Le commerce mondial des animaux exotiques connaît une croissance exponentielle depuis deux décennies, sans que les réglementations internationales ne suivent le même rythme. Selon Le Monde, cette pratique représente un risque majeur pour la biodiversité et la santé publique, comme l’explique Cléo Bertelsmeier, biologiste spécialisée dans l’écologie des espèces invasives. Dans un entretien accordé au quotidien, elle met en garde contre l’absence de cadre juridique encadrant la vente de ces animaux, malgré les dangers avérés qu’ils font peser.
Ce qu'il faut retenir
- Cléo Bertelsmeier, biologiste, souligne que les espèces animales commercialisées ont plus de risques de partager un pathogène avec l’humain.
- Aucune convention internationale n’encadre aujourd’hui la vente d’animaux exotiques, malgré leur danger potentiel pour l’environnement et la santé humaine.
- Le commerce d’animaux exotiques a connu une explosion ces vingt dernières années, sans régulation adaptée.
- Les risques sanitaires incluent la transmission de zoonoses, tandis que les risques environnementaux concernent les espèces invasives.
Un commerce en pleine expansion, sans cadre légal
Selon les données compilées par la chercheuse, le marché des animaux exotiques a été multiplié par dix depuis les années 2000. Cette expansion s’accompagne d’un manque criant de régulation : à ce jour, aucune convention internationale ne limite spécifiquement la vente de ces espèces. Les seules règles en vigueur concernent généralement la protection des espèces menacées, sans aborder la question des pathogènes ou des risques d’invasion biologique. Cléo Bertelsmeier rappelle que cette situation contraste avec l’urgence sanitaire et écologique actuelle, alors que les pandémies récentes ont mis en lumière les dangers liés aux zoonoses.
— Le commerce d’animaux exotiques est un secteur opaque, où les espèces transitent souvent par des filières informelles — précise la biologiste. Elle souligne que les contrôles aux frontières, quand ils existent, se concentrent sur la préservation des espèces plutôt que sur les risques sanitaires. Pourtant, le transport d’animaux vivants sur de longues distances favorise la propagation de maladies, comme l’a montré la crise du Covid-19, dont l’origine reste liée à un marché d’animaux sauvages en Chine.
Des risques sanitaires et environnementaux sous-estimés
Les dangers associés à ce commerce sont de deux ordres. D’abord, les pathogènes : de nombreuses espèces exotiques peuvent être porteuses de virus ou de bactéries transmissibles à l’humain. Cléo Bertelsmeier cite l’exemple des rongeurs et des primates, souvent commercialisés comme animaux de compagnie, qui représentent un réservoir potentiel de zoonoses. Ensuite, les risques écologiques : l’introduction d’espèces exotiques dans de nouveaux écosystèmes peut provoquer des déséquilibres irréversibles, comme l’a démontré l’invasion du moustique Aedes albopictus en Europe.
La biologiste rappelle que 75 % des maladies émergentes chez l’humain sont d’origine animale, selon l’Organisation mondiale de la santé (OMS). Parmi elles, des épidémies comme le SRAS en 2003 ou Ebola ont été liées à des contacts avec des animaux sauvages. Pour Cléo Bertelsmeier, l’absence de traçabilité dans le commerce des animaux exotiques aggrave ce risque, rendant toute réponse sanitaire tardive et inefficace.
« Les espèces animales commercialisées ont plus de risques de partager un pathogène avec l’humain, car elles sont souvent prélevées dans des milieux naturels où circulent des agents infectieux inconnus. Leur transport et leur regroupement dans des conditions parfois précaires favorisent la transmission de ces pathogènes. »
— Cléo Bertelsmeier, biologiste, dans un entretien au Monde
Une régulation internationale inexistante, malgré les alertes
Plusieurs organisations internationales, comme l’Organisation mondiale de la santé animale (OIE) ou la Convention sur la diversité biologique, ont émis des recommandations pour encadrer ce commerce. Pourtant, aucune mesure contraignante n’a été adoptée à l’échelle mondiale. Certains pays, comme l’Union européenne, ont renforcé leurs législations nationales, mais les lacunes persistent. Par exemple, la réglementation européenne interdit l’importation d’espèces protégées, mais ne couvre pas les risques sanitaires liés aux animaux non protégés mais porteurs de pathogènes.
— On assiste à une course en avant entre l’expansion du commerce et l’émergence de nouvelles réglementations — commente Cléo Bertelsmeier. Elle cite l’exemple des tortues et des serpents, souvent vendus comme animaux de compagnie, qui peuvent transmettre la salmonellose aux humains. Pourtant, leur commerce reste largement libre dans de nombreux pays, faute de coordination internationale.
Dans l’attente, les scientifiques et les associations appellent à une prise de conscience rapide. Pour Cléo Bertelsmeier, le statu quo n’est plus tenable : « Le commerce des animaux exotiques est une bombe à retardement sanitaire et écologique. Agir maintenant, c’est éviter une nouvelle crise. »
Selon Cléo Bertelsmeier, les rongeurs, les primates, les oiseaux et certains reptiles (comme les tortues) sont les plus à risque. Ces espèces sont souvent porteuses de pathogènes transmissibles à l’humain, notamment des virus et des bactéries comme la salmonellose.