Chaque été, les campagnes de sensibilisation à la déconnexion professionnelle reprennent. Les réseaux sociaux, les médias et même les collègues de bureau multiplient les conseils pour encourager les salariés à couper les ponts avec leur travail pendant leurs congés. Pourtant, une part non négligeable d’entre eux continue de consulter leurs mails ou de passer des appels professionnels, malgré les recommandations. Selon une récente étude de l’Apec, un salarié sur deux avoue ne pas parvenir à se déconnecter totalement pendant ses vacances.

Ce qu'il faut retenir

  • Un salarié sur deux reconnaît ne pas parvenir à se déconnecter totalement pendant ses congés, selon l’Apec.
  • Certains métiers, comme celui de chasseur de têtes, rendent la déconnexion difficile, voire impossible, en raison de la pression client ou des besoins des candidats.
  • Une experte en psychologie du travail souligne que rester joignable répond à un besoin profond de l’être humain.
  • Les Français font partie des Européens qui prennent le moins l’intégralité de leurs congés, selon une étude récente.

Une minorité de salariés assumant leur choix

Face à la norme sociale qui prône la déconnexion, une petite partie des travailleurs assume sans complexe de rester connectée à leur travail pendant les vacances. C’est le cas de Martin, chasseur de têtes basé à Lyon, qui passe actuellement ses congés en famille à Stockholm. Pendant son séjour, il consacre quelques minutes par jour à consulter ses mails professionnels et passe deux ou trois appels. « Mon métier l’exige. Quand mes clients travaillent, même s’ils « bossouillent » depuis leurs vacances, je ne peux pas laisser mon téléphone dans un tiroir. Idem pour les candidats », explique-t-il simplement.

Pour lui, cette pratique n’est pas une contrainte, mais une nécessité. Les chasseurs de têtes, comme d’autres professions en contact constant avec des clients ou des partenaires, se retrouvent souvent dans une situation où la frontière entre vie professionnelle et vie personnelle s’estompe. « C’est mon cas », souligne-t-il, sans chercher à justifier davantage sa position.

Un besoin humain ou une habitude professionnelle ?

Selon une experte en psychologie du travail, cette tendance à rester joignable pendant les vacances répondrait à un besoin plus profond que la simple habitude. « Passer quelques appels ou lire ses mails n’est pas vraiment du travail, mais cela répond à un besoin de contrôle et de connexion, qui est ancré chez l’être humain », explique-t-elle. Ce besoin de rester en contact avec son environnement professionnel pourrait s’expliquer par la peur de manquer une information importante, ou simplement par l’habitude de travailler en continu.

Les études en psychologie sociale montrent en effet que l’être humain a tendance à surestimer l’importance de ses actions. Dans un monde où la productivité est souvent valorisée, certains salariés peuvent craindre que leur absence ne soit perçue comme un manque de sérieux. Pour eux, rester joignable est une manière de rassurer leur entourage professionnel, voire de se rassurer eux-mêmes.

La France, mauvaise élève en matière de déconnexion

Si une partie des salariés assume sa connexion permanente, les Français restent globalement en retrait lorsqu’il s’agit de prendre la totalité de leurs congés. Selon une étude récente, ils figurent parmi les Européens qui utilisent le moins leurs jours de vacances. Plusieurs facteurs expliquent cette tendance : la culture du présentiel, la pression hiérarchique, ou encore la peur de montrer un manque d’engagement.

Cette habitude a des conséquences sur la santé des salariés, avec une augmentation des risques de burnout et de stress chronique. Pourtant, les entreprises commencent à prendre conscience de l’importance de la déconnexion, comme en témoignent les chartes signées avec les syndicats ou les politiques internes encourageant à poser ses congés sans culpabilité. Malgré cela, la déconnexion totale reste un idéal difficile à atteindre pour beaucoup.

« Passer quelques appels ou lire ses mails n’est pas vraiment du travail, mais cela répond à un besoin de contrôle et de connexion, qui est ancré chez l’être humain. »

Une tendance qui interroge les nouvelles formes de travail

Cette résistance à la déconnexion interroge sur l’évolution des modes de travail. Avec l’essor du télétravail et des outils numériques, la frontière entre vie professionnelle et vie personnelle s’est considérablement réduite. Certains salariés n’hésitent plus à consulter leurs mails pendant les vacances, tandis que d’autres y voient une atteinte à leur bien-être. « Ce n’est pas une question de paresse ou de manque de sérieux, mais une question de survie dans un environnement professionnel de plus en plus exigeant », confie un cadre parisien sous couvert d’anonymat.

Les entreprises, de leur côté, sont partagées. Certaines mettent en place des politiques strictes pour encourager la déconnexion, tandis que d’autres laissent leurs salariés libres de gérer leurs congés comme ils l’entendent. Pour les experts, la solution réside peut-être dans une meilleure organisation du travail, avec des périodes de repos clairement définies et respectées par tous.

Et maintenant ?

D’ici la rentrée, les entreprises devraient affiner leurs politiques de gestion des congés pour encourager une meilleure déconnexion. Plusieurs secteurs, comme la finance ou le conseil, commencent déjà à intégrer des clauses de déconnexion dans leurs contrats. Reste à savoir si ces mesures suffiront à inverser la tendance. Les prochaines négociations sur la qualité de vie au travail, prévues pour l’automne, pourraient apporter des réponses concrètes.

En attendant, le débat sur la déconnexion continue de diviser. Faut-il y voir une avancée vers une meilleure conciliation entre vie professionnelle et vie personnelle, ou simplement une nouvelle forme d’aliénation ? Une chose est sûre : le sujet ne manquera pas d’alimenter les discussions dans les mois à venir.

Les métiers en contact constant avec des clients ou des partenaires, comme les chasseurs de têtes, les commerciaux ou les consultants, sont particulièrement concernés. Leur activité nécessite une disponibilité quasi permanente, ce qui rend la déconnexion difficile, voire impossible pendant les congés.