Lancée lors du second tour de l'élection présidentielle de 1969, l'expression « Blanc bonnet et bonnet blanc » est restée dans les mémoires comme un symbole de l'équivalence perçue entre deux candidats. Selon Franceinfo - Culture, cette formule attribuée à Jacques Duclos, alors secrétaire général du Parti communiste français, a marqué un tournant dans la campagne en ridiculisant les deux principaux prétendants à la succession du général de Gaulle.
Ce qu'il faut retenir
- Le 28 avril 1969, le général de Gaulle démissionne après l'échec de son référendum sur la régionalisation.
- La campagne pour la présidentielle s'ouvre dans un contexte de « changement dans la continuité », slogan implicite de Georges Pompidou.
- Jacques Duclos, candidat communiste, lance l'expression « Blanc bonnet et bonnet blanc » pour dénoncer l'absence de différence entre Pompidou et Alain Poher.
- Cette formule, empruntée à Marivaux (1723), résume une stratégie de rejet des deux principaux candidats.
- Georges Pompidou l'emporte au second tour face à Alain Poher, devenu président par intérim.
Une campagne présidentielle née d'un vide politique
Le 28 avril 1969, après le rejet massif du référendum sur la régionalisation et la régionalisation, le général de Gaulle annonce sa démission de la présidence de la République, effective dès le lendemain. Selon Franceinfo - Culture, cette décision ouvre une période d'incertitude politique en France. Dans les semaines qui suivent, les candidats se déclarent progressivement, dans un climat où l'ordre et la continuité de l'État sont présentés comme des impératifs par les observateurs.
Parmi les premiers à se lancer, Georges Pompidou, ancien Premier ministre du général de Gaulle, mise sur une campagne classique, loin des excès de style américain. Son approche repose sur des meetings de terrain et un discours axé sur la stabilité. Ses affiches électorales mettent en avant des slogans comme « Avec la France pour les Français » ou « Il tient ce qu'il promet », illustrant une image de fermeté. Pourtant, sa stratégie repose avant tout sur une promesse implicite : celle d'un « changement dans la continuité ».
Alain Poher, le président par intérim en position de challenger
Face à Pompidou, Alain Poher, président du Sénat et devenu président de la République par intérim après la démission de De Gaulle, se lance dans la course avec un profil plus modéré. Son slogan, « Un président pour tous les Français », semble à première vue éloigné de celui de son rival gaulliste. Pourtant, les deux hommes partagent une vision similaire : éviter le chaos et maintenir l'ordre public. « Mes chers compatriotes, Président de la République par intérim depuis le 28 avril dernier, je vous avais promis d'assurer la continuité de l'État, de maintenir l'ordre public, en un mot, d'éviter le chaos », déclare-t-il lors d'un discours.
Poher cultive l'image d'un homme rassurant, mettant en avant son rôle d'intérimaire et sa capacité à préserver la stabilité du pays. Ses propos, teintés de modestie et de devoir, contrastent avec l'assurance affichée par Pompidou. Pourtant, les sondages laissent entrevoir une possible qualification de Poher pour le second tour, voire une victoire si les reports de voix de la gauche s'organisent efficacement.
Jacques Duclos et la formule qui a tout changé
C'est dans ce contexte que Jacques Duclos, figure historique du Parti communiste français, intervient avec une stratégie radicalement différente. Lors du second tour, il refuse de choisir entre Pompidou et Poher, les présentant comme deux candidats interchangeables. Pour illustrer son propos, il fait placarder des affiches montrant les deux hommes, accompagnées de la formule « Blanc bonnet et bonnet blanc ». Selon Franceinfo - Culture, cette expression, empruntée à la pièce de Marivaux La Double Inconstance (1723), devient le symbole d'une campagne communiste qui rejette les deux principaux candidats.
En meeting, Duclos s'explique : « La bourgeoisie de notre pays qui ne met jamais tous ses œufs dans le même panier, présente en somme deux candidats qui sont des cousins germains, si ce n'est des frères siamois. Mais vous ne voterez ni pour Pompidou ni pour Poher. » Cette déclaration, teintée d'ironie et de critique sociale, marque les esprits et donne une nouvelle dimension à la campagne. La formule résonne d'autant plus que Georges Pompidou, agrégé de lettres, connaît parfaitement la littérature française et apprécie ce clin d'œil historique.
« La bourgeoisie de notre pays qui ne met jamais tous ses œufs dans le même panier, présente en somme deux candidats qui sont des cousins germains, si ce n'est des frères siamois. »
Jacques Duclos, lors d'un meeting en 1969
Un second tour marqué par la continuité
Malgré la tentative de Duclos de brouiller les cartes, le second tour se déroule sans surprise. Georges Pompidou l'emporte face à Alain Poher avec 58,21 % des voix, selon les résultats officiels. Le vainqueur, dernier président de la Ve République à avoir connu l'expansion économique française, reste dans l'histoire comme un symbole de stabilité. Poher, quant à lui, retourne à ses fonctions de président du Sénat, mais son rôle d'intérimaire en fait une figure temporaire du paysage politique.
L'expression « Blanc bonnet et bonnet blanc » ne disparaît pas après l'élection. Elle s'inscrit durablement dans le langage politique français comme une métaphore de l'équivalence perçue entre deux options présentées comme identiques. Aujourd'hui, elle est souvent reprise pour dénoncer l'absence de choix réel entre des candidats ou des partis politiques.
Cette formule historique rappelle également l'importance du contexte politique dans la perception des candidats. Alors que la Ve République fête ses 60 ans en 2027, le débat sur la continuité et le changement reste d'actualité, même si les enjeux ont évolué.
L'expression remonte au moins à 1723, où elle apparaît sous la plume de Marivaux dans sa pièce La Double Inconstance. Elle désigne deux choses ou personnes si semblables qu'il est impossible de les distinguer. Jacques Duclos l'a reprise en 1969 pour critiquer l'absence de différence entre les deux principaux candidats à la présidentielle.