons », certains ne touchant aucune indemnité faute d'avoir terminé leur période d'essai.

Deux ans après ces licenciements, les conditions de départ restent dans toutes les mémoires. Les syndicats évoquent des compensations « faibles, voire de zéro euro » pour certains, malgré l'ampleur des licenciements économiques. Aujourd'hui, les collaborateurs demandent une indemnité minimale de 3 000 euros brut, soit le niveau d'un licenciement économique classique, ainsi qu'un accompagnement renforcé via France Travail. Ils réclament également la création d'un « véritable statut » pour sécuriser leur emploi, un projet qui tarde à aboutir.

Le spectre d'une nouvelle dissolution en 2027

Les craintes d'une répétition de juin 2024 s'appuient sur des scénarios politiques bien réels. Plusieurs responsables et observateurs s'attendent à ce que le prochain président de la République dissolve l'Assemblée nationale après son élection en avril 2027, dans l'espoir d'obtenir une majorité plus favorable. « Dissolution, personne sans solution ! », pouvait-on lire sur des banderoles lors du rassemblement. Manon Amirshahi a souligné l'urgence d'agir : « Le 9 juin 2024, 2 000 salariés apprenaient leur licenciement en direct à la télévision. Dans quelques mois, l'histoire va se répéter et rien n'aura été fait, ou trop peu. »

Pour les collaborateurs, cette perspective est d'autant plus angoissante que leur statut actuel ne les protège pas. Employés directement par les députés, ils n'ont aucune garantie en cas de fin de contrat brutale. Leur rôle, bien que discret, est pourtant indispensable : rédaction d'amendements, réponse au courrier, gestion des relations presse ou encore organisation des déplacements en circonscription. Sans eux, le fonctionnement quotidien de l'Assemblée nationale serait profondément perturbé.

Un dialogue social au point mort ?

Les syndicats présents mardi – CGT-CP, CFDT, Solidaires et UNSA – ont appelé à faire pression sur l'Association des députés-employeurs (ADE), qui représente les élus dans leur rôle d'employeurs. Sollicitée par l'AFP, la présidente de l'ADE, Anne-Laure Blin (LR), a réagi avec scepticisme : « Je trouve ce rassemblement étonnant, car lors des échanges, ces organisations ne sont pas les plus promptes à faire avancer les questions mises sur la table », a-t-elle déclaré. Elle a précisé qu'une réunion était déjà programmée « depuis plusieurs semaines », sans pour autant donner de détails sur les propositions concrètes de l'association.

De leur côté, les députés présents au rassemblement – principalement issus de la gauche – ont exprimé leur soutien aux revendications. Pourtant, la question du statut des collaborateurs parlementaires reste un sujet complexe, mêlant enjeux sociaux, politiques et budgétaires. « Nous attendons des actes, pas des promesses », a insisté un représentant syndical sous couvert d'anonymat. Pour l'heure, aucun accord collectif n'a été trouvé, malgré les appels répétés des organisations représentatives.

Et maintenant ?

Une prochaine réunion entre les syndicats et l'ADE est prévue dans les prochaines semaines, selon Anne-Laure Blin. Pour les collaborateurs, l'objectif est clair : obtenir des garanties avant l'échéance de 2027. Si aucun accord n'est trouvé d'ici là, une nouvelle dissolution pourrait plonger des centaines de salariés dans une précarité encore plus grande, alors que leur rôle reste crucial pour le fonctionnement des institutions. Reste à voir si les élus, dont certains pourraient être concernés par ces licenciements, prendront les mesures nécessaires pour éviter une répétition du scénario de 2024.

Cette mobilisation intervient dans un contexte politique déjà tendu, où les anticipations sur l'élection présidentielle de 2027 alimentent toutes les spéculations. Alors que les sondages laissent entrevoir une campagne serrée, les collaborateurs parlementaires espèrent que leur sort ne sera pas le parent pauvre des tractations à venir. Pour eux, la question n'est pas seulement sociale : elle touche à la stabilité même des institutions démocratiques.

En 2024, les 2 000 collaborateurs licenciés lors de la dissolution de l'Assemblée nationale ont bénéficié de compensations variables, souvent insuffisantes, voire nulles pour ceux en période d'essai. Aujourd'hui, ils réclament le même traitement qu'un licenciement économique classique, soit une indemnité minimale de 3 000 euros brut et un accompagnement renforcé via France Travail.