Plusieurs concerts prévus cet été en Syrie, impliquant des artistes accusés d’avoir soutenu le régime de Bachar al-Assad, ont été annulés après des mouvements de protestation de la part de la population locale. À Homs, des habitants ont lacéré des affiches annonçant les prestations des chanteurs Mohamad Iskandar et Hossam Jneed, dénonçant leurs liens passés avec le pouvoir en place. L’un de ces artistes a finalement présenté des excuses publiques, selon France 24.
Ce qu'il faut retenir
- Des concerts de deux chanteurs accusés de soutenir Bachar al-Assad ont été annulés en Syrie cet été.
- À Homs, des affiches publicitaires ont été arrachées par des habitants avant leur retrait.
- Mohamad Iskandar et Hossam Jneed sont visés par des accusations de proximité avec l’ancien régime.
- L’un des deux artistes a présenté des excuses publiques après ces incidents.
Une mobilisation spontanée contre les figures du régime
Les annulations surviennent dans un contexte où la société syrienne reste profondément divisée depuis la fin du conflit qui a ravagé le pays pendant plus d’une décennie. Les manifestations récentes, bien que moins fréquentes qu’avant 2011, témoignent d’un rejet persistant des symboles associés à l’ère Assad. À Homs, ville emblématique des révoltes contre le régime, les habitants ont choisi de s’opposer frontalement aux représentations artistiques perçues comme une légitimation indirecte du pouvoir. Les affiches de Mohamad Iskandar et Hossam Jneed ont été arrachées dans la rue, puis diffusées sur les réseaux sociaux pour dénoncer leur engagement passé aux côtés de l’ancien président.
Des artistes sous pression, entre fidélité et rédemption
Parmi les deux artistes concernés, Mohamad Iskandar est le plus connu. Il a longtemps été associé à des chansons patriotiques et des hymnes soutenant le régime syrien, notamment pendant la guerre civile. Hossam Jneed, quant à lui, a également été critiqué pour ses prises de position en faveur du gouvernement, bien que son audience soit moins large. Après les incidents à Homs, Mohamad Iskandar a publié une vidéo sur les réseaux sociaux dans laquelle il a exprimé des regrets et présenté des excuses à ceux qui se sont sentis offensés par son soutien passé au régime. « Je comprends votre colère et je respecte votre position », a-t-il déclaré, sans pour autant renier ses convictions antérieures.
Un symbole de la réconciliation impossible en Syrie ?
Ces annulations interrogent sur la capacité du pays à tourner la page du conflit et à reconstruire une cohésion sociale. Depuis 2020, le régime de Bachar al-Assad a progressivement repris le contrôle territorial, mais les tensions persistent, notamment dans les zones rebelles ou les régions majoritairement sunnites. Les artistes, en tant qu’ambassadeurs culturels, jouent un rôle ambigu : certains les perçoivent comme des relais du pouvoir, tandis que d’autres estiment que la culture devrait transcender les clivages politiques. La décision des autorités locales d’annuler les concerts peut aussi refléter une volonté de ne pas attiser les tensions, alors que le pays tente de se relever économiquement et socialement.
Ces événements laissent plusieurs questions en suspens : les autres artistes accusés de liens avec le régime seront-ils confrontés aux mêmes pressions ? Les autorités syriennes vont-elles durcir leur contrôle sur la production culturelle ? Et dans quelle mesure ces mouvements citoyens peuvent-ils influencer les dynamiques politiques à venir ?
Homs est une ville symbole de la révolte contre le régime de Bachar al-Assad. Elle a été le théâtre de violents affrontements entre l’armée syrienne et les rebelles entre 2011 et 2017. Son histoire récente explique pourquoi les habitants y sont particulièrement sensibles aux symboles associés à l’ancien pouvoir, et pourquoi toute initiative perçue comme une légitimation de ce dernier y rencontre une opposition immédiate.