Le gouvernement colombien étudie sérieusement la mise en place de navires-prisons destinés à accueillir les détenus les plus dangereux, selon Le Figaro. Cette mesure, portée par le président Abelardo de la Espriella – arrivé au pouvoir le 7 août 2026 – s’inscrit dans une stratégie de lutte sans concession contre les groupes armés liés au narcotrafic, avec l’appui des États-Unis.
Lors d’une réunion dédiée à la sécurité nationale, le chef de l’État a ordonné l’accélération des travaux sur ce projet, a révélé à l’AFP une source au sein du ministère de la Défense. L’objectif affiché est double : réduire les risques d’évasion et limiter les contacts des prisonniers avec l’extérieur. Une approche radicale qui rappelle une expérience similaire menée il y a près de vingt ans, sous la présidence d’Alvaro Uribe.
Ce qu'il faut retenir
- Un projet en accélération : le président de la Espriella a demandé à avancer sur la conception des navires-prisons lors d’une réunion de sécurité.
- Deux objectifs principaux : empêcher les évasions et restreindre les interactions des détenus avec le monde extérieur.
- Un précédent historique : en 2007, l’ex-président Uribe avait déjà utilisé des bateaux-prisons pour incarcérer des barons de la drogue avant leur extradition vers les États-Unis.
- Une mesure controversée : les organisations de défense des droits humains dénoncent une violation des garanties individuelles des prisonniers.
Une réponse à l’insécurité et au narcotrafic
Le président Abelardo de la Espriella, figure de la droite dure, a fait de la lutte contre les cartels et les groupes armés une priorité absolue depuis son investiture. Ce projet de navires-prisons s’ajoute à une série de mesures sécuritaires soutenues par Washington, dans un contexte où la Colombie reste l’un des principaux pays de transit de la cocaïne vers les États-Unis et l’Europe.
Les autorités justifient cette initiative par la difficulté à gérer les prisonniers les plus dangereux dans les prisons traditionnelles, où les évasions et les réseaux criminels à l’intérieur des établissements posent un défi constant. Selon le ministère de la Défense, cette solution permettrait de « couper court à toute tentative de reprise de contact avec des complices ou de coordination d’activités illégales depuis l’extérieur ».
Un retour vers une pratique déjà expérimentée
Cette idée n’est pas totalement inédite. En 2007, sous l’administration du président Alvaro Uribe – également connu pour ses méthodes musclées contre les cartels –, plusieurs chefs de gangs et trafiquants avaient été incarcérés sur des navires ancrés au large des côtes atlantiques et pacifiques. Leur sort avait ensuite basculé vers une extradition vers les États-Unis, où ils purgeraient leurs peines.
L’histoire se répéterait-elle ? Rien n’est encore acté, mais les similitudes entre les deux périodes – une insécurité persistante et une volonté politique forte – rendent cette hypothèse plausible. De la Espriella a d’ailleurs salué, à plusieurs reprises, l’héritage sécuritaire d’Uribe, sans pour autant confirmer que le scénario serait identique.
Les droits humains face à l’urgence sécuritaire
Le projet soulève cependant une vive opposition de la part des organisations de défense des droits humains. Ces dernières dénoncent une mesure qu’elles jugent « contraire aux principes fondamentaux du droit pénal international » et aux garanties individuelles des détenus. « Une telle détention en mer prive les prisonniers de tout recours juridique efficace et les place dans une situation de vulnérabilité extrême », a réagi Maria Fernanda Rodriguez, porte-parole de Human Rights Watch Colombie.
Les critiques pointent également le manque de transparence autour des conditions de détention : comment sera assurée l’alimentation, l’accès aux soins ou encore la sécurité des prisonniers en cas d’intempéries ? Autant de questions qui restent, pour l’heure, sans réponse officielle.
Reste à savoir si cette mesure portera ses fruits en termes de réduction de la criminalité organisée, ou si elle se heurtera à des obstacles juridiques et logistiques majeurs. Une chose est certaine : le gouvernement de la Espriella ne compte pas attendre pour agir.