Une juge de Bogota a enjoint, jeudi 4 juin 2026, à Abelardo de la Espriella, candidat d’extrême droite à la présidence colombienne, de cesser immédiatement d’utiliser un maillot de la sélection nationale comme symbole de sa campagne électorale. Cette décision fait suite à une plainte déposée par un citoyen qui s’est dit « discriminé et stigmatisé » à la veille du premier match de l’équipe colombienne en Coupe du monde, comme le rapporte Courrier International.

Ce qu'il faut retenir

  • Abelardo de la Espriella, candidat du mouvement Défenseurs de la patrie, a utilisé un maillot de l’équipe colombienne floqué du numéro 10 et du mot « Président » lors de meetings électoraux.
  • Il a obtenu 43,7 % des voix au premier tour de l’élection présidentielle colombienne le 25 mai 2026, arrivant en tête.
  • Ivan Cepeda, son rival de gauche arrivé deuxième avec 40,9 % des suffrages, l’a accusé de « voler » l’image de l’équipe nationale.
  • La justice a ordonné à de la Espriella de cesser d’utiliser le maillot « comme symbole identificateur » de sa campagne ou de son parti politique.

Le litige judiciaire s’est cristallisé autour d’un symbole fort : le maillot jaune de la Colombie, porté par de la Espriella lors de la clôture de sa campagne à Barranquilla le 23 mai 2026. Flanqué du numéro 10 et de l’inscription « Président », le vêtement est devenu un accessoire central de sa communication politique. Sa femme et ses enfants figuraient à ses côtés, vêtus de la même tunique, lors de cet événement largement médiatisé. Huit jours plus tard, le candidat d’extrême droite réalisait une performance électorale inattendue en arrivant en tête du premier tour avec près de 43,7 % des voix, selon les résultats officiels.

Cette utilisation du maillot n’a pas manqué de susciter des critiques. Ivan Cepeda, candidat de gauche arrivé deuxième avec environ 40,9 % des suffrages, a accusé publiquement son adversaire de « voler » l’image de l’équipe nationale pour servir ses ambitions politiques. « Il instrumentalise un symbole qui appartient à tous les Colombiens », a-t-il déclaré lors d’une conférence de presse à Bogotá. Une plainte a alors été déposée par un citoyen, estimant que cette appropriation lui avait causé un préjudice en le « discriminant et le stigmatisant », alors que la Colombie s’apprêtait à entamer sa campagne en Coupe du monde.

« La juge a estimé que l’usage du maillot par de la Espriella portait atteinte à l’image de la sélection nationale et créait une confusion préjudiciable dans l’opinion publique », précise El Tiempo, citant le contenu de l’ordonnance judiciaire.

Le tribunal de Bogotá a donc statué en urgence, exigeant de la Espriella qu’il « met fin de manière immédiate et définitive à l’usage du maillot comme symbole identificateur de son parti politique, de sa campagne ou de son image personnelle sur la place publique ou dans tout autre média ». L’ordonnance, rendue publique le 4 juin, ne mentionne pas de sanctions pénales en cas de non-respect, mais ouvre la voie à des poursuites civiles ou à des mesures coercitives si nécessaire.

Cette affaire illustre les tensions politiques actuelles en Colombie, où les symboles nationaux deviennent des enjeux de campagne. Le football, sport roi dans le pays, est souvent instrumentalisé par les candidats pour toucher l’électorat. Pour de la Espriella, l’utilisation du maillot était un moyen de fédérer autour d’un imaginaire collectif, mais ses détracteurs y voient une récupération opportuniste d’un emblème partagé. « Le maillot jaune n’est pas une propriété privée, mais un bien commun », a souligné un porte-parole de la fédération colombienne de football, tout en se disant neutre sur le plan politique.

La décision de justice intervient à un moment charnière pour la Colombie. Alors que l’équipe nationale s’apprête à disputer la Coupe du monde, prévue en décembre 2026, le pays reste sous haute tension après un premier tour marqué par une polarisation inédite entre gauche et extrême droite. Les prochains jours seront déterminants pour savoir si de la Espriella se conformera à l’ordonnance ou si la polémique prendra une nouvelle dimension juridique.

Et maintenant ?

Abelardo de la Espriella dispose d’un délai pour faire appel de la décision, mais la pression médiatique et politique pourrait l’inciter à s’y conformer rapidement. Si l’ordonnance est respectée, il devra trouver un autre symbole pour représenter sa campagne lors du second tour, prévu le 19 juin 2026. Les observateurs s’interrogent déjà sur l’impact que cette affaire pourrait avoir sur les intentions de vote, dans un scrutin où chaque point compte. La justice colombienne, quant à elle, devrait rendre un jugement définitif après examen des recours éventuels.

Quel que soit l’issue, cette polémique rappelle que, en Colombie comme ailleurs, le sport et la politique forment un mélange souvent explosif, où les symboles ne sont jamais neutres.

Le tribunal de Bogotá a estimé que l’utilisation du maillot de l’équipe nationale par le candidat comme symbole de sa campagne portait atteinte à l’image de la sélection et créait une confusion préjudiciable, notamment à la veille du premier match de la Colombie en Coupe du monde. La plainte déposée par un citoyen invoquait un préjudice lié à une perception de discrimination.