Selon RFI, l’Alliance pour la République et la démocratie (ARD), une coalition de partis d’opposition sans représentation parlementaire au Congo-Brazzaville, a organisé le 5 juin sa première conférence de presse depuis la réélection en mars 2026 du président Denis Sassou-Nguesso pour un nouveau mandat. Lors de cet événement, le leader de l’ARD, Mathias Dzon, a vivement dénoncé deux décisions majeures du gouvernement : la suppression programmée, à partir de 2027, de l’entrée sans visa pour les ressortissants africains, ainsi que le niveau jugé « abyssal » de la dette publique congolaise.

Ce qu'il faut retenir

  • L’ARD, coalition d’opposition sans députés, a tenu sa première conférence de presse le 5 juin 2026, après la réélection de Denis Sassou-Nguesso en mars 2026.
  • Mathias Dzon, leader de l’ARD, a critiqué la décision de supprimer, à compter de 2027, l’entrée sans visa pour les Africains au Congo-Brazzaville.
  • Il a également pointé du doigt la dette publique congolaise, qualifiée d’« abyssale ».

Une opposition marginalisée face à un quatrième mandat de Sassou-Nguesso

L’Alliance pour la République et la démocratie (ARD) regroupe plusieurs partis d’opposition congolais, mais aucun de ses membres ne siège au Parlement, où le Parti congolais du travail (PCT), au pouvoir, détient une large majorité. Cette coalition, qui n’a pas participé aux dernières élections législatives, multiplie les prises de parole pour contester la légitimité du régime de Denis Sassou-Nguesso, réélu en mars 2026 pour un septième mandat — un scrutin marqué, selon ses détracteurs, par des irrégularités. La tenue de cette conférence de presse s’inscrit dans une stratégie de visibilité accrue, alors que l’opposition dénonce régulièrement les restrictions à la liberté d’expression et les obstacles à son expression politique.

Mathias Dzon, ancien ministre des Finances et figure historique de l’opposition, a rappelé que l’ARD ne reconnaît pas la validité des dernières élections, tout en appelant à une transition démocratique. « Nous ne pouvons accepter que les décisions économiques majeures soient prises sans concertation », a-t-il souligné lors de l’événement.

L’entrée sans visa pour les Africains remise en cause à partir de 2027

Parmi les annonces les plus controversées du gouvernement figure la fin, à compter du 1er janvier 2027, de la libre circulation des ressortissants africains au Congo-Brazzaville. Jusqu’ici, les citoyens de plusieurs pays africains pouvaient entrer sans visa pour des séjours touristiques ou professionnels de courte durée. Cette mesure, justifiée par les autorités par des « impératifs de sécurité et de contrôle migratoire », suscite de vives critiques.

Mathias Dzon a dénoncé une décision « discriminatoire et contre-productive », estimant qu’elle allait isoler davantage le Congo sur la scène régionale. « Cette mesure risque de pénaliser les échanges économiques et culturels avec nos voisins, alors que notre pays a besoin d’ouverture », a-t-il affirmé. L’opposition craint également que cette restriction ne décourage les investissements étrangers, dans un contexte où le pays cherche à relancer son économie après des années de crise.

La dette publique congolaise, un sujet de préoccupation croissante

Autre point de friction soulevé par l’ARD : la dette publique du Congo-Brazzaville, dont le montant exact n’a pas été précisé lors de la conférence de presse. Mathias Dzon a toutefois évoqué des chiffres « abyssaux », en référence aux engagements financiers du pays auprès de ses créanciers internationaux. Selon les dernières estimations disponibles, la dette publique congolaise s’élevait à plus de 80 % du PIB en 2025, un niveau jugé insoutenable par plusieurs analystes.

« Comment justifier que, malgré nos ressources naturelles, nous soyons englués dans une dette qui asphyxie notre développement ? », s’est interrogé le leader de l’ARD. L’opposition pointe du doigt la gestion opaque des finances publiques et demande une commission d’enquête indépendante sur l’utilisation des fonds publics, notamment ceux issus des revenus pétroliers. Le gouvernement, de son côté, attribue cette dette aux lourds investissements nécessaires pour moderniser les infrastructures, tout en promettant un assainissement progressif des comptes publics.

Et maintenant ?

La conférence de presse de l’ARD marque le début d’une période de mobilisation accrue de l’opposition, qui pourrait multiplier les actions symboliques pour faire entendre sa voix. Une question reste en suspens : les autorités congolaises réagiront-elles aux critiques, ou maintiendront-elles leur ligne dure face à une opposition perçue comme marginale ? Par ailleurs, la suppression de l’entrée sans visa pour les Africains, prévue pour janvier 2027, devra être précisée dans ses modalités d’application, notamment pour les pays concernés et les exemptions éventuelles.

Dans les prochains mois, l’attention se portera également sur l’évolution de la dette publique, alors que le gouvernement devra négocier avec ses créanciers et peut-être solliciter de nouveaux prêts pour financer ses projets. L’opposition, quant à elle, pourrait tenter de fédérer d’autres acteurs de la société civile pour faire pression sur le régime, dans un contexte où les marges de manœuvre politiques restent limitées.

L’Alliance pour la République et la démocratie (ARD) n’a obtenu aucun siège lors des dernières élections législatives, jugées non libres et non transparentes par les observateurs internationaux et les partis d’opposition. Le Parti congolais du travail (PCT), au pouvoir, a remporté une large majorité grâce à des allégations de fraudes et à un système électoral contesté, selon les critiques de l’opposition.